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Full text of "Livre de compte de l'Abbé Glaize, curé constitutionnel de Glux [microform]"

MASTER 
NEGATIVE 

NO. 94-82020 




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The Columbla University Libraries reserve the right to refuse to accept a 
copying order if, in its judgement, fulfilinnent of the order would involve 
violation of the copyright law. 



Author: 



Glaize, Antoine 



Title: 



Livre de compte de l'abbé 
Glaize, curé... 

Place: 

Paris 

Date: 

1920 



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COLUMBIA UNIVERSITY LIBRARIES 
PRESERVATION DIVISION 

BIBLIOGRAPHIC MICROFORM TARGET 



MASTER NEGATIVE # 



ORIGINAL MATERIAL AS FILMED - EXISTING BIBLIOGRAPHIC RECORD 



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F^ ausfNBse . 

I 430,394 

I G45 Glaize, Antoine, ITn.^.iG.??. 

... Livre de conpte de l'ahhé GJaizo, curé con- 
stitutionnel de Clux, publie avec une introduction 
et de.-, noter,. Parin, Alcan, 10:10. 

XXV, 95 p. 2-y en. (Bibliothèque d'histoire 
révolutionnaire, n. r, ., no. 4) 

At head of titlè; Auguste Trévis. 



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RESTRICTIONS ON USE: 



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DATE FILMED: 



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BIBLIOTHÈQUE D'HISTOIRE RÉVOLUTIONNAIRE 
Publiée sous la direction de M. Albert MATHIEZ 

(Nouvelle Série. — IV) 



Auguste TRÉVIS 

DIPLÔMÉ d'histoire 



LIVRE DE 




DE 



L'ABBÉ GLAIZE 



CURÉ CONSTITUTIONNEL DE GLUX 



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PUBLIÉ AVEC UNE INTR0I3UCTI0:N^ EX 33ES NOTES 



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PARIS 

LIBRAIRIE FÉLIX ALCAN 

lus. boulevard Saint-Germain, lùS 
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BIBLIOTHÈQUE D'HISTOIRE RÉVOLUTIONNAIRE 
Publiée sous la direction de M. Albert MATHIEZ 

(Nouvelle Série. — IV) 



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LIBRAIRIE FÉLIX ALCAN 

108, boulevard Saint-Germain, 108 
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II 



INTRODUCTION 



Le « Livre de Compte » do l'abbé Gbiize est actiiellomont (l) 
la propriété d'un bibiio()biIe distingué, colleclionneiir avisé de 
tout ce (iiii concerne l'histoire d'Auvergne, M. Paul Le Hlanc (2). 
C'est un manuscrit de 28 cm. 12 de b)ng sur 19 1/2 de lar^-e, 
revêtu d'une belle couverture en vieux cuir frappé. Il compte 
136 leuillets non paginés, écrits tant au verso qu'au recto d'une 



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(1) M. Paul Le Blanc ou devint possesseur en 1889. U l'acquit des héritiers de l'abbé 
Saignol, lequel était l'héritier df l'abbé Glaize. 

2) Qu'il nous soit permis de i-emercier ici tous ceux qui, à un titre ou à un 
autre, se sont associés à notre travail : M. Paul Le Blanc, notre compatriote et 
notre ami, (jui non content de nous autoriseï- aimablement à publier le manuscrit de 
l'abbé Glaize, a bien voulu encore nous ouvrir libéralement sa riche bibliothèque et 
ses riches archives et nous donner plus d'un utile conseil: \\. E. Delmas, archiviste 
départemental du Cantal, qui a eu l'obligeance de consulter pour nous les « Registies 
d'Insinuations de Tévêché de Saint-Flour », MM. Jean Delmas, Bélard. bibliothécaire- 
archiviste de la ville de Saint-Flour, Manhes, instituteur et secrétaire de mairie à 
Auriac, auxriuels nous devons les renseignements qui nous ont permis de rédiger 
les notes sur Bouniol, Lompré, Altaroche (M. Delmas), Bardol et Goreu (M. Belard) 
Aubughoux, Cascari. Barry, «iounù, la pignatelle de Gly et les diverses mesures : 
(juarton, setier, etc. (M. .Manhes ; M.Gabriel Serres, cultivateur à Chazelles, qui 
nous a donné sur le muet de Lambert, sur le garde de Chazelles, sur la situation 
des propriétés de l'abbé Glaize .les détails précieux: M. Ronchon, archiviste dépar- 
temental du Puy-de-Dôme, qui a eu lamabilité de nous indiquer quelques sources 
précieuses (Registre des Insinuations): M. Charles de Bussac, propriétaire à Auzon, 
qui nous a signalé l'acte de vente des biens de l'abbé Glaize, acte déposé dans les 













11 



A. TKEVIS 



t'criliuv srrn'M'. mais lisible et iiellc. Le litre, — c'est le litre que 
lui a (loiiué lauleur, — en est le suivant : Livre de Contpte. A. 
(rldizr, curr ^/ procureur dr la mm ni une de (Uux. Au vrai, ce 
litre n'est exact i\\\l\ niuilié. Le Livre de Compte est entremêlé 
d'une foule de récits et de réilexions, c'est en même temps un 

jouriuil. 

Ce « Livre de Compte-Journal » sOuvre en l'année 1793 pour 
se fermer en Tannée 1827 (c'est la date de la mort de l'abbé 
Glaize). Il est pour nous du plus vif intéièt. 

Glaizc avait T.^sprit curieux : il a noté pres([ue au jour le jour, 
en témoin somme toute impartial et sincère, ce (ju'il voyait et 
entendait. Il se raconte lui-même naïvement, et son u Livre » n'est 
pas un document psycbologique des moins importants. 

Mais c'est aussi un document dlustoire de premier ordre. Glaize 
nous promène du Nivernais en Auvergne. Sa vie de [)rètre cons- 
titutionnel à Glux, son emprisonnement à Nevers, son voyage à 
travers les départements du Centre, au commencement de l'année 
1794, les sentiments des [)opulation'^ auvergnates à IVndroit des 
prêtres réfractaires et des prêtres assermentés, une foule d autres 
détails curieux ou précieux, par exeinj)le des prix de denrées ou 
d'objets divers (1), voilà ce qu'il nous apprend. 

Son « Livre de Compte » est un document de pn^mière main 
pour (jui voudiait écrire une histoire religieuse de l'Auvergne ou 
une histoire éconoini([ue de la France [)endant la Révolution. 

Une hiissa pas. malgré son intérêt, de rester inédit ()endant 
plus de 70 ans. On peut même dire qu'il fut à peu près inconnu 
jusque vers 1889. A cette époque, (ju.dques personnes le lurent, et 
elles le copièrent ou b^ lirenl copi<T (2). Puis en janvier 1901, le 
[)ublic en apprit enlin l'existence. M. Desdevises du Dézerl, doyen 
de la Faculté des Lettres dr Clermont-Ferran.l, traçait en elVet 
à cette date, en cours public, daprès une de ces copies dont nous 
avons parlé (3), copie dont il lit d'ailleurs de nombreuses cila- 

u.inutes de son frère, notaire à Aiizon, et ontiu nos u.aitres MM. Desdevises du 
Dêzert Bréhier et Boutrv qui ne nous ont pas niéna^'.'- leurs eneoura^'ements. 
0) On peut suivre à travers le Livre de Compte Ihistoire de la dépréciation des 

assignats. 

(2) Nous en connaissons trois copies. L'une de ces copies fut faite pour M. \ er- 

nière, ami de M. Le Blanc. 

(3) M. Desdevises du Dézert utilisa la copie de M. Vernière. 



« LIVRE DE COMPTE » DE l'aBBÉ GLAIZE 



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lions, un piquant exposé de la vie de l'abbé Glaize pendant 
les années 179'L 1794 et 179o. Cet exposé fut ensuite publié 
par lui, le )î juillet 1902, dans la Hrvue hebdomadaire des Cours 
('t Conférences sous le tilre YOdfjssée d'un prêtre constitutionnel 
[179S-1795). p. 769-782. 

A ce moment (1), avait paru au Puy, chez Prades-Freydier, 
une édition du manuscrit, donnée par l'abbé Edouard Peyron, 
curé de Vieil-ljrioude. M. Desdevises du Dézert la signala à ses 
lecteurs. 

Cette éilition. qui |)orte le lilrc de « Mémoiial de l'abbé 
Glai/e » (2), est précédée dune étude iiislorique sur le clergé 
constitulionnel de la llaute-Loire et du Cantal par l'abbé Edouard 
Pevron. 

Jj'élude hislori(jue conlieni, pages vu, vui, ix, une sèche et 
incomplète ])iographi(^ de l'abbé Glaize et p. xxix une description 
succincte du manuscrit; elle est au reste écrite en un style 
agréable. 

L'édition e.^t par contre des [)lus défectueuses. Elle est sans 
notes (3) : en outre, elle présente le plus grave défaut : elle est 
inexacte. 

L'abbé Peyron défigura le texte comme à plaisir : il le 
divisa en chapitres avec sommaires, il en changea l'or- 
dre (4), il y lit des coupures, il en corrigea le style (5), 



(1) L'édition porte la date de 1901. Elle ne parut que vers la fin de l'année 1901. 

(2) En voici le titre exact : « Mémorial | de | l'abbé Antoine Glaize | d'Auriac 
(Cantal) | ancien vicaire de Saint-Georj^es-d'Aurac (Haute-Loire) | prêtre asser- 
menté I et curé constitutionnel de Glux (Nièvre) | mort desservant de V'ézézoux 
(Haute-Loire) | (1793-1827;. | Ouvrage précédé d'une | Etude Historique \ sur le clergé 
constitutionnel de la Haute-Loire et du Cantal ] principalement de l'arrondissement 
de Brioude | par | l'abbé Edouard Peyron | curé de Vieil-Brioude | Le Puy ] Impri- 
merie catholique A. Prades-Freydier | place Michelet | 1901. 

(3) Au vrai, il y a trois notes dans le genre de celles-ci ; J'allais mettre à l'enchère 
une lie mes soutanes, dit Glaize p. 21, Peyron). Peyron écrit en note : « Etrange 
idée pour un prêtre de mettre sa soutane aux enchères 1 » 

(4) Les vers qui sont à la fin du chapitre vm. et le chapitre ix tout entier 
(Peyron, pp. 28-30) devraient se trouver au commencement du chap. vi iPeyron. 
p. 19). Le chapitre xviu (Peyron, pp. 55-56) devrait suivre le chap. xix (Peyron, 
pp. 37-59;. 

(5) Le style de Glaize n'est pas toujours correct et d'un tour aisé. Voici 
quelques exemples des corrections de l'abbé Peyron : Ms « arrivés à Chàteau-Chinon, 
ils me déposèrent : — Peyron, p. 4, 1. 9 : En arrivant à Chàteau-Chinon. les 



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IV 



A. TREVIS 



enfin, ce qui est pis, en plus d'un endroit, il en altéra le 
sens (1). 

Pour ces raisons, une «'dition nouvelle, plus exacte, plus com- 
plète, plus criti([ue en un mot, et d'ailleurs annotée, était-elle 
peut-ôtre possible : c'est cette édition (jue nous avons entreprise. 

Nous y donnons le texte à très peu [)rès (2) in-extenso et dans 
l'ordre où il se présente dans le manuscrit de 1793 à IS07. A 
partir de cette dernière date, le « Livre de ('om[)le » ne contient 
plus guère que des comptes de messes et d'ollices très monotones, 
des comptes d'achats ou de ventes (jue nous avons utilis('s [)Oui' 
écrire la dernière partie de la bio<i'rapliie de Fabbé (Ihnze, enliu 
quelques notes assez curieuses que nous avons reproduites en 
appendice. Nous avons rétabli les passai^^es retranclu's par l'abbé 
Peyron : ils sont mis entre < >. Nous avons rétabli également 
les phrases défigurées par lui : elles sont suivies du signe *. 
Exception faite pour les fautes d'orthographe ordinaires très nom- 
breuses que nous avons corrigées, la langue et la syntaxe de 
Tabbé Glaize, l'orthographe i3 qu'il donne aux noms propres, 
ont été scrupuleusement respectés par nous. 

Antoine (i) Glaize naquit dans le Cantal à Chazelles, commune 



gendarmes... » — Ms : « s't'criait l'un aussitôt (|u"ils m'apen-urcnt » ; l'eyron 
p. 4, 1. 13 : « s'écria l'un aussitôt que je fus reconnu. » — Ms : « après leur avoir 
versé tout plein; Peyron, p. 35, I. 2i : après en avoir versé le contenu à plein 
verre... » — Ms : « comment il y prendra, cette commune » Peyron, p. li\ 1. 'l : 
comment il pourra s'y maintenir, cette commune... >> — Ms : « à cause de sa reli- 
gion ; Peyron, p. 91, 1. 30 : « à cause qu'elle était du parti des assermentés. » 
etc., etc. 

(1) 11 semble que l'abbé Peyron obéit à des préoccupations conressii.nnelles on 
politiques. Voici des exemples : Ms : <« une soixantainr ou plus de détenus dont 
r/îiatre prêtres; Peyron, p. 15, 1. 21 : ..donl quelcjuefi prêtres. » Ms : l'on peut dire 
que la religion a été le .sujet de la plus cruelle tyrannie; Peyron, p. 48, 1. 11 : 
...a été surtout le sujet... » — Ms : O mon dieu', vous l'avez sans doute permis que 
nous fussions enfin humiliés, que l'aumône nous fût nécessaire, à nous prêtres (\\n 
étions naguère si riches et si orgueilleux: Peyron. p. 62, 1. 6-1-8 : ô mon dieu, vous 
avez sans doute i>er/nis pour nous humilier (pie l'aumône nous soit nécessaire, à 
nous prêtres » — Ms : « leur propre ruine et a craindre celle <le la France entière; 
Peyron, p. 41, 1. 23-24 : leur propre ruine et celle de la France entière. » 

(2) A très peu près : nous avons en ellet retranché (pi.dipies enregistrements de 
baptêmes ou de mariages qui ne présentaient aucun intérêt. Ces suppressions sont 
d'ailleurs indiquées à b'ur place par une note. 

(3; Nous donnons en note l'orthographe exact. 

(4) Et non Pierre-Antoine comme l'écrit l'abbé Peyrou dans son étude historique, 



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« LIVRE DE COMPTE » DE l'aBBÉ GLAIZE V 

d'Auriac, canton de Massiac, le 9 janvier 1755. Chazelles est un 
hameau situé dans le fonds d'une éti'oite vallée, aux versants 
escarpés, une véritable gorge. Cette vallée est suivie à la fois 
par une route départementale et par un gentil cours d'eau, bordé 
(Farbi'es, la Sianne. Ce cours d'eau s'écarte du versant gauche 
(jue la roule enlace au contraire pour se rapprocher du versant 
droit, versant mal exposé et qui n'est guère couvert que de 
genêts, de bruyères, de bois de pins et de chênes taillis. Sur ses 
bords, auprès d'un vieux pont de pierre, il y a une maison 
d'aspect assez cossu : c'est la maison natale de Glaize. Elle 
est seule sur le versant droit ; les autres maisons de Chazelles 
se trouvent serrées au bord de la loule, adossées et comme 
accrochées au pied du versant gauche qui, mieux exposé, est 
en grande partie garni de vignes en terrasses. Entre elles et 
la Sianne s'étend une mince, mais longue bande de terres culti- 
vables : c'est là que sont les champs et les prairies, mais aussi 
des verjj^ers de i)ommiers et de novers. Les habitants vivent de ces 
champs qui sont fertiles et des vignes qui garnissent les pentes 
ensoleillées. Ils sont ou vignerons (1) ou laboureurs. Les parents 
d'Antoine (ilaize, Jean (ilaize et Toinette Arfeuille, étaient labou- 
reurs. Ce que nous savons d'eux est bien peu de chose. Ils 
paraissent avoir été assez à leur aise. Ils s'étaient mariés le 
14 avril I7i4 ; ils eurent une belle famille. En 1755, ils avaient 
déjà quatre tilles, Antoinette (2), Marie (3), Magdelaine (4) et 
Rose(5j (un lits Jean (6) qui leur était né en 1751 n'avait vécu que 
trois semaines). Après la venue au monde du petit Antoine, deux 
fils, Jean et Antoine (7) et une fille Marguerite (8) leur naquirent 



p. vu, 1. 4. Voici d'ailleurs l'acte de baptême d'Antoine Glaize : « L'an mil sept cent 
cinquante cin(] et le dix janvier a été baptisé Antoine Glaize. né d'hier, fils à Jean 
et ;'i Toinette Arfeuille de Chazelle, les père et mère ; le pari'ain a été Antoine Gly 
de Cliazelle et la marraine Toinette Arpheuille. fille dudit village lesquels ont déclaré 
ne savoir signer de ce requis. Signé : Chemiuard curé ». Reg. par. d'Auriac. 

(1) Ou plutôt l'étaient : les vignes ont été en partie détruites par le phyllo.xéra. 

(2) .Antoinette, née le I'""" février 1745. 

(3) Marie, née le 7 décembre 1746. 

(4) Magdelaine, née le 27 janvier 17.^0. 

(5) Rose, née le 2 janvier 1753. 

(6) Jean, né le 28 novembre 1751, mort le 20 décembre 1751. 

(7) Jean, né le 14 octobre 1756 et Antoine, né le 31 mars 1758. 

(8) Marguerite, née le 21 février 1760. 



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VI 



A. TRÉVIS 



encore. Cette fille fui leur (lei-ni(M' enlMiit ; en ITGl (I), un nn .iprès 
sa naissance, Jean (llai/e, le \u^Vi\ mourait. Le petit Anloine 
n'avait ([ue six ans. La m«M'e Toinette ArtVuillc [>iit la diieclion de 
la maisonnée. Nous la voyons en ITliS. marier sa (illc Miir-uc- 
rite (2) au lils d'un laboureur de Las<a»ino, .lean Lscaloiug. 
Jean Lscaloin?: (juittait Lassaiine et ven;iil se fixer à (^lia/elles, 
dans la maison dt^> (ilaize. Le petit Antoine avait à <'e moment 
i:] ans. Avait-il déjà commencé ses .'lutlc^? Nous l'ignorons; 
il devait avoir vécu sans douic, et vivait et dut vivre (ju<d.jue 
temps encore de la vie des petits paysans: nous lui veri'ons 
en etTet dans la suite la connaissauci' la [dus l'amilièi-c des choses 
de la campagne et le goût le plus [)rouoncé pour la vie ru^^licpie. 
Kn tout cas, il étudiait eu ITT-'i. car sur l'acte de l>a[)tème (3) 
d'une petite lille dont il est pai'rain, nous le voyons ([ualifié 
d' « étudiant ». Il avait alors 1(S ans. San< doute déjà songeait-il 
à embrasser l'état ecclésiastique. 11 y était poussé, semble-t-il, 
non seulement par sa foi r(digieu>e (jui élait nielle et sincère, 
mais aussi par îles considérations toutes terrestres. L'élat ecclé- 
siastique lui apparaissait comme l'état le [)lus respeclé et par 
suite le plus honorable : « les piéires, dit-il (|uel([ue |)art, (Haient 
révérés comme des dieux e( du plu- loin ([u"on les voyait, 
on leur faisait le salut et la ré'vérence i ». U'«<>"' M'i'l ''fi ^'^'^ 
le 6 août 17S0 (5), il recevait les ordres mineurs el la tonsure; 

(1) Le :U mars 1761 « Lan mil sofU reiit soixante un elle :n mars a été inhumé 
au cimetière de cette église Jean Glaize, laboureur, décédé dhier, âgé d'envinm 
((uarante ans, du village de Chazelle?, en présence de sa femme Antoinette Arfcuille, 
de Jean Lavialle, de iM-ançois S.>rre, de Jean (ily, tous vignorons et habitants <lu(i. 
Chazelles. et lesquels ont déclaré ne savoir signer de c r.'quis. Signé : Cheminard 
ruré )> liég. par. d'Auriae. 

(2) En réalité Magdelaine. Toutes les soMirs <le Glaize ont changé de prénom à 
leur mariage. Le mariage de Marguerite Ç.laize avec J^an Escaloing est du 28 sep- 
tembre 176S. Les autres S(Bur3 de Glaize se marièrent : NLirir (lilotte avec François 
Delaurier, laboureur à Chazelles, le 21 lévrirr HTO; Magdelaine (ilaize avec Antoine 
Viallefuut, laboureur A Chazelles, le :i r.-vri.-r !"'•: .\Lirgucrite (Ilaize avec Robert 
Charuesse, laboureur d Aalia.\ le 21 septembre 1*86. 

(3) Acte de baptême de Marguerite C.ly. du 28 septembre 1773. « Parrain. Antoine 
Glaize, étudiant, fils à feu Jean Glaize, laboureur et à Antoinette Arfeuille de 
Chazelles ». Reg. par. d'Auriac. — Nous ignorons où Glaize lit ses études : peut- 
être les lit-il à Saint-b'lour, peut-être a Hrioude. 

(4) V. Livre de Compte. 

(5^ Registres des Insinuations ecclésiastiques (Arch. dép. Cantal], année 1780» 

mois de septembre. 



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« LIVRE DE COMPTE » DE l'aRBÉ GLAIZE 



VU 



puis ayant vendu à son heau-frère Escaloing et à sa so'ur Mar- 
ouerite Glaize sa part d'héritage sur les biens de son père, le 
2G octobre de cette même année, ceux-ci lui constituaient en 
retour sans doute, par devant M« Houx, notaire à I51esle, ^ en a 
meilleure forme possible à titre de pensi.m viagère et cléricale 
la somme de soixante livres suivant Tusage du diocèse de Saint- 
Flour (1) )). L'année suivante, ou au plus tard au commencement 
de l'année 1782, il recevait les ordres majeurs et la prêtrise (2). 
En 1782, il était nommé vicaire à Saint-Georges-d'Aurac (3) (naute- 
Loire) un assez gros bourg situé dans une plaine fertile, et qui 
dépendait alors de l'évôché de Saint-Flour. 11 eut pour curé un 
homme qui était en relation avec les seigneurs du voisinage, 
l'abbé Compte. Le curé dut présenter à ses nobles amis le jeune 
vicaire, qui, tout frais émoulu du collège, n'était pas médiocre- 
ment fier de ses études « faites avec quebiues fruits ». Glaize vit 
les nobles assez familièrement. ïl se pi(iuait de belles lettres et 
ne laissait pas d'être actif. Les arcliives de la mairie de Saint- 
Georges-d'Aurac conservent un manuscrit de 338 feuillets (4), 
écrit de sa main et signé de lui (o). Le titre en indique ^utïïsam- 
ment l'objet : » Recueil alphabéùque des noms et surnoms, des noms 
de Vendroh orij/inaire ou domicilié des personnes dont l'acte de 
leur baptrme, mariaqe ou sApulture est consigné dans les registres 
d'Aurac depuis rannrr 1(199 jusqu'au premier du mois d'août 
118C). Pour être à M. rafjhê Compte une voie connue dans la 
recherche des actes, Sapientia callidi est intelligere viam suam, 
prov. c. 14. V. S. Ce 9 août 1786 ». Le recueil est précédé d une 
longue introduction explicative (IV) et est suivi d'une sorte d'essai 



(1) Registres des Insinuations ecclésiastiques, 12 décembre 1780. 

(2) Les registres d'Insinuations ne mentionnent aucune ordination pour 
Antoine Glaize ne figure pas parmi Jes ordinauds de 1782, pas plus d ailleui 
les autres minorés de 1780. Sans .loute y eut-il en 1781 des ordinations q 
furent pas insinuées et dans lesquelles il lut compris. 

(3) Il était à Saint-Georges-d'Aurac le 20 novembre 1782, car a cette date 
trouvons un acte .le sépulture rédigé et signé par lui. Il signe et rédige ces 

jusqu'en 178(). 

(4) De 22 cm. 1/2 de long sur 17 cm. 1 '2 de large. 

(5) « Unus er'^o introitus est omnibus ad vitam et similis exitus ; sap. c. i. 
Glaize vicaire T. Cette signature se trouve à la fln du recueil proprement dit et 
l'essai de statistique. Voir Introduction, p. 8, note 1. 

(6,. Voici une analyse succincte de cette Introduction : De limportance .les 



781 et 
■s que 
ui ne 

nous 
actes 



V. G. 
avant 

régis - 



t.r 



^. i. 



VIII 



A. TRÉVIS 



(( LIVRE DE COMPTE » DE L ABBÉ GLAIZE 



IX 



de stalistique (1) do la population de la coinmiino do Saint- 



tres d'une jiaroisso et pnrfiruli("'reiiioi»t dos re-zisti-es d'Aurat. — Date dos r(>gistro3 
(l'Aurai. — Kiiiine d • es r.-iristi'cs : 6 cahiers. — Contenu de ces catiiers et signes 
qui servent à les dési^jrner dans le Hfcueil. 

Eu Voici d'autre [lart \>' début : « C'est di- rt'doi<;nement du temps passé (ians 
lequel les rc^'istres d'uno paroisse vout poser leurs principes, c'est de lenchaînement 
bien tissu de ces mômes titres depuis le primordial Jusqu'au plus récent (jue dépend 
sans exception le repos de toutes les familles et la preuve de leurs tiroits : c'est 
par là que I'mifs ditlVrents sont a[>paisés, que leur état est fixé et leurs prétentions 
démontrées. Tels sont eu général les im[»oi-lans avantages qui résultant de l'an- 
cienneté et de la continuité 'Ui bonne foiMue des actes dont on conserve dans une 
paroisse la minute et tel est en partieulier la date et l'ordre qu'on observe dans ceux 
de la paroisse de Saiut-Ceorges-d'Aurat.. . ». — V.n voici également la fin : « C'est 
ici où sont en dépôt les actes Ar mi»it et de sépulture de toutes les ])ersonnes qui 
sont décédées dans cette paroisse depuis 1748 jusqu'en HcS'i inclusivement dans le 
6e cayer. Quoiquf pro[)re et particulier aux actes mortuaires, l'on y trouve 4 actes 
de baptême, 3 en Wô'I et 1 en 11B2, que je ne crois point avoir été tianscrits ailleurs. 
Les actes compris dans les deux sup[)lémens dont l'un est en IIGR et l'autre en 177!» 
sont distingués par le nud suppléuient, mais le nombre des pages suit celui du 
registre ; de sorte que si le registre de 1771) par exemple a 8 pages, la U" du sup- 
plément doit éjre regardée connue la 9^ et la 2« comme la 10*, etc. P(uii- une plus 
grande facilité, afin de désigner plus clairement les actes qui sont écrits de ce cayer, 
j'ai joint ce caractère <> au rap[)ort des enregistrements de sépulture : j'ai joint ces 
sentimens atlectueux et compatissans à l'inscription des noms et surnoms de tant 
de personnes ctières dont le souvenir fait ressentir encor»' une si vive et si juste 
douleur des noms et surnoms de tant de pére=: dont les enfans arrosent tous les joni-s. 
leurs tombeaux des larmes les plus sincères, dont les enfans destitués des lumières 
et des secours paternels deviennent la proie de l'infortune et de l'indigence. J'ai 
joint à linseription des noms et surnoms de tant d'eufans, dont les pères caducs 
privés des fruits de la force et de l'industrie filiale, passent leur vieillesse dans 
les travaux pénibles de leur état, et vont terminer leurs jours dans la pauvi-eté et la 
misère la plus honteuse, des noms et siuMionis de tant de mar'is dont la mort 
engendre dans la famille la désolation et la discorde, j'ai joint enfin à l'inscription 
des noms et surnoms de tant d'tionunes dont la perte pro<luit dans la fortune 
un changement et une subversion si funeste, les sentimens pieux qu'inspireni .i tout 
chrétien la religion et le devoir. Puissé-je les inspirer à tous ceux qui seront dans 
le cas de les passeï", comnu' moi, sous les yeux 1 Puisse leur cœur connue le mien 
n'être point indifférent à leur souvenir! Kh ! pourrait-il notre couir se refuser de 
participer aux mérites des uns et de contribuer à l'heureuse délivrance des autres? 
Pourrait-il être insensible aux soutTrauces de ceux-ci, et ne pas vouloir mériter 
l'amour et la i>rotection de ceux-là? N(mi, il ne sera jamais tranquille qu'il ne se 
soit acquitté de ces deux commissions : il ne trouvera jamais la vraie paix qu'en 
participant par st\s [)iirres au soulagement des âmes en soufl'rance. 11 ne jouira 
jamais d'un solide bonheur qu'en sassurant par ses bonnes onivres qu'il s'est fait 
des protecteurs dans la vie bienheureuse ». 

(1) Cet essai date du 13 octobre 17SG. L'abbé compare les naissances des années 
1785-86 aux naissances des années 1604-160,'; et suivantes. H C(uisfate qu'en 1784, il 
y a 16 naissances de [)lus que sur la fin du dernier siècle. Aurat avait passé de 
700 haldtants à 1,000. 



Goorges-d'Aurac en 1786. On y trouve en outre des réflexions (i) 
cl (les notes (2) de Tabbé, surtout force cilalions latines. 

A la lin de ilccenibre 178G, peu de temps après avoir acbevé 
cet ouvrage, (Uaize quillait Saint-rieorges-d'xVurac (3). Deux ans 
phis tard, à la fin de 1788. il était dans la Nièvre, à Cbàteau- 
Cbinon, en qualilé de vicaire (4;. Où élait-il allé après avoir (luitté 
Saint-(ieorges-d'Aurac? Comment vécut-il pendant l'année 1787 
et la plus grande parlie de l'année 1788? Quelles raisons enfin 
lui firent abandonner b> diocèse de Saint-Flou r'.^ Ce sont des ques- 
tions auxquelles il nous est impossible de répondre. Ce que nous 
savons, c'est qu'il passa trois années à Cbàteau-Cbinon et, si nous 
l'en croyons, tiois années fort agréables : Il fréquentait, nous dit- 
il, « tout ce (lu'il y avait de mieux », il était en outre estimé et 
respecté de ses paroissiens. Il semble d'ailleurs qu'il n'était pas 
mal satisfait de la tournure (|ue les événements politiques pre- 
naient en France, à ce moment. 11 n'était pas un admirateur lana- 
li(jue de FAncien liégime (5), aussi avait-il des sympathies pour 
la Révolution commençante. Les lois nouvelles lui paraissaient 
bonnes. 11 nous le dit lui-même (6) et nous en avons une preuve : 
il prêta serment à la Constitution Civile du clergé. Pourquoi? On 
peut s'en faire peut-être une idée. D'abord la Constitution lui 
parut parfaitement orthodoxe (il était gallican), puis les avantages 

(1) u Ladoublc Vital baptisé 1709 para. 6, n» du cayer 2. | * La Fayette Joseph 
Chavagnac mort 1734, par. 6, n^ l \ Lafond André La Morge, baptisé 1736 par. 9, 
n» 2\ >^ * FJ. vidi morfuos, maqnos et pusillos : Ne serait-ce pas ici le livre des 
vivants et des morts, où le nom du héros le plus célèbre est précédé et suivi par 
le nom d'un misérable laboureur, apoc. 20-12 ». 

(2) « Dies veniL (lies tua, in qua reflorent. C'est à la sollicitation de M. l'abbé Compte 
jointe au puissant crédit de M. de La Fayette que le ])ourg «l'Aurat doit rétablis- 
sement de deux foires tous les ans. et le droit d'un marché chaque semaine, la 
construction d'une maison et l'art ou les premiers principes de filer le coton et la 
laine au tour, et d'en faire des tissus de ditlérentes espèces, le rétablissement d'un 
chemin très nécessaire, et la résidence en ce même lieu d'un chirurgien dont les 
pauvres d'après les bienfaits de leur seigneur reçoivent gratuitement les secours, 

etc. ». 

(3) Le dernier acte de sépulture signé Glaize est du 1er décembre 1786; un acte du 
19 déeend)re est de son écriture. A partir du 5 janvier 1787 les actes sont rédigés 
et signés par un nouveau vicaire, Fournier. 

(4) Dès le mois de juillet il y rédige el signe les actes de baptême, sépulture, etc., 
en cette qualité. 

(5) V. Livre de Compte, ce qu'il dit des causes de la Révolution. 

(6) V. idem. 



*i.» 1 . 



A. TRÉVTS 



qu'cllo olVrait aux pivtros du l);«s cloi-v, dent il ('dail, étaient l)ion 
s.Mluisanls : plu^ d«' portion congru»', à la placo nn traitement 
honorahle: en outre l'espoir d'arriver aux liantes di-nités de 
l'Kglise,ja<lis fermées aux pivtres du bas (deriié. 11 l'uls«'duit. Quoi- 
qu'il en soit, il n'eut pa< à se repentir d'avoir ado[)lé une telle lii;ne 
de conduite. L.'> pirliv> iV-fraetaires ne lardèrent pas à être expo'^és 
à mille ennuis, voire même mille périls. Pendant ce temps, lui- 
même vivait traufiuille à tdiàteau-Chinon, jouissant comme 
vicaire d'un revenu de '2Mi) livres, lîientôt il était élu curé et 
procureur de la commune de (ilux (Nièvre). 

Ce fut sur la lin de I7î)l ,1), quil fut élu curé' de Glux. Aussitôt, 
sans cesser de IVéijuenter « tout ce (pi'il y avait de mieux », il 
s'occupa à s'arran-er (die/ lui une existence calme et bien ordon- 
née. Ou peut din> (ju'il vécut pendant jirès de deux ans le plus 
doucement possible. Il avait une <(Mvanle. un domestique et deux 
vaches. Pour nourrir c(>s va( lie<. il louait KHI francs une propriété 
([ui lui permettait de cultiv.M- pour son usage, ble. pommes de terre 
et légumes, dont il vendait tout ce qu'il ne pouvait consommer. 
Ses dépenses se moulaiiMit ;i plus de 2,000 livres par an : il se 
nourrissait bii^n et. ([uoi-iue dans son n'-ime, il préconise l'eau 
comme boisson, il ne lni>sail pas d'avoir en cave certain bon vin 2) 
dont on peut bien croire qu'il usait. Parfois, il s'offrait un voyage 
à Cbàteau-Cbinon ou à Autun (3) ; d'autres lois il allait aux encans 
ot tàcbail de pioliter des bonnes occasions (i). Ses ouailles l esti- 
maient : elles lui commaiidai.Mit messes et otfices en abondance (;)). 
Il était en bons termes avec les officiers municipaux de sa com- 
mune : il leur olTrait de t.Mni)> en temps à boire et ceux-ci le regar- 



,1) I .s aerniers ados .le bapl.-n.o et de sépulture do Ctiâleau-Chinon signés r.1ai/.e 
sont du mois d octobre 1791. Heg. par. Aroh. mairie Ch;Ueau-Ch.non. 

(2) Eu niKi (début de janvier) il a : « l feuillette de vin vieux, 3 feuilleUes de 

''73)Te^'^ février, il va à Autun. il achète entre autres choses : « une livre de figues, 
l 1. 2 s. Tune carpe 14 s. ... Le S mars il est .lo nouveau a Autun: il achôte encore 
une carpe, ii s. V. Livre de Compto. 

(4^ . l)u 28 juin 1193], acheto 2 lits de domestique, a la vente ^les meubles lu 
ch-iteau de Koussdlon, vendus au profit do la Nation, 402 1. ; plus «n fauteuil, .U 1. 
10 s ■ plus pour des petits tableaux 50 1. » V. Livro dr Compte. 

.,5, Le 1^'^ janvier t7u:!. il note les messes .lu'il a reçues à Glux : il y en a puis 
do 200. 



« LIVRE DE COMPTE » DE l'aBBÉ GLAlZE 



XI 



daient comme « un brave liomme » et « un lion patriote ». Bref, 
son bien être, comme il dira plus tard, était << incomparable ». 

Il était beureux. 

VA cepen<lant. autour de lui, l'orage grondait. Sur la fin de 
l'année 1793, les prêtres réfractaires étaient pourcbassés, les piè- 
tres jureurs eux-mêmes étaient suspects. Déjà la ('onvenlion son- 
<^eait à détruire la religion catbolique et à décbristianiscr la 
France. IJeaucoup de départements étaient troublés. La Nièvre 
restait tranquille (1) : elle continuait à être attacbée à sa vieille - 
religion et à ses prêtres. Aussi l'abbé espérait-il pouvoir écbapper 
à la tempête et conserver son repos. Pour son malbeur, le 28 juil- 
let 1793, arrivait à Nevers le << scélérat » (pii allait troubler sa vie 
paisible. Fouché, ex-confrère de l'Oratoire, tb'puté de la Loire- 
Inférieure à la Convention, représentant en mission dans les 
départements du Centre et de l'Ouest. Le citoyen représentant 
trouva que tout allait mal dans la Nièvre : la population était 
plongée dans l'erreur' et le fanatisme: il était urgent de la « mora- 
liser ». Il mit des taxes sur les riclies; puis, il s'essaya à implanter 
dans le pavs le culte de la Raison. Les autres cultes furent pros- 
crits, surtout le catbolique. Les églises dépouillées, sur son ordre, 
de leurs ornements servirent à la célébration des fêtes révolution- 
naires. A ce débordement d'impiété, le curé de Clux assistait en 

gémissant bien bas, car il était des plus prudents. Mais, le 

10 octobre, ayant paru un arrêté de Fonché (2), (|ui ordonnait de 
détruire les croix et autres signes religieux et de graver sur la 
porte des cimetières : « La mort ost un sommeil éternel », il n y 
tint plus. 11 refusa ou, plus exactement, par un reste de prudence, 
il négligea de publier l'arrêté sacrilège. Les curés étaient rendus 
responsables du défaut de la j)ublicati(m (3). Aussi un certain Hru- 
tus, faïencier de son état et membre du comité de surveillance de 
Nevers, avant remai(jué cette négligence, donna-t-il l'ordre d'ar- 
rêter ce prêtre si peu zélé. Le 30 octobre à 2 beures 1 '2 après 



(1) Sur ce point voyez : Madelin. Fouc/ié, p. 80 et suivantes. 

(2) V. Livre de Com|ite. 

(3) Dans IWncion Régime, les currs publiaient souvent au prune les arrêtés ou 
même les ordonnances royales. Ils continuèrent à faire au début de la Révolution, 
des lectures d'actes publics à leurs ouailles. V. A. Mathiez : La Révolution et 
l'Eglise, ch. ii. 



,à^mM' 



XII 



A. TRÉVIS 



minuit, six^^ndarmos vonaiont prendre Glaize dans son presbytère 
pour le conduire à Chàteau-Cliinon. Là, on déridait de Teuiniener 
à Xevors. On prit la loule la plus lon-ue. On passa par I^pirv, 
Sardy, ('.orhi-^nv, Ouh^n et INémei'v. (le l'ut un vovaue bien don- 
loureux pour U^ panvre eur('. A Château rjiinon et ailleurs, on le 
nionlrait comme une bêle curieuse à la po[)ulace qui l'injuriait 
et le bafouait, il mourait de bonté et d'humiliation, et puis, il ne 
laissait pas d être inijuiet. L*' 2 novembre, au soir, on arrivait 
enlin à Neveis, et il était (mfermé dan- la prison du (( Toit de la 
(iuenon ». Il y trouvait une soixantaine ou plus de détenus, dont 
quatre [u^èties. 

En ces tristes conjonctui-es. il )'ul du moins la consolation de ne 
pas se voir abandonné par ses paroissiens. Kn cours de l'oute, à 
Coibiiiny, prolitant d'un moment de liberté ([u'on avait bien voulu 
lui laisser, il avait t'ait poiter, par exprès, une leltre au maire 
de sa commun(\ Dans cette leltre, il demandait (ju'on lui fit passer 
un certificat de civisme et que sc^s paroissiens fissent une pétition 
pour réclamer sa mise en libeili'. Le lendemain même de son 
entrée en pr'ison, dtMix paysans de (llnx arrivaient à Ne vers, por- 
teurs du certiticat de civisme .>! df l.i léclamation. Ni Louché 
qu'ils virent d'abord, ni le coniilL' de surveillance qu'ils virent 
ensuite, sui- les conseils de Glaiz(^ lui-même, ne voulurent les 
écoutei- favorablement, (ilaize dut s'armer de patience et se rési- 
gner tant bien (jue mal à suppoitoi- le mauvais réiiime de la pri- 
son. 11 ne désespérait pas cependant d'être rebudié'. Il attendait le 
dc'part de Foucbé. Louché partit poni- Ville-AlVrancbie et on con- 
tinua à garder l'abbé sous clef. Cette fois il désespéra f)?-esque. 
Pour recouvrer sa liberté, il n'hésita pas à adresser au comité 
de surveillance de Nevers um» pétition où il dt'clarait « (|u'il se 
démettrait de sa cure, renoncerait aux fondions ecclésiastiques 
et ferait biùler ses letli-es de prêtrise», l^e Comité accueillit bien 
la pétition. Il fit faire une enquête sui' la vie privée et les opinions 
du prisonnier et. l'enquête avant été favorable, il onlonna la 
mise en liberté. Le '2S novembre, à 7 heures 1/2 du soir, (ilaize 
sortait du u Toit de la (iuenon ». Le surlendemain, muni du 
procès-verbal de son édargissemenl, il prenait la roule de (ilux . 
La joie le rendait comme fou: [)ar moments, sur la route, il se 
mettait à crier de tout son cœuv : « Vive la (liberté ». 



«.^i- 



*\ 



:k 



« LIVRE DK COMPTE » DE L ABBÉ GLAIZE 



XIII 



A Glux, il se terra dans sa cure; il ne voyait presque personne, 
il n'en sortait, nous dit-il, qu'à « la grande nécessité » (1). U 
attendait patiemment la fin de la persécution. Les beaux jours, 
croyait-il, n'allaient pas tarder à revenir, comme le soleil après 
Lorage. U pourrait, dans quelque temps sans doute, reprendre 
ses fonctions, reprendre aussi cette bonne vie d'autrefois si calme 
et si douce (jue Louché était venu troubler si mal à propos. Mal- 
heureusement, ses espérances étaient vaines. La persécution ne 
cessa pas, ne se ralentit même pas; elle devint au contraire plus 
violente. Lu moment arriva où le séjour de CIux devint dange- 
reux pour lui. Alors il lui fallut bien se résoudre à abandonner 
son presbytère. 11 décida de se retirer à Chazelles, son hameau 
natal. Il commença à faire quelques préparatifs de départ, mais 
sans se hâter, comme à regret : il y mit tant de lenteur qu'un 
représentant en mission lui intima l'ordre d'avoir à quitter (ilux 
dans cinq jours. 11 se bâta dès lors; ayant vendu tout ce qu'il ne 
voulait pas emporter, il se munit d'un passeport, à défaut d'un 
certificat de civisme qu'il ne put obtenir du district de Chàteau- 
Cbinon, et ne ditî'éra plus. Ln jour, au commencement de janvier 
4794 (2), de la cure de (ilux, sortait ou plutôt s'échappait comme 
un voleur, en fondant en larmes, un bon paysan auvergnat : 
c'était (ilaize qui se mettait en route pour Chazelles. 

Comme les prêtres, en ce temps-là, étaient incarcérés « sou- 
vent seulement j)arce qu'ils étaient prêtres », il s'était déguisé en 
paysan pour ne pas être reconnu et, au moment de quitter, peut- 
être pour toujours, la demeure où il avait passé deux années si 
douces le cœur lui manquait soudain. Ln tout cas, ce déguise- 
ment, le soin qu'il prit d'entremêler son langage de « mots 
d'Auvergne » et aussi de ne pas séjourner dans les villes, lui 



(1; Il en sortit un jour pour aller dans Téglise, faire brûler des hosties consacrées 
qui étaient dans le tabernacle et « qui linquiétaient beaucoup », il restait, comme 
on voit, piètre de cœur. 

(2) Dans son Livre de Compte, Glaize se contredit sur ce point; d'une part il nous 
dit qu'il resta près de trois mois dans sa cure : il serait donc parti vers le milieu du 
mois de février. Dautre part, il écrit : « U [c'est-à-dire le commissaire de la société 
populaire d'Autuu qu'il rencontra entre Luzy et Bourbon- Lancyl me dit que l'on 
y [à Autun] avait arrêté hier, labbé Goutte, évéque constitutionnel. .. Or l'arres- 
tation de Gouttes est du 7 janvier. Glaize serait donc parti vers le 4 ou 5 janvier. 
Cette dernière date doit être la date e.\acte. 



XIV 



A. TRKViS 



ussiirôreiil un Ihmiicux voyage. Il ariivait en ollVl à (Ilia/.«'1K'S, h' 
22 mars I7î)i. saii> (jiic, mille [)aii. on I Cùl anùlé ou reconnu. 

Il se l'oliia sans «loule dans sa maison j)alei lU'lle, occupée par 
son bean-fVèro l^scaloinu. Avec lai-jj^cnt (ju'il avait a|)porlé, il se 
mit à faiie !<' commeicr Je moulons. Il pa^sa un mois sans être 
iu(|uiélé ; <léjà il es[)('rait (jue ses peines allaient pi'endre fin. 
Il n'en élail pas encore au honl. Le '2'-\ aviil 171)4, on lui noli- 
liail un arrèh' de Ho (1), lui ordonnant de se rendi'e dans les 
2ï heures à Sainl-Klour. sous peine, s'il ne s'y rendait pas, 
d'èti'e arrêté o\ eniprisonni'. Il s'empressa d Obéir. A Saint-Flour, 
il apprit (}n il avait la ville [tour prison et devait se pi'i'sentei" à 
rap[)el tous les matins à on/e heures, il ehida hientiM celte l'or- 
malité gênante en devenant commis au bureau des biens natio- 
naux de la Ville. Il [)ril soin en Dulrc» de se [)i'ocurei' un ccM'tilicat 
de civisme ; il l'éussit à s'en faii'e i"abri(|uei' un (piil nlu'sila j)as 
à aller l'aire sig;n(M' lui-même à Auriac par la municipalité. Puis, 
il attendit (ju'on le i-emiten liberté. Il attendit plusieurs mois pen- 
dant les(jU(ds il ((junut d<' rude^ moment^. Les subsistances et 
surtout le pain devinrent rar<'s à S;iint-Llour : il er. lut réduit à 
une demi-livre de pain [)ai- jour. Il acheta bien de la farine ta Lha- 
zelles, mais il netrinna [)asà se la faire transportera Saint-Flour. 
Escaloiuij, aurait bien pu s'en chari;er; il avait cheval et voiture, 
mais Lscaloing n'était pas content Au retoui' de (llaize : « Ce 
diable de cur«\ pensait-il. aurait bien pu demeurei* où il étîiit î 
(Ju'est-il venu faire j)ar ici?. le ne lui ai jamais p;iyé les biens 
qu'il m'a viMidus. Maintenant (|u"il n*a plus le sou. il va sûrement 
me réclamer de lariient. ('omme si jeu avais! S'il no me ré'- 
clame rien, il me va talloii- tout de mênu' le nourrii"; n'ai-je 
donc [)as assez d'avoir à nourrii" mes dix enfant^! Maudit curé ! 
Ah I si les poissons de la Loii'e a\aieul pu m Cn dt'bai'rassei'I » 
Aussi quand filaizi^ ^'adressa à lui. il iclu^a net et en termes bles- 
sants, (llaize, froissé, ne tlit rien. Lscaloini; étant otlicier muni- 
cipal [)0uvait le dénoncer, et on était en pleine Terreur, mais il 
se j)romit bien de demander ses droits dès (jue le « règne de la 
tyrannie serait passé ». 



(1) Bo, représentant en mission dans le département du Cantal. 



V 



r 



« LIVHE DK CGMPTi: )) DK L ABRE GLAIZE 



XV 



Dans les premiers jours de Messidoi", l'arrêté de Bo ayant été 
levé, il put s'en ret(jurner à (^hazidles. dans sa maison pater- 
nelle. 11 l'cprit son commerce de moulons; le liljuilb't, il ache- 
tait un enclos à crédit; enlin il achevait de se brouiller avec son 
beau-frère. Il avait d'abord cherché à s'attirer ses bonnes grâces. 
Pendant tout l'été, il l'aida dans tous les travaux des champs, 
mais il se donna du mal en pure perte. Lscaloing ne s'adoucit 
pas. Le pauvre abbé dut, « chose qu'il n'avait jamais plus faite », 
manger du pain u noir comme son chapeau », loger sous une 
voûte infestée de l'ats « (jui ne le laissaient tranquille ni jour, ni 
nuit », supporter par dessus le mai'ché, les plus dures paroles : 
est-ce (|u'Lscaloing n'osait pas le traiter de bête? C'en fut trop 
à la fin. Obsédé, l'abbé linit par tomber nudade d'épuisement et 
de chagrin. Au début de septembre, il cessa tout travail et prit 
du repos ; c'est qu'à ce moment. Lscaloing cessait d'être à crain- 
dre ; le 10 thermidor, les tyrans avaient été « détruits », et, dans 
toute la Fi'ance, il se pi'oduisait une réaction conire la Terreur. 
Fnlin le 17 septembre, paraissait un décret, ordonnant de payer 
les pensions des ecclésiastiques fixées pai' le décret du 2 fri- 
maire (1). Les prêtres assermentés, âgés de inoins de oO ans, 
qui avaient cessé leurs fonctions, recevaient une pension de 800 
livres. Glaize était dans ce cas. Il résolut de toucher d'abord les 
800 livrt\s promises, puis de fuir son beau-frère, « ce second 
Kohespierre », poui' se retirer à La lîaslide, hameau planté sur le 
versant droit de la Sianne, à quehjue distance de Chazelles. « Ses 
papiers n'étant [)as en forme » (il lui mauiiuail la translation de 
son domicile de Glux à Chazelles , il ne put toucher sa pension. 
11 écrivit à Chàteau-(^hinon pour se procurer cette translation. Il 
attendit pendant deux mois une réponse qui ne vint pas, et finit 
par se décider^ aux environs de la Toussaint, à paitir pour Glux. 
11 en revint au bout d'une quinzaine de jours, « ses papiers en 
forme ». Le surlendemain de son arrivée, il s'en fut à Saint- 
Flour ; il y reçut 4o0 livres sur sa pension. De retour à Chazelles, 
il lit montei' un lit à la Dastide, puis, le dimanche suivant, il 
s'expliqua avec Escaloing, en présence de deux témoins. Ce fut 
une explication orageuse. Aux demandes de Glaize, Escaloing 

(1) V. Livre de Compte. 



1 



XVI 



A. TREVIS 



répondit par des injures. L'abbé se décida à lui intenter un 
procès en cassation de vente (1). 

En attendant l'issue du procès, sur la fin novembre, il se retira 
à la lîastide et y ouvrit inn' T'cole primaire (2}. Il eut une quin- 
zaine d'écoiieis, lesquels lui donnaiout par mois, pour salaire, 
six quartons de blé et une demi-livre de beurre. Ce furent pen- 
dnut quel(|ues mois ses seules ressources, ressources bien iiuii- 
gres. Aussi n'altendit-il (ju'uue occasion favorable pour recom- 
mencer îi dire la messe. Cette occasion se présenta bientôt. La 
liberté des cultes fut proclamée [)ar un décret du 21 février 179ij. 
Dans les premiers jours d'avril, Glaize s'en fut à Glermont 
u pour se nieltre en état de dire la messe ». 11 s'y laissa très 
bien prendre pour prêtre réfractaire. A son retour, le 5 avril, 
jour de Pâques, il célébra la messe, pour la première fois de- 
puis son arrestation, à la JJastiile, u sous la vuùte » d'une maison 
aj)(>arlenant à un laboureui', Advinen, maire d'Auriac (3). Par 
malheur, il avait un ennemi dans la pei'sonne d'un certain Hoddier, 
ancien notaire royal, et agent national dAuriac. Roddier l'avait 
déjà dénoncé (4), il le fit chasser de la voûte par Advinen, qu'il 
menait à sa gnise. Labbé ne se découragea pas. U se servit d'une 
autre « voûte » que lui offrit un autre laboureur de la Bastide. Sa 
messe était assez suivie : 200 ou 300 personnes y assistaient. Celles 
qui avaient recours à son ministère lui fournissaient un peu de 

(1) Les autres beaux-frères de labbé firent cause commune avec lui. Ils étaient 
dans le même cas que Glaize. Eux aussi avaient vendu à Escaloing leur part d'hé- 
ritage sur les biens de leur beau-père, et Escaloing ne les avait pas payés davantage. 

(2) Sur sa maison d'école, il plaça une atïiche en vers : « Pour une affiche sur 
l'École, vers : 

École à tout prix, à prix fait, par mois et par leçon. 

Donnez a vos enfans croissants dans l'ignorance 

De savans et bons maîtres qui leur donnent leur science, 

Soyez reconnaissants envers l'instituteur. 

Répandez vos présents sur leur instruction. 

Le plus doux des états, le plus digne d'honneur 

est l'éducation. » 

Ce dut être pour cette école qu'il fit l'achat suivant : « Nouvelle bibliothèque 
des enfants divisée en trois parties contenant des historiettes morales, etc.; 
2° des principes de grammaire, etc. 15 fr. du port chez Devaux. .Maison Égalité, 
n° 181. » 

(3) C'était la femme du maire qui lui avait otTert cette « voiite ». 

(4) V. Livre de Compte. 



4 




« LIVRE DE COMPTE » DE l'aBBÉ GLAIZE 



XVII 



blé, un peu de beurre, du lait, quelques fromages et quelques 
œufs. C'était là ses seuls moyens de vivre. Or, ces aumônes ren- 
daient peu. Dès qu'il avait un peu d'argent, cet argent fondait entre 
ses doigts : il lui fallait payer les frais du procès contre Escaloing, 
il lui fallait payer son enclos. Le blé d'ailleurs vint un moment à 
atteindre un prix exorbitant. L'abbé ne put s'en procurer, il man- 
qua de pain. Un jour, il fut contraint d'accepter l'aumùne que 
lui en lit une bonne femme de La Rochette. Ce jour-là, faisant 
un l'etour sur lui-même et songeant sans doute au temps où il 
vivait dans un bien-être incomparable et où il était si fier, il 
s'humilia : « mon Dieu, écrit-il alors dans son « Livre de 
Comi)le », vous l'avez sans doute |)ermis que nous fussions 
enfin humiliés, que l'aumùne nous fut nécessaire à nous prê- 
tres, qui étions naguère si riches et si orgueilleux I (Jue votre 
pauvreté me console dans la mienne ! » 

Le 30 août 1795, il célébra publiquement la messe dans l'i^glise 
d'Auriac (le décret du II prairial an III, 30 mai 1795, avait restitué 
au culte les églises non aliénées). Les aumônes devinrent plus 
abondantes; il ne tarda pas à avoir lini de payer son enclos et sa 
situation s'améliora un peu, mais l'agent national ne désarma 
pas. Glaize ne se conformait pas toujours rigoureusement à la 
loi (1); il défendait en outre avec vivacité la religion contre les 
attaques de Hoddier. Roddier n'eut de cesse qu'il ne l'eut con- 
traint à abandonner ses fonctions ecclésiasti(jues, ce qui arriva 
sur la fin d'octobre 1795. L'abbé étoufTait de colère et de haine 
contenues, car il n'osait rien dire en face. Alors, pour soulager sa 
bile, il traçait sur son « Livre de Compte » du « Roudier » comme 
il l'appelait, de « l'impie », du « Robespierre », un portrait des 
plus noirs. Pendant (juchpie temps, il redevint exclusivement 
maître d'école, puis, en mars 1796, il reprit ses fonctions ecclé- 
siastiques. Il avait gagné, semble-t-il, son procès contre Esca- 
loing. On pi'océda à un partage. Pour sa part Glaize eut (juel- 
ques champs. En germinal 17î)7, il revint habiter Chazelles où il 
vécut en paysan. En 1802, il se rallia au Concordai, en 1803, il 
fit sa soumission à l'évèque de Saint-Flour. Mgr. Montanié de 



(1) Il accompagnait « eu habits de clhjeur » les convois funéraire.^ jusqu'au ciuie- 
tière, ce qui était défendu par la loi. 



i 



XVIII 



A. TUKVIS 



tr 



Belinoiit. Puis, il elcvinl, à colto dalo, précepteur des enfants 
irun hrivadois, Tiuillaunie Frédéric Thomas, receveur du Var. 
Il le suivit dans le Var, mais ue tarda pas à y tomber malade. Il 
s'en revint bientôt à Chazelles où, au bout de deux ans, il put 
^uérir. Il vécut dès lors, dit-il. < dans le silence et dans l'oubli ». 
Eu 1807 in, « satisfait eu partie p:ir la publication du caté- 
chisme et de la nouvelle litur-ie .., poussé aussi par des cir- 
constances que nous ignorons, il écrivit à l'évéque de Saint- 
Flour. pour lui demander un posle, une lettre à la fois digne et 
respectueuse (2). Sa lettre fut bien accueillie. A la lin de Tannée, 
il était nommé vicaire à l»aulbac. eu lMau»'/.e. Il y arrivait le 
10 octobre 1807 et se luettail <mi pension chez son cuié en raison 
de :m francs par an (3). Il y resta deux ans, vivant du casuel (4), 
du revenu de ^c^ biens propres de Cha/elles (5), du traitement de 
cent écus que la paroisse lui donua bientôt, comme vicaire (6), 

(1 11 vivait a crtte date à Chazellos. à la maiiièro ,lrs paysans : En août ISOi. il 
.'..rit s„r son « Livre .le Compte ■> : « Le 25 août., ayant en bour.se : 6 L; poire 
a-an^ent 22 \. ; autres fruits li 1. ; chanvre 30 1.; vaches 180 L; v.n 2.1.: pei.sH>n. 
semestre de septeu.bre 132 1.; ravière 6 1.: huile et verge 6 L; regain b L; Ltotalj 
4% 1 En moins .le quatre mois pour rentrer dans Pexercide de mon état, ja 
dépensé cette sonune 456 1. » Il habitait à Chazell.s une u.aison eonl..rtabie, ayant 
cuisine, chambres et galetas. 
(2) V Livre de Compte. Cette lettre fut ei-rite le l'-' mai 180i. 
3 .'lO octobre IS07, je suis arrivé a Paulhae en qual.té de vicaire, me suis 
mis en pension chez M. le cnré a raison de 300 Ir. par an. « Livre de Compte. 

.V^ Ce casuel était assez, i.nportant. l/abbé faisait - la quête en ble. fromages, 
œufs .. qu'il revendait a sou protit. (>uét. en blé en ISOl : 62 qnartons "'oms /4; 
nuéte des œufs, mai ISOS : 92 douzaines qu.l ^nuPiS Ir. -o; qu-te du ble, 1S08, 
lloquartons ou 1'. setiers 3 quartons ; quête des œufs, 1809 : lli dcu.zaines ven- 
dues .il fr. 8 s. 6 d. » Livre de Compte. . • , r 

(5) Il les avait alTcrmés en août ISO: : « Le 1er août 1807. j a. alleru.e a ^^J^^^^^ 

de Christophe du Tav de Viols. 2 poiriers d'argent 22 fr. - Le 14 août 1801, j ai 

allermé à la u.éme, le potnmier blanc, le penssier béru. le pomnuer a cote du pour- 

mier dapi, le petit pouunier d'au-dessous des Hases, quatorze francs, 14 "- ;^-;' 

r!" It'nné rer' los L Monsieur, le jardin réservé, le chenevier de la Prade, la cote d.- 

, Devesse I- Hases et 2 noyers et petit pomn.ier réservés, à Jean Delanri.r Canot 

pour la^somme de 214 fr. argent, deux chars de bois a brûler et 4 calons pcnres e 

pommes fruits d'hiver, en deux termes égaux, le h'" a la ^a.nt-Jean 2. jum 180 le 

^c „ n novetnbre d. la u.êu.e année, 2 journées d'hounne et son cheval pour c uel- 

qnes vovages, etc.. el d.x l.vres dhuile de no.x. - Le 25, i<lem, j;ni allern.e a J e.m 

Latérissè de Chazelb-s 5 noy.rs pour trente-six livres huile: j a. reçu (> I anc s 

d'arr.s. dont je ne rendrai que lUO sols et retiendrai 25 sols pour les verges. » Liv.e 

de Compte. , , ,.„„,„no dp 

(6) « 16 juillet ISOO Hoeu de .lenu Charbounrl. prreepteur de la commune de 



« LIVRE DE COMPTE » DE L ABHÉ GLAIZE 



XIX 



*/ 



n'en sortant guère que pour faire quelques voyages de courte 
durée (1). En juillet 1809, il y tomba malade. Pendant quelque 
temps, il prit les eaux minérales de Chantejail, hameau de la 
commune de Blesle (2). 11 fut peut-être ou il se crut dangereu- 
sement malade, car, vers cette époque, nous lui voyons faire 
un legs à une de ses nièces de Cha/elles (3). 

Ce ne fut pas une bien longue maladie. Le 2G octobre, il était 
guéri el (juillait i*;iulli.ic pour se rendre à Vézézoux (4) (llaule- 
Coire), dont il venait d'être nommé desservant. Vézézoux est 
nngros hameau planté sur une terrasse de l'AIli.'r, terrasse fer- 
tile occupée en partie par des vignobles et qui domine la plaine 
de Hrassac-les-Mines : une grande plaine tout en champs de blé, 
avec TAllifM' (|ui coule entre des rideaux d'arbres, avec çà el \h 
de> cheminées d'usine et au b.in. formant Thorizon, des collines 
aux formes douces. Glaize y arrivait le 28 octobre; il devait y 
resb'r jus(ju'à sa mort, c'est-à-dire pen<lant dix-huit années. Il y 
trouva une («glise dnns le dénuement et le presbytère ne valait 
guère mieux (5) : c'était une ancienne maison avec chambres, 

Paulhae, la souinie <le 1.^0 francs., accompte des 100 écus qu'ils ont promis au 
Vicaire. ,> L'écu vaut trois francs. Glaize recevait eu outre de l'Etat une oeusinn 
annuelle de 2GG fr. ^ 

(i) « Le 6 sept. 1808, Etienne Nouzière ma prêté son cheval pour mon vova<^e 
a ChaUnarg.ies, 2 jours ... « Le V^ noven.bre 1808 jusqu'au 19, voyage a Chazelle^'s 
dépenses d auberge IG l., tailles ou étrennes ]G I.; pour la bibliothèque de défuni 
M. Uavieres, curé de Kuines, consistant eu 2:i0 vol. bons ou mauvais ainsi qu'il est 
porte .lans un état particulier que jeu ai fait ] JO !.. et 1 I. de vin blanc : trausport à 
laulhac. 2 1. plus .lans 1,. mêuie voyage, acheté 2 éperons I I .. 4 s Une livre de 
tabac J I... os Cmq quarts savon, 2 1. :. s. papier, étrennes 1 l... 6 s. ; plus quel.mes 
jours apr.'s M. li.can. u.'a acheté .i Tagcnac un bréviaire en 4 vol 9 I • plus pour 
la temture de G auu.s d'étoMe noire U 1. moins 2 s. total de toutes ces sommes 
ci-dessus cent soixante deux livres. .. Livre de Compte. 

dJhiblf ''^'"' "''"''''''' '^""^ ''"^^"'' aujourd'hui dans la région comme eaux 

(^) « Le 12 août 1S09. j'ai donné après moi a ma niê.e Viallelont de Chazelles, le 
1/4 de I enclos d. Monsieur a prendr. .lu côté des .juarts bas. . Livre de Compte 

(4) \ezezoux dépendait à cette époque de l'év.'ché de Saint-Flour Lévêché du Puv 
avait été supprime au Concr.lat : il „.■ lut rêfabli ,p,Va 1S24; V,^zézoux «t alors 
partie du diocèse du Puy. Vézéz.uix, .-anf. .lAnzon. ar. .Je Hrioude 

(o) « L'Eglise de Vézéz.mv ,, a eu .lepuis la l!êv.Mnli.,n aucun revenu... Cependant 
e desservant (ait tous b-s frais .lu .-ulte... Ions les vas.s sacrés sont en étain 
laut.^1 man.pnul .rnn tableau, la vue .le la luura.lle .lan .h-ssus .lu lab..rna.-l.- en 
devient. n,l.-eenle. Le presbytère esl une am-b-nne maison sans goût et tonte déla- 
brée... le portail de la cure est en lambeaux... presque toutes les portes el fenêtres 



\\ 



A. ruKMS 



salon cl ral)iiiol, innison onloun'M' .ruii Ix'aii janliii, mais loiili' 
délabrée. Il s'en areonnn.Hla eununc il put, il la nionbla (1), plus 
lanl la lU réparer (2): il la ivn.lil la |.ln< agréable possible. 
Il y vt'cul .l'une vie ni>li.iue .«l Iraniiuilb'. Il luail un porc de 
lomps en le.nps (3), avait de< p..iib'>, ,1(- variiez peul-èt.v. 11 
,j-,, 1,1, lia jamais d'avoir bmi \iii en cave (4) el linge ' - 



dans ses 



a. la rare ot les ..uira.llrs .lu j.ml.n .-ut besoin .Irlrr refaites à neuf. » Extrait 
,rune lettre de Glaize, V- Appeu^l. l/.ulis. .Ir Vézézoux poss.nlait des eréauees sur 
plusieurs tiabitants .le la paroisse; mais ces créances .relaient point faciès a recou- 
vrer, (llaize lit tout sou possible pour les faire rentrer : nous lui v..>ons la.re toutes 
s..rtesde .Icuar.bes aupn-s -le IV-v.Vpie, aupn-s .lu pn'-fet en 1S12. Klles u abou nvut 
pas. i:u ISi: il reeouuueu.ia et nous i-nonu,< s'il arriva a un résultat u.eilleur. 
— Voir pour toute cette attaire, .Appendice. 

U) « Le 29 août 1813, j'ai acheté le lit de M. Le Se.-, père, U2 fr. cou.pose .1 un 
bois .ie lit. fon.l sanglé, roulettes à écaire, 2 u.atelas, 1 traversin, l petit aurelier. 
une couverture e.i laine, contrepointe indienne, ri.leaux et -arnit..re ». Livre .le 

^Tl!^!'' sa mort, son héritier, SaignoL lit vnd.v s.s meubles le 1- u.ai 1S27 Le 
t..tal .le la vente se n.onta à 1434 fr. 4.-i. (ilaize possédait al.u-s : « 1 u.atelas, .. tra- 
versins •> paillasses. 1 couvertures ou contrepointes en laine ou en coton: 14 paires 
de draps ; 20 serviettes, 28 « essuyemaius ., 2 sacs, 2 besaces, 48 chennses, S . cane- 
tons .! 7 gilets de ratine. 2r, .nouchoirs .le p..che, 4 « coiles d'orillet .., plusieurs 
bonnets, une redingote, 2 ciels de iil avec les rideaux. '. bois de lit 1 tabl.., 1 armoire 
bois dur. 1 armoire à 2 portes, bois -le noyer. 1 butlet « à .Ir.ute de la p.ule 
du salon .., 1 « comode .. à 2 portes, .le nou.brcix ustensiles d,- cuisine : « chau- 
.lerons ,., bassinoire, casserolles, poissonnières, tourtière, le.-hetr. e, bro.-he a lot.r 
.. andilière .■ . ambeise . . melar.l o et de nombreux tonneaux d.mt tous n.'taienl 
pas vides. .Maintes .le .M. d. Uussac, notair- à Au/.on. Année 182- ir 141. 

'•->) : Le 2 de ce .u..is n..v. UH], jai payé a M. Clémencon .1 Au/..>n, menuisier 
40 journées i 20 s. .>l 25 s. .).• nounilure, savoir : <i p..nr Larmoire .le 1 .\gn.-s, et 
,1 pour un bois de lit de n..yc- et a panneaux et 2 barri.,ues d- 2 p.^ts la pi.ce : 
les autres 2S ont été employées pour léglise ou la cure, savoir : pour les stalles, 
le garanda.e du >^nhuu la porte et fenêtre .lu poulailler, le cmtrevent d.-s escaliers, 
la tablette de la cheminée du salon et les ray.uis .lu calnnet. Les 28 journées pour 
r.-.glise et la cure y compris la u.mrriture moulent 63 fr. Le bois a ete estime 20 Ir. 
T.Ual 89 fr. Plus la fermente i;i fr. et les clous ». Livre de Compte. 

{ . i) dèc 11812: a Auzon, acheté un coch.m. i:; fr. o « 24 dec. ISIS. A la ioiiv 
de la Saint-Thomas a la .Moiigie, jai fait acheter un cochon. Il a .-out.' 49 Ir. Le 
lard a pesé 60 L, le saindoux 4 L seulement, il revient a peu près a - s. a livre. » 
« Le 23 .léc. 1822, acheté à la Mongie un cochon 41 Ir. A pesé en d.'tail : les . quar- 
tiers lard (i.-i L, les plats 20 L, les 4 jambons 29 L, les côtelettes, etc. b l e 
saindou 9 1. Total 13G I. .-e .pil .lonne a peu près 5 sous et .lemi la livre. -. Livre de 

^'"i^ Le G oct. 1811, reçu 3 pots de vin à raison de i fr. >> » Le 3 novembre vin de 
2 ans, 1809, 4 pots: .le 1810. ,1 pots : de 1811, rouge : pots: blanc: po s tota 
4G pots » - « 12 [juil. 1812-, M. (Jranghier m'a fait passer une teuillelte de vin de 
Mà.on dont L. pnx'e^l : vm. 105 Ir.; voilure li> fr. 5 s. rembomseue.nt. .. Ir. ., s., 



Kli 



« LIVRE T>E COMl>T^] » DE L AliiJÉ fi LAIZE 



XXI 



armoires. Son lin^^e était fabriqué dans le pays. Il avait du 
cbanvre et il acbetait de la laine que les tisserands de la re:gion 
Iransfoi'uiaienl en belle loile et bon drap (T. En somme il était à 
son aise. Ses biens d(^ (ibaz(dles lui donnaient un l'eveiui annuel 
de 300 francs; clnnine année, il loucbait une pension de 266 livres ; 
le casuel entin était assez important (2). 11 savait ajouter d'aillenrs 
à ces revenus lixes quelques revenus exti'aordinaires qu'il tirait 
d'opérations commerciales. Il aidietait des arbres, cbénes, noyers, 
cerisiers; il les faisait transformer en plancbes, doues, etc., puis 
revendait ces produits avec souvent un beau bénéfice ^3). Quel- 
(pies élèves qu'il formait lui procuraient encore ([uelque arp:ent. 
C'est ainsi qu'en aofit 1810, il recevait 18 1." pour avoir appris à 
lire et à écrire à Jc^in La^^arde. creusé de la pclil<^ vérole et âgé de 
10 à 12 ans ». Il eut un certain temps coiume élève le fils d'un 
marcband de Vézézonx, Pierre Saignol. 11 l'enverra au collège 
de Saint-Flour, s'occupera de payer sa pension, veillera sur lui de 
loin (4) ; il est vrai que le père Saignol lui retuboursait l'argent 
avancé en pots de vin. 

deux poris .le lettre 10 s.; bulletin dentrep.U 1 s. Total 12"/ fi-. 1 s. » « 4 déc. 1813, 
jai reçu 32 pots de vin à raison de 3 fr. 10 s. le pot, ce qui fait 112 I. ^) — « Le 
12 [juin 18211 j'ai acheté .le Pierre SaignoL G pots et demi de vin rouge à 5 1. 10 s. 
le pot, monte 3:i I. 15 s. payé. Le H, j'ai acheté 4 pots 1/2 de vin dit de Saint-Giles 
Hh.me à 1 fr. le pot, montent 31 fr. 10 s. pay'. » Livre de Compte. 

(1) Par exemple, en déc. 1813. il donne à filer une trentaine de livres de chanvre 
« plein » et une vingtaine de livres « étouppe » « 17 octobre 1813, pour façon de 
40 aunes de toile au tisserant 12 I. à 6 s. Laune. .l'ai emprunté 9 livres et demie de 
fil étoupede Anne Haile du Say pour compléter la sus.lite toile. » c Le 23 juin 1814] 
acheté à Brioude 19 livres laine grise, de ma romaine ; de la nouvelle romaine, 
15 livres à 25 sols, moulent 18 I. 15 s., à 18 ... 18. Blanchie réduite du petit poids 
de ma romaine à ... étaim. . . pour filer rétaim. . . pour carder la laine. . . pour filer 
la laine... façon de l'étoffe et foulon... teinture... » Livre de Compte. — W y a 
une quarantaine .Tannées encore, les tisserands étaient nombreux dans Larrondis- 
sement de Brioude. Il y en avait a Blcsle, Vézézoux, Vieil-Brioude, Frugières le- 
Pin, Sainl-Ilpize. Ceux de Blesie et de Saint-llpize étaient renommés pour la beauté 
de leurs produits. Cette industrie rurale a totalement disparu. 

(2) « Du 20 octobre 1813, le relevé du casuel est de 99 I. 14 s., plus lObit ou publi- 
cation 66 1. total 165 l. 14 s. Nombre <les offices, \'^ année 1809 et 1810. . . 70 ; 2« au. 
1810 et 1811... NI; 3" 1811 et 1812... 47; 4'- an. 1812 et 1813... 64. .. Il recevait 
par an en outre entre 40 et 80 messes basses. Livre de Compte. 

(3) Le 15 nov. 1809, il achète un chêne 232 L, il escompte en tirer un bénéfice de 
170 1. Le 19 nov. 1813, il achète 3 arbres chêne 80 I... etc.. 

(4 « 17 oct. 1814 jusqu'au 22, un voyage à Saint-Flour pour mettre Pierre Saignol 
au Collège, dépenses ilaus les auberges ou achats d(> petits objets, tel .pie livres, 



XXll 



A. THÉVIS 



Glaizo s('mblo s'oti'o plu à Vr/ézoux. Tl nVn sortit ^uèro pon- 
dnnt cos ilix-iinil ;ms (\\w pour nlliM' de lonips en l<Mnps à lîrioude 
el doux ou Irois lois à la rctrailc, à MoiiHVii'aud ou au l*uv fi). 
S'il eut (piel(|ues euuernis an di'djul. entre 1SI2 (d 181.'^, (|ui le 
meuaeèrenl dinu^ volée de hojs verl 2 . la pln|)arl de ses ouailles 
lestimaieut et laimaient. La preuve, c'esl ([u'elles l'aisaieut volon- 
tiers [(OUI' lui des boirades ou corvées volontaires. D'ailleurs il sem- 
ble bien ([uo ses ennemis étaient des ennemis politi(jnes. \\n 1815, 
lun d eux lui re[)rochait de n être pus impérialiste (3). C'est, (ju'cn 

escarpins, sabots, etc. 28 fr. pins donn»' à .M. Salesse, principal, l'j fr., ayant obtenn 
la dispense des droits de rUniversité de 21 fr. 1"3 s. Pins à Mi't"^ Tassy, donné 
50 fr. Total ponr Pierrette 93 fr., pins acheté une livre de soie filée pour bas 11 fr. » 

— <( S déc. ISl't, envoyé à Pierre Saij,Miol à Saint-Flonr 30 fr. par le voiturier Ducré ». 

— Le 20 avril 1815, idem — « 29 juin ISI.'i. j"ai envoyé 12 IV. .lu petit Saignol à 
Saint-Flonr, accoinpte tctujours drs 2.i [H)ts de vin à raison de 1 I. 10 s. le pot, 
comme il a valu et de 9 quartons froment (juils m'ont donm'-.s à la Toussaint passé », 
etc., etc. Livre de Compte. Les demoiselles Tassy étaient les hôtesses du petit 
Saiiïiiol. 

(1)26 août iShî, 1j déc. 1810, 28 février 1818, etc. etc., voyage à Hrioude. — « Août 
1810, voyage à la retraite et à Panlhac où jai dépensé environ iO I. » — « Le 4 août 
1822, à la retraite à Montferrand, donné an séminaire Kl fr. Fi'ais de voiture et 
dépenses dans les auberges, 22 fr. Acheté deux couverts d'argent, 8.'> fr. 2 aunes et 
doaii et demi-quart de talfetas pour couvrir mon parapluie, 14 fr. iO s. Un fautenil. 
20 h-. Plnnies, papier coupé, cordon, rabats et autres [letits objets, S fr. 4 s. total 
U)l ... 14 s. Six messes manquées à la r.'traite. » — En août 182;{, il va à la retraite 
au Puy ; u dinjanche, 4. Jai pris le courrier à I.empdes^ à 2 heures. Il part du 
Puy, le mardi à 9 heures du soir; il en coûte 4 1. 10 s. pour aller et antant ponr 
revenir. Pour la pension, donné au séminaire 25 fr. et 1 tr. aux domestiques, pour 
9 jours. J'ai acheté ditlV-rents objets ponr la somnte de 75 fr. 10 s. Total de la dépense 
106 fr. J'ai manqué 10 messes. » Livre de Compte. 

(2) « L'' 17 août 1812, à 2 heures et demie du soir, sur le bord de l'Allier, au 
dessous de la fontaine de saint Préjet, h- fils aîné Bardy m'a menacé de coups de 
bâton, en ces termes : M. Glaize, nnus sommes (juatre dans Vézézoux qui vous 
devons une volée de coups de bâton. Je ne lui réi)ondis (fu'en prenant des tf'-moins 
qui furent trop loin pour l'entendre. » Livre de Cnuipte. 

(:r. « Lundi, 3 juillet [1815!, revenant de Brassac, j'ai été arrêté [lar le sit-ur Augus- 
tin Masset, allant soi-disant à Jumeaux, entre la vigne de F.ouis Beynard et de Jean 
Vigouroux, propriétaires de Vézézoux. Le S'' Masset. le chapeau sur la tête et le 
visage entlammé, m'a adressé ces paroles : « Crie dcne \ ive lempereur, 15. de calo- 
tin. » Sans lui répondre, j'ai pris le pas le [ilus vif qu'il m'a été possible, >•[ â neuf 
ou dix pas de là, je me suis vu assailli de coups de pierre, iloni l'une m'a frappé 
bien sérieusement. Cette espèce d'assassinat est ari'ivé à 6 heures 1/2 du soir. Le 
lendemain jai écrit la lettre suivante à M Hardy jeune, maire : « Vous pouvez 
éviter à .M. Masset une citation a la police corr[ectioiinellej, en l'engageant à me 
promettre par éi-rit de respecter à l'avenir ma vie et ma perscuine. >• « Il s'y est 
refusé. » Livre de Compte. 



<( LIVRE DE COMPTE » DE L ABHE (iLAlZE 



xxin 



ellet, le curé avait accueilli le retour des Bourbons sans mécon- 
tentement. Le 7 janvier 1815, il s'abonnait au journal : L'ami 
(If^ Ut Rplif/iorï et (h( Roi et, les années suivantes, il disait plu- 
sieurs messes pour Louis XVI et Louis XVIII (1). Mais, malgré 
tout, les événemenis politi(iues ne paraissent pas bavoir pas- 
sionné beaucoup. A mesui-e qu'il vieillissait, semble-t-il, il sy 
intéressait de moins en moins. Depuis 1807, deux t'ois seule- 
ment dans son « Livre de Compte », il note des événements poli- 
tiques (2). Le reste du temps, il se contente de tenir ses comptes 
de messes ou d'ollices, d'achat, de vente ou de dépenses, ou 
d'inscrire quelques receltes de bonne femme : « Recette pour 
préparer les noix sucrées », « Kecepte pour faire de la pommade 
liquide très propre à entretenir les cheveux », « note pour semer 
les racines » (carottes) (3). 

Ln 1819, il eut une maladie qui dura deux mois (4) et dont 
il pensa mourir: il s'occupa à prendre quelques dispositions 
mortuaires : le Ti juillet 1819, il céda à un de ses neveux Delau- 
rier la deuxième moitié d'un enclos i)0ur une rente viagère 
annuelle de 300 francs. En 1827, en janvier, il tomba de nouveau 
malade. Sur son u Livre de Compte » le 23 janvier, il note : 
« Une messe manquée pour cause de maladie, n C'est la dernière 
ligne qu'il y devait écrire. Se sentant très mal, le 4 mars, il lit 
appeler le notaire et fit son testament (5). Il légua tous ses biens 
à son ancien élève. Pierre Saignol. alors vicaire à Celles ;Puy-dc- 
Dome), et, peu de jours après, le 11 mars 1827, il s'éteignait dans 
la soixante-douzième année de son âge. 

{\\ « 7 [janvier 181o] je me suis abonné pour " lAmi de la Religion et du Uoi », 
pour un an. J'ai donné 25 1. plus le port de lettres, etc. 2 fr. 5 s. » u 20 janvier 
1816, un office des âmes pour Louis XVI. ^) Livre de Compte. 

(2) V. Appendice II et IV. 

(3) La première est du 8 juillet 1822, la deuxième du 1^' janvier 1823, la troi- 
sième du 29 août 1826. 

(4) Du 25 avril au 13 juin. « Cette lacune a été occasionnée par une maladie de 
2 mois ou un dépôt à la rate qui m'a conduit à deux doigts de la mort et m'a coûté 
624 fr. que j'ai donnés à M. Chevans de la Mongie, le 10 juillet 1819. Il a pris 100 fr. 
pour l'ouverture du dépôt qu'il lit le 7 mai ; plus la consultation de MM. Lavort, 
Mossier et Kleury, du 27 avril 1819, qui me coûta 36 fr.: plus 60 fr. du voyage. Le 
service de ma paroisse, les pertes que j'ai faites, tant des messes que du casuel, 
les dépenses extraordinaires, j'estime le tout à 1,200 fr. Ce 14 juillet 1819. » Livre 
de Compte. 

(5) Voir Appendice VI. 



{ 



I 



XXIV 



A. THE VIS 



« LIVRE DE COMPTE » DE l'aBHÉ GLAIZE 



XXV 



Son « Livre do Coinplo » nous lo montre tel qu'il est, avec 
toutes ses faiblesses; il s'y est peint tout entier. 

Il n'était pas trop mécontent de lui-même : il se regardait 
naïvement comme la plus honnête personne du inonde; il était 
lier de son état, « état le plus respecté », de ses relations fami- 
lières avec les nobles, de « son zèle et de ses prônes >, de a ses 
études faites avec quelques fruits ». Il se pi(|uaitde belles lettres 
et peut-être se croyait il poète : il s'essayait parfois à faire des 
vers, uuiis quels vers! toujours plats et boiteux. 11 aimait extrê- 
mement les égards, les attentions, la considération: bienfaits ou 
injures, il ne savait rien oublier ou mal (i). Il ttMiait très toil à 
ses aises : il suivait un ré-ime. il évitait avec soin t(ms les 
excès, surtout les excès de passion, les([u»'ls troublent la vie. 11 
voulait vivre tran(iuillement, en bon cur(' de campagne, moitié 
paysan (2). Par malheur, les circonstances ne lui permirent pas 
de réaliser ce rêve. Son repos fut menacé et, comme il était faible, 
il se courba devant la tyrannie; il eut peur de la mort, de la 
prison : pour y échapper, il ne craignit pas d'otfrir de faire brû- 
ler ses lettres de prêtrise, (le n'était pourtant pas un lâche ; il 
essaya de résister parfois — en rusant. L'arrêté de Kouché lui 
paraît sacrilège, il ne refuse pas de le publier, il néglige seule- 
ment, ce qui est une manière de refusiu' tout de même. Il lit plus. 
Poussé par sa foi religieuse, il devint un instant hardi. Après sa 

(1) H a presque toujours un mol de reconnaissance pour les gens qui l'ont bien 
traité ; par contre il par.lonnait di«icilement à ceux qui Favaient blessé en quelque 
lacou. Plusieurs mois après srtre retiré à La Bastide, il n'a pas encore panionné à 
Escaloing et il écrit sur son Livre de Compte les vers suivants qui sont comme un 
testament. 

» Pour tlisne récompense de cet os|iiil malin, 

« je donne de mon c la flûte à Escalin. 

« à Charucsse seront et par i^gal lot 

« à Viallefont. à Chauniiol. mes meuLle«, mon enclos 

» le tout en ton vivant, ma pensée et mon cœur 

« à loi seront mon unique bonheur. <> 

FMuviose 4' rc|t. <> 

(2) Au vrai, Glaize est resté paysan et paysan auvergnat, il vil comme un i)ay- 
san; il possède l'esprit avisé, curieux, prudent et rusé, le sang-IVoid, le solide hou 
sens pratique du pavsan auvergnat. Comme lui. il a la vue la plus claire de ses pro- 
pres intérêts. Comme lui aussi, il est porté .. jug.-r des événements d'après les 
avantages qu'il en retire. D'ailleurs il en partage plus d'une idée, et notamn)eut la 
répugnance pour le service militaire inous parlons des paysans d'autrefois). 



sortie de prison, à Cliix, un mntin. :iv;inl le jour, il se ivn.lit dans 
Téglise pour consumer les hosties consacrées qui étaient dans le 
tabernacle et (jui ^< rin(iuiétaient beaucouj) )>. Ce jour-là, d joua 
sa tête ou tout au moins sa liberté. Malgré tout cependant, c'élait 
un homme prudent et (|ui cherchait à éviter le dnnger, pour coin 
ne craignant pas de mentir ou de dissimuler à l'occasion. 

Très personnel en somme pour ne pas dire égoïste, intelligent 
d'ailleurs, modéré, pratique, sensé, mais porté vers la matière 
comme dirait Philaminte, et faible, c'est un de ces braves gens 
comme il y en a tant, gens paisibles et qui ne demandent qu'à 
vivre tranquilles, lirave homme au fond et (jui n'était |)as né 
pour vivre en ces temps tourmentés. Il ne chercha pas la persé- 
cution, il nt tout |)our Téviter et il fut persécuté. Il faut le 
plaindre et le juger, somme toute, avec indulgence. 



Brioude, l»-'' mai 11)13, 



A. Tuiivis. 



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If 



'I 



M 



( 



« IJVHK hK mwm >' l)K LABBli GLAIZK 



Mon kégimk. 

A (léjounor. je mangerai un morceau de pain et du IVuit adou- 
cissanti tel que la pèche, la poire fondante el sucrée, les cerises, 
les mûres, le raisin ou des fruits cuits et je hoirai de n'au. De 
temps en temps, au lieu du fi'uit, je prendrai du lait, surtout dans 
le temps des liémorroïdes*. 

A dîner, je mangerai une soupe ou du riz, ou d'autres larineux 
cuit^ dans un hoiiillon léger et peu salé ; de la volaille ou du veau 
ou de l'agneau bouillis ou rôtis. La laitue, l'oseille, le pourpier, 
les épinards, la carde poirée, le concombre, la citrouille, le 
melon, doivent entrer dans mou potage, ou être servi en f^nfre- 
mets\ Le poisson léger cuit à l'eau ou grillé sans autre sauce que 
de l'huile ou du vinaigre, et très peu de sel. les u'ufs frais à la 
mouillette font partie de l'espèce de nourriture qui me convient. 

Au dessert, les fruits ci-dessus. Je boirai de XQ'àwpurr à mes 
re|)as, ou tout au plus de l'eau rougie par un vin très peu si)iri- 
tueux et bien mur*. Lnlre le souper et le dîner, je boirai deux ou 

trois verres d'eau. 

A souper, je mangerai de Tun ou de deux des mets prescrits 
pour le dîner, avec la même boisson. Je resterai sept à huit 
beures au lit. J'éviterai le grand chaud et le grand froid, l'ardeur 
du soleil, le serein et l'humidité, et les exercices très fatigants. 
Mais je ferai journellement un exercice modéré que je répéterai 
souvent dans la journée. Je dois ne jamais travailler de force, me 
reposer de temps en temps si je travaille de corps, et éviter de 
suer beaucoup*. Je dois me livrer modérément au travail d'esprit, 
éviter très attentivement, très scrupuleusement les excès de pas- 



I !• 



4 



I 



2 ABBE GLAIZi: 

!?ioii. triunoiir, irnmhilioii, de colère. Celii m'est plus nuisible 
(|ue loul autre chose, .le dois faire uu usa-^e très IVéquent des 
bains lièib^s*. Mt'tho(b' de Vacbier, toni. IV. p. 271. parafa. ilO). 
J'ai ('prouvé, loule ma vie. tout c(* qui e^l dit dans ce para- 
gi'apbe, el même eprouvi' ((ue tout ce (|ui m'y est conseillé m est 
bon*. .l'ajoute donc : 

Hoc fac et vives ! 

21 juin 17î)r. 

< ('.otinne (1) J'ai dépensé l'iinnée Jernière 1702, au moins -200 livres de plus 
que mon revenu, il est de mon inlt-rét jioni no point néendetter de eompler 
sciupuleusemenl ma dépense ft de m'en rendir comi^lc rxactement tous les 
ans, luais, pour le faire avec ulililt', il est nircssaire ([ueje rapporte sur cet 
état tout ce que j'ai, tant en espèces qu'en provision, conséquemnicnt : 

en argent cinquante ll•(>i•^ livres. 

en petite monnaie vini;t deux livres quinze sous 

en petits assignats trois livres 

seigle : huit boisseaux ù raison de V I.. 10 s. 

farine seigle, coiron, trois boisseaux i !.. h» ^. 

froment un b., orge deux b., avoine trois b. 

blé noir trois boisseaux. 

Une feuillette de vin vieux, trois feuillettes nouveau. 

l'ne vaeb»' prête à faire le veau (jui a corilé 12V I. ; une antre vache pleine 
il coûté i:{r» l. avec sa tourie (jui peut être estimée aujourd'hui 4r. l. 

environ voitures de bois, etc. 

environ Ttï livies de sel à t s., r» 

Je dois deux boisseaux et demi seigle à H. 10 s. 

au citoyen Clénumdot, marchand à Chàteau-C'diinon 12 I. 

plus la taille de 01 1. et 02, plus .VA l. aux estimateurs. 

11 m\^st du : le Jcannet 2 I. 

la brue de la cardense \ l. 12 s. 

I.audot 2 l. 10 

plus 3 services à 30 sous. 

J.\.NVIER (2) 

Du 6 acheté un almanach 1 s. d., plus G d. ...ci 2 s. 



(!) Ceci, dans le mannscrit ne vient pas directement après « Mon rrjzitnc», mais 
est précédé d'une page où se trouvent écrits en grosses lettres : Livre de j compte 
I A Glaize | curé et procureur de la conununo de Glux \ 1793 | l/an second de la 
Répubhque |, et en lettres ordinaires nn sixain. 

2 Jusqu'à la page 5, I. 25 nous ne donnons point le texte in-cxtenso. Nous avons 
supprimé des comptes de messes et dottices qui ne présentaient aucun intérêt. 



;t 



« LIVKE t)E COMPTE » ^ 

T)u lîi, dépensé chez Dufraigne avec les olliciers municipaux 16 s. 

\ Château-Chinon, du 10, 1 livre de chandelle 1 I. i; huile de navette, 
1 ."luart, i l. 2 s. ; huile d'olive, 1 demi-bouteille, 1 1. 12 s.; plus de vieux 
f> 1 13 ci l. 11. - Du même jour, livres de viande 1 1. IG; 7 livresde itam 
l 4 sous. 1 1. H s., ci 3 1. 4. -Du 28, àChateau-Cliinon. dépense l I. V s. pour 
six livies de hernie fondu :\ l. lil s., reçu 3(K) l. 

Fkvrikh. 

Du G, à St-I.éger payer la veuve d'Auverse, l'alTenne de son hien, cent 
livres, 100 l. — Du 3, 4 livres de pain à 4 s. 

Du 8, vendu 3 poinçons de pomme-de-terre à 7 l. - Du 8, acheté 15 bou- 
chons de paille à 8 s. — Du 8 donné à ma servante um.' feuillette de pommes- 
ae-te,re, comprise dans les 3 poinçons ci-dessus, en déduction de son gage 
;{ 1 10 s. — Du 10, une paire de sabots à la Maiie 7 s. — Du 10 J'ai donne 
aux anciens olliciers municipaux sur ce que je leur d.ds, 8 1. i:; s., plus 
1 l. 12 s.; total ci 10 l. 7.; reste entre mes mains 18 l. 7 s. que .je leur dois. 
— Du 17,' pour provision de bouche à Chàteau-Chinon G l. 7 s. — Claude .Mai- 
lin est entré chez inoi en «lualité de domestique le 18 lundi. Je lui donne 
pour un an GO L ; plus 3 l. pour un chapeau. - La vache (iniot a fait le veau 

le 21, une velle. 

Du •>> à Autun, une paire de souliers huit livres, une coupe de pois 
•> i" 11 • ui'ie coupe de lavi.di-, 2 l. 7 s. G d., cinq livres de morue 3 1...; 4c 
pommes I l. 10 s. ; une livre de ligues 1 l. 2 s.; une carpe 14 s. ; 4 livres de 
pain IG s.; 2 livcs de farine froment IG s.; dépense l 1. 4 s.; la voiture :» s.; 
total 22 l. :i s... - Du 22, port de lettre 8 s. - Du 22, donné à ma servante 
pour un voyage à Autun ti s. 

Mars. 

Du 8 à Autun, une carpe 14 s., des courroies pour lier b^s vaches 3 1. 3 s., 
des cordes au bout 13 s. ; port de lettre 10 s. - Du 10, pour l'arbre de la 

Du 17. Le 14, Claude Martin après avoir tiré au sort s'est vendu pour soldat 
à MM. Hoilîraud .300 l. : jdus habit comidet. Je lui ai donné pour m'avoir servi 
2") jours sur le pied de G3 1. par an, 4 1. 7 s... 

IHi -^0, le petit Doreau est entré à mon service. Je lui donne pour un an 14 1. 
et •> l pour un chapeau. - Du 26, payé au citoyen curé de St-Prix G boisseaux 
de blé, à raison de G 1. 3 s... 37.. 10. - Du 20, pour i.rovision 2 1. pain a V s. 
et 4 livres de viande à 8 s. 

Avril. 

Du 8 donné à la Marie 1. dont elle a acheté de la denrée à Chateau- 
Chinon' Du 8, pour provision de bouche 13 s. - Du 12, Léonard Letourneur 
de Sans Tàch.', m'avant mené deux charretées de bois dont une qu'il avait 
nris.» chez I aristo-ralr Ciissi. j'ai été cité pour les deux et condamne a les 



* AniîK (.LAizi: 

payer. Justice! pour imo bille de bois ((ue M. Cuioi m'a ven<lue et (lu'il 
avait vendue à Toussiiiul dr \ illechaizr, j";ii fit'' assi^MK', pour (..us Irais, [2 1. 
— Du 28, pour façon de 'A\ ;iuiu>s de toile i)ayt'' à Reiliei' du Ueboux à raison 
d<' T s..., loi. 17 s. — Du 28, pour petites cannes au Mrb«iii\, aclir!.'- 2 1. 

Mai. 

hu t.. di'pensc à (lli.ileau-Cliinc.n, lil, etc. | 1. :;. — |)u II. dép^Misc ;i r.liA- 
trau-Ctiiiiuii 1 1. I i-. — Du r^ |-,.. n le irinirsh i. d'iiviil .{oo |. 

Du 17, achète à Aiilun 2 livivs d.- farine Is -. : | livre <|r cliand<'laine 1 1. 
4 s.; I livr(\s buMiT 2 1. 12 s.; 1 cuvcrtuiv de niarcliand N 1.: uin- paillasse 
10 \. : \ livrer sucre I V I. ; savnii 11.; cahier de pajoer coniniun N s. ; 1 int'de- 
cine 2 I. 2 s.; un cai h'- I 1. l- >^. ; une ( h-l' de nioulre \'.\, le racoinnn>daj.;e de 
ma niitntre 2 I. 1(» >>. ; à la ^'eiidarnie i;; s.; (lieux |:; s. : dt'pense li I. \:\ s.; 
tetal de la dt'peii^c r| achat :■.! 1. IN ■>. -- iMi 2 1 . une |,.urnée à la Fi'anc(Mse ."» s. 

Jnx. 

Du ".•, r. liviesde |.aiii I I. Il s. r, ; d,' la p.diije l.i; 2 livres de IVcuna^^'e 
2 I. s s. 1- I. IV. - Du |(i, j'ai |iayi'' 2 hni-s.Miix de |i|,'. ,|n,> j,. devais à Fran- 
çois i'aiKhard i\<' IKchenaud à ;i I., lo I. - l.e j(»iir de Sf-Cyre. l'on purle 
beaucoup de messes à St-Far:^eaul li: il l'aul l'en eiii|)r(hei- en annonçant 
le dimanche précédenl «pi'elles son! uu>si hoiines i( i ([u'à St-Farueol. 

Du 28, aehett' deux lits de dornesliipie. à la vtiile de> meubles du château 
de lloussillon. vendus au prolil de la nation (-02 L: \A\i^ un l'auleiiil :n 1. 
10 s.; plus [luui' des petits taldeaux ;iO I.: (dus pour voilure .j >. 

•ICII.T.F.T. 

Du ."», aehett- à Aulun 2 boisseaux bh' 7 I. Hi; [)lus un boisseau mais ."» 1. 
I'k plus V livres d<' pain IS s.; plus pois \ril> 12 s.; port de lettre 10 s.; 
sabfd ;» s.; dt'-jifu^e 12 s.; port du bir- lo v.; donné pour le \oya^e à ma 
servante (i s.; tolal IC I. 17. — Du lo, pour faire étamer lo b»urclietles et 
refaire 8 cuillers 10 s. — Donn.' à ma >eivaiile h- restant de toile de coton 
bleu rayé montant t I. — Du P,>. poui |Hdei ie 1 I V s. ; piuir :{ livres de lard 
;{ I. 10 s. — Du 2:5, |>avé à Dufraii;ne 2 1. Iti s. pour i bouleille-> dr vin dou- 
ces à ceux qui ont mené mon foin. — l.e 27, à Chàteau-Chinon, I livre de 
fromage I 1. .s ; 4 livres de pain à 't s.; plus I sou, 2 1. :; s. — l.e ;{1, port de 
lettre de Cdia/.elles 8 s. 

Aon. 

Du II, payé au meunier du j)orl des Moisnes, 2 boisseaux de bh-, à raison 
de 5 1. la s. — Du I I. u\\i' livre de IVcunau'e à Chàteau-Chinon 1 I. i:{ s. 



[Ij Lire Saiiil-Far;icau. 



«i 



(( LIVRE DE COMPTE » » 

Du 31, acheté du Louison de Chazay la paille de 33 gerbes, 2 de données à 
6 .s. la ^erbe 9 L 6 s., plus i boisseau de blé 3 1. 19 s.; total 13 1. :i. 

Septembre. 

Du 13, une bouteille devin pour le Piarot qui m'est venu semer à peu près 
une coupe et demie de blé 4 1. - Le 23, 2 bouteilles de vin a 20 sous pour 
4 bouviers qui mont charrié U voitures de bois 2 1. - Le 29, 3 quarterons 
d'épein^des moyennes 15 s. — Le 29, 2 fromai^^es blancs 6 s., idus 2 autres 
4 s..., 10 s. 

Octobre. 

Le 1«', un boisseau de froment pour semer pris chez les Maniens de Lai- 
veaux, à'onze livres le boisseau, est d'une moitié de coupe plus fort que celui 
de (ilè'ne, 11 1. — Le 1", 2 livres de froma^^e de forme (Il que le Bard de Fon- 
tians m'a porté de Chàteau-Chinon, à raison de 1 1. 10 s., 3 fr. 

Le t, i»our faire mon froment 1 bouteille de vin 1 1. — Le 9, 10 livres de 
viande'à 10 s..., 5 1. - Le 9, 2 bouteilles de vin à 1 L, — Le 13, pour tirer les 
Ireulles i2i, 3 bouteilles de cidre la s.; le soir de la St-Denis, 1 bouteille de 
vi,i 1 I. _ |,(. 10, pour du tabac donné au <j;endarme 10 s. — Le 21, à Chàleau- 
Chin(m, dépensé 1 1. s.; une livre de fromaj^^e 1 1.; pour couper les cheveux 
10 s. — Le 23, à la menuisière i»oui' une journée G s. — Le 27, l bouteille de 
vin blanc 12 s. — Le 27, 2 bouteilles de vin blanc au gros Daudi, Joseph 
1 L 4 s... J'ai donné à ma servante pour une coeffe 2 L 15 s., et pour un mou- 
choir G 1. 15 s. que Je lui dois. J'ai acheté 3 mouchoirs de poche à raies rou- 

^'es 12 1. 

Dans ma captivité ou depuis mon retour J'ai fait des dépenses énormes que 

J'évalue à G ou à 700 l. Voyez ci-après. > 



Pars nostra et haec est sors. 
C'est là mon sort et mon partage 



(Sap. 2, 9), 



La nuit du 29 au 30 oclobre 1793, présonlo année, ou comme 
Ion compte dans le nouveau style (3), la nuit du 8 au 9 brumaire, 

(1) Lire fourme. 

(2) Les treuttes, mot patois; ce sont les pommes de terre. 

(3) Etabli par le décret du 4- jour de frimaire an 11-24 nov. [in (16 articles). « La 
Convention Nationale après avoir entendu son comité d'instruction publique décrète 

ce qui suit : 

Art. |e^ L'ère des Français compte de la fondation de la république qui a eu heu 
le 22 septembre 1792 de Fère vulj,'aire, jour où le soleU est arrivé à l'équinoxe vrai 
d'automne, en entrant dans le signe de la balance à 9 h. 18 m. 30 s. du matin pour 
l'observatoire de Paris. 



l 



G 



ABBÉ r.F.AlZK 



i 



à 2 h. 1 2 après minuit, ciiuj cavaliers ou ^^endarmes nationaux, 
comme on les nomme aujonrdhui vinrent henrter à ma porte*. 
J<MiP dormais pas en co monKMit : ear j*(Hais l'ort iiupiiet d'une de 
mes vaches qui s'(Hail c^an'cdans les hois, le Jour pi(''cédent. L'un 
de ces cavaliers, le hripidier, je m'en donle, lienrla lies foi'l ;i 
la porte, en me dis.uit <le l'ouvrir. Je lui repondis de mon lit (jue 
je n ouvrais point la poile la nuil. à moins (jiie mon in;irguilliei' 
ne m'appelât. Alors le m.iii'e, M. de Cussi, (|ni n'était pas mon 
ami, m.iis (jui le dcvini dès ce moment, prit la parole cl nu» dil : 
<( Au nom de la loi, M. le cure, je suis cliar'jié d(^ faire ouvrir votre 
porte. )) Je compris alors ce (jue c'(Hi»il. Je me lève en chemise, je 
leiii' ouvre la porle et leui" dil : « Je vois bien (jue c'est moi (pu' vous 
cher(;he/; me voici. Vous n'aviez pas besoin de venir six hommes 
poui- me [)rendre, un simple écrit de la [)art de radminislration 
m'aurait l'ait n^ndre où vous voulez me mener. >• Alors l'un d'eux 
me dil : « Il faut (|ue ruius tassions nolic devoir et (|ue nous obéis- 
sions ;i la loi: I Mil vent donnei- de la vigueur aux nouvelles lois, 
et. le moindre? soupçon que l'on ait sur um» personne, on Iji l'ail 
arrèlc'r. -» — « Ha!)illez-vous, citoven curé, me dit un nulic. » 

Aloi's je m'habillai ; nui servante leur avait dé'jà l'ait un bon feu; 
ils s'assiéent, se chauHenl : mais, dans le temj)s ^lue je m'habillais, 
ils ne me perdaient point de vue; deux m'accompaiiuaient par- 
tout : j'avais beau bmr dire (jue j'étais bien éloijj;né de m'évadei", 
ils voulurent me suivre jus({ues aux commodités*. Je ne connus 
qu'alors le prix de la liberté. Que mon atlliclion était grande! Je 
versais des larmes d'un coté, ma servante pleurait de l'autre; 



Art. VU. Lannée est divisée en 12 mois é«^aiix de :}0 jours chacun; apit-s les 12 
mois suivent 5 jours pour eouipléter Tannée ordinaire [0 dans les années bissextiles] ; 
ces 5 jours n'appartiennent à aucun mois. 

Art. VIII. Chaque mois est divisé en .{ parties égales, de 10 jour.s chacune qui 
sont appelées décailes. 

Art. IX. Les noms des jours de la décade sont : Primidi. Duodi. Tridi, Quartidi, 
Qnintidi, Se.xtidi, Scptidi, Octidi, Nonidi. Décadi. Les noms des mois sont : pour 
Tautomue, vendémiaire, brumaire, frimaire; pour Ihiver, nivôse, pluviôse, ventôse ; 
pour le printemps, germinal, tloréal, prairial: pour l'été, messidor, thermidor, fruc- 
tidor. Les ,j derniers s'appellent les sans-culottides. .. 

L'institution de ce calendrier républicain fut le point de départ de la révolution 
religieuse déchristianisation de la France). Ce fut, dit M. Aulard « la mosure la 
plus aniichrélienne que prit la Convention .. Culte de la Raison, p. XI V. aussi 
Matlii-'/. La Itéroln/io/i el ['l'^if/ise, p. 7 t. 



F 



I 



« LIVRE DE COMPTE » 7 

mon valet était égaré avec une de mes vaches que je croyais 
perdue. Cette idée, qui m'occupait quelquefois, finissait de m'ac- 
cabler. Mais mon alJïiction fut encore bien plus grande, quand je 
m'aperçus (ju'on apposait les scellés sur tous mes meubles, partout 
où il y avait des serrures. Je me regardais alors comme un 
homme perdu, ne devant plus avoir la liberté d'ouvrir mes 
meubles, d'en jouir, ni d'en prendre ce qui y était dedans. Le bri- 
gadier s"a[)procha alors de moi et me dit : « Vous pouvez prendre 
tout ce qui vous est nécessaire, soit en argent, soit en linge ou en 
habits. Au reste, nous ne sommes chargés que de vous conduire 
à Chriteau-(:hinon(l), chef-lieu du district à 3 lieues de Glux (2). » 
Je le croyais de bonne foi, je ne i)ri^ point de linge et ne m'ha- 
billai .pie pour un voyage de trois lieues. Heureusement que je 
me trouvai, dans ma poche, mon portefeuille où il y avait environ 
200 fr. ou plus*. Dans le temps qu'on posait les scellés chez moi, 
deux sorlirent de la cure, et furent arrêter mon marguillier, 
accompagnés du grelFier de la municipalité*. Cela fait, ils se 
réunirent tous à la cure, et je les invitai à boire un coup. Deux 
furent chargés de nous garder; les autres trois se retirèrent chez 
le maire pour dresser procès-verbal de notre arrestation. Les deux 
qui restèrent à la cure déjeunèrent bien*, burent quatre à cinq 
bouteilles de bon vin blanc; je leur tins compagnie comme je pus, 
et puis ils me conduisirent chez le maire, me firent signer le 
procès de mon arrestation (3) me firent monter sur le cheval du 

(1) ChAteau-Chinon (Nièvre), ch.-I. d'ar. 

(2) (ilux (Nièvre), ar. etc. de Chàteau-Chinon, à 18 km. de Chàteau-Chinon. 

p) Voici ce procès -verbal : « Ce jour d'huy trente octobre mille sept cent quatre 
vingt treize l'an second de la République française, nous, François Dubois, maire de 
la commune de Glux, sont arrives à mon domicile, les citoyens Comptant, maréchal 
des logis de gendarmerie, en résidence à Ghinon-la-Montagne, lequel était accompa- 
gné de tons les gendarmes de sa brigade, soussigné, lequel m'a dit qu'ils venaient 
de s'emparer de la personne d'Antoine Glaize, curé de Glux et Joseph Clém.-ut, son 
fossoyeur, en vertu dun réquisitoire émané du comniissaire et membre du Comité 
de surveillance de la ville de Nevers, duquel réquisitoire il adonné connaissance aux 
deux dénommés cy-dessus; ensuite, il ma été remis par led. citoyen Comptant, 
maréchal des logis, un autre réquisitoire adressé à la unmicipalité dudit lieu de Glux 
par les mêmes commissaires, portant injonction d'apposer le sellé sur les papiers et 
fermetures des dits citoyens Glaize et Clément fossoyeur, ce que nous avons sur le 
champ mis ù exécution en présence d- l.i gendarmerie et accompagné de notre 
grelïier ordinaire et sur lesdits sellé est inscrit sellé apposé par la Municii^alité de 
Glux le 30 octobre 1/93 Tan 2^ de la République française, signé : Dubois Cussv, 



-<*»«î 



g 



ARBÉ (U.AIZE 



maire, et me eonduisirenl à CliàlcNUi-Chinon*. Nous partîmes dès 
qu'il lit clair. Ils me conduisironl le plus honn«Mement qu'il leur 
lut possible, et, s'ils mirent un cordon à la hride de mon cheval, 
dont l'un d'eux tenait l'aulre extrémité, ce lut parce qu'ils crai- 
gnaient que mon cheval ne prit le mors aux dents, comme il 
l'avait lait un moment auparavant; ce qui avait pu aussi penl- 
ètre leur donner du soupçon sur mes intentions*. Mais ce cordon 
n\ resta pas un demi-quart de lieue. 

\rrivés à Ghàteau-Chinon, ils uic déposènmt à une auberge où 
il y avait une soixantaine d'hommes ivres comme des soupes tant 
de l'armée révolutionniiire (|U.' de in garde nationale*. <' Ah! le 
voici, le lanali.iue! s'écriait lun, aussitôt (qu'ils urapen:urent\ 
Te voilà, charlatan, médisait laulre. O le scélérat, nous lui ferons 
voir la ville de Corbigny (1), et puis delà Nevers, disaient (jUidijues 
autres entre eux* >.\n autre me reprnchail de faire consister la 
religion dans les croix de bois. Je ne puis dire (|uel fut mon 

maire ot (iauUhé, grelTier et avons losd. sellé cacheté en rire Jeanne et sellé de notre 
cachet ordinaire et après nne ample peniuisition dans son appartement nons n avons 
trouvé d'autres papiers ([ue ceux que nous avons mis sous le sellé et pour plus 
grande sûreté nous avons encore apposé le selle sur la porte qui communniue de sa 
cuisine a sa chambre, à :) heures du matin, et le dit Antoine (ila.^e et Joseph Clé- 
mrnt se sont soumis très v.donliers à toutes les réquisiti.ms ci-dessus. De tout .imu 
nous avons dressé le procés-verbal que n*uis avons signé avec tons les susnonnnes, 
sommé les dits Glaize et Clément de signer: ils ont signé avec nous. (llux. les jours 
et an que dessus dont acte, (ontanl, liovdet. Philipon, Hubert, lioherl lenes. Hiclie, 
Uubois Ctiss!,, maire de (Ua.r. (iunthé, (jrefper, Claize. curé. » Anh. dcpart. Nu'vre. 
Comité de surveillance district de Nevers. 

Voici en outre le procès-verbal du c.mmissaire : « Ce jour d"hui heur .le dix du 
soir, le :50 octobre 1793, vieu slille, !-• de la Hépubli.iue française, moy comnussaire 
susdit et soussigné, accompagné des gardes révolutionnaires soussignés après la 
déclaration qui nous a été remis signé lirinquet et lialicef contre le c. cure de(,lux 
et son fauseyeur, avons requis la gendarmerie sur le champ p^-ur les translerer le 
landemain dans la maison d'arrêt de la dille ville pour après par nous les conduire 
sous la sauf gardes de la garde nationale de nninicipalité à autre jusqua Nevers, 
leurs ai délivré un manda d'amené suivant mes pouvoirs à moy délégué et une auto- 
risation pour faire apposer les selé par la municipalité du dit lieu ce .luils ont exé- 
cuté sur le chau.p suivant la .ledaration de gen.larmerie et par le double cy joint 
du procès-verbal signe de la gendarmerie et des olliciers municipaux. Arrive a Lhi- 
nun-la-Moutagne ils mont été p.vsenté et les fait conduire au corps .le garde peu- 
dan que Ion leurs cherchet des cheveaux aux frais de qui il appartiendra et a> .le 
suite a requérir un c. gen.larme pour nous accomi.agné. Fait a Chinon-la-Monlagne, 
les jours et ans que dessus. Cuehe. ), Aivh. .lepart. Nièvre. Comité de surveillance 
.listrict de Nevers. Nous navons retrouver ni la .lèclaralion des cit. Brmquel et 
Balivet contre (ilaize. ni W rni-poil .les gen.larmes sur leur expé.lition. 
1 C.ubigny .Nièvre , ar. Clamecy, cli.-l. cunt. 



•f 



X 



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* > 



(( LIVRE DE COMPTE » 9 

chagrin, quand j'entendis prononcer tous ces propos, toutes ces 
invectives; quand j'entendis parler de Gorbigny et de iXevers. Je 
ne pus pas y résister : j'étais auprès du feu, et je m'y trouvai mal. 
Je demand.u à prendre l'air, à sortir. Alors un d'eux, qui se 
disnit capitaine de la garde nationale, appela deux fusiliers*; ces 
deux hommes me mettenl au milieu d'eux, et me conduisent dans 
une tour voisine où était le corps de garde. Là, mes gardiens 
étaient tous des gens dti peuple, des hommes de Chàteau-Chinon 
que je connaissais, et à qui j'avais conieré les sacrements même, 
lorsque j'étais vicaire à (]hâteau-Chinon. J'en reçus toutes les 
honnèletés qu'ils pouvaient me rendre dans [)areilles circons- 
tances; ils me tirent approcher du feu, me firent asseoir et me 
consolaient de leur mieux. Mais mon chagi'in, ma douleur étaient 
si grande que mes larmes noyaient sans cesse mes yeux*; le feu 
me surprit, et je sentis des faiblesses de co'ur; mes gardiens s'en 
aperçurent; ils me firent porter de l'auberge un verre de vin et 
un morceau de pain, cnr je ne voulus pas aulre chose, que je 
payai 18 sols, et qu'à peine je goûtai. J'en verse des larmes toutes 
les fois que j'y pense. Je ne pus plus dissinuiler ma tristesse; je 
versais continuellement des larmes, les sanglots méloud'aient la 
parole, et je ne répondais que par des soupirs. L'on apprend mon 
étal à l'auberge, et plusieurs gardes de l'armée révolutionnaire 
vinrent me voir. Mais autant que je puis m'en rappeler, tout ce 
qu'on me dil de plus consolant, c'est qu\\ y en avait d'autres que 
moi, que dans peu j'allais joindre deux de mes confrères, le curé 
dKpiry (i) et le curé de Sardy (2) qui élaient aussi en arrestation. 
Ce lut le commissaire, membre du comité de surveillance de 
Nevers, un certain (iaillard qui s'était surnommé Brutus, un faïen- 
cier, j»ar ordre duquel j'avais été arrêté, qui me tintée propos. Il 
élait environ une heure api^ès-mi<li, et l'on ne tarda pas à me tirer 
du corps de garde. L'on amène une soixantaine de chevaux dans 
la rue de l'auberge*, cela m'annonça que le moment du départ 
était prêt, je me couvre de mon manteau, car il pleuvait; quaire à 
cin(| fusiliers m'accompagueni jusque devaiil la porte de l'au- 
beige*; un des révolutionnaires qui se signaient, à si juste titre, 

(t) Epiry (Nièvre), ar. Clamecy, cant. Corbigny, cli.-l. de corn. 
(2) Sardy-les-Epiry Nièviv . cli.-l. de com. ar. Clamecy. cant. Corbigny. à 9 kil. 
de Corbignv. 



"I 



10 



ABBÉ (.LAIZE 



l)rigan(Js, me Jil de monter tel cheval, ce (|iie je fis à Tinslanl. 
Mon mai'guilli(M" (Ml lit de ni('Mne il(^ son coté, et, aussitijl (ju'il l'ut 
à cheval, un cav.ilicr lui lia les bras avec une cor^le. In jeune 
homme, Devoucoux. (ils du iireflier, de la ij^aidc nationale de 
('liîUeau-Chinon. à (|ui, il y a trois ans, j'avais donné la commu- 
nion, [non [)(>nilenl ([ui maintes t'ois s'était prosterné à mes pieds, 
plein de vénération et tout [)énétré de re-;[)ecl, ce jour-là, voyant 
qu'on liait mon mar^uillier, se tourna contre moi [)lein de fureur 
et d'indignation, vomit contre son directeur innocent les invcc- 
tives les plus amcM-es* : « (le n'est ()as c(dui-là ([u'il faut attacher, 
s'écria-t-il d'un ton fui'ieux et menaçant, c'est le prélr(^ (|u il faut 
jijarotter, c Cst ce scéléiat (|ui est le phis coupalde. (^est lui (jui a 
inspii'é à l'autre les principes de ICncur et du fanatisme. Atta- 
chez-le, ou donnez-moi une corde, et je vous le carotterai d'im- 
portance ». A ces pi'o[)os, je ne lis (|ue hausser les épaules, je 
m'attendais à tout et j'étais résolu de t(Mit soulViir et de tout 
supporter avec patience et résignation. Il me parut que personne 
ne tit attention à ces propos, seulem(Mit un gendarme me donna 
à comprendre par un signe de tète (ju'on ne m'attacherait pas*. 11 
V avait en tout cas assez d'autres movens de m'humilier et de me 
bafouer au milieu d'un peuple duiiuel. soit dit sans vanité, j'avais 
obtenu quebjue estime et (juebjue considération, pendant trois ans 
que j'y ai exercé le ministère. Mais si je ne me trompe, c'était 
par rapport à cette considération et cette confiance (|ue le p(Miplc 
me témoignait, c'était pai' rapport à mon Z(Me et à mes piMjnes (|ue 
l'on m'humiliait et qu'on me traînait dans les boues à ('dirit(\au- 
Cliinon, pour détromper le peuple et lui faire entendre (ju'un prêtre 
n'était (ju'un homnn^ nn'prisable et indigne de sa confiance*. Ce tut 
dans ces vues, je pense, (ju'on ordonna de faire le tour de la v\\U\ 
en me plaidant au milieu des rangs. Dans cette maiche, l'on chanta 
l'hymne patrioli([ue, telle que des hommes ivres peuvent la 
chanter: d'auties prononçaient les termes les plus im|)ropres ou 
dans un autre style, juraient et l)lasph('maienl d'une manière 
horrible. Les signes de mépris que I (^n dirigeait sur moi, la honte 
(jue m ins[)irait ma position, me tirent l)aisser mon cha[)eau sur 
mon visage et hausseï* mon manteau pour en boucher mes oreilles. 
Je m'embarrassais peu de (pielle manière allât mon cheval, ce 
<|ui m'oreiip;iit b^ pln^-;. e'('!ail le- proj)o-;de< piM'sonnes (jui ^e trou- 



é * 



« \AVIŒ DE COMPTE » 



11 



vaient sur notre passage*. J'entendis plusieurs fois des femmes, de 
mes anciennes pénitentes sans doute, qui disaient : « Ah î com- 
ment peut-on traiter ainsi un si brave homme 1 Oh ! est-il possible 
qu'on le conduise ainsi I » Cependant il y avait très peu de specta- 
teurs, rt je m'aperçus que les volets de plusieurs maisons étaient 
fermés. Arrivé à la place où est planté l'arbre de la liberté, je 
reçus l'ordre d'en faire le tour et en même temps de l'embrasser, 
ce que je fis du meilleur de mon cœur, car jamais je n'ai soupiré 
plus ardemment après la libellé. Là, je criai comme les autres, 
vive la liberté, vive la république, vivent les sans-culottes. Ces cris 
furent répétés par tout le [)eupl(^ qui était sur la place et par tous 
ceux qui se trouvaient sur notre passage. Ainsi nous sortîmes 
de Chàteau-Chinon et prîmes la route de Corbigny, que nous 
fîmes sans observer aucun rang*. Dans la route, mon sort m'occu- 
pait (mtièrement; les chansons impudiques que l'on chantait, les 
conversations les plus libertines que l'on tenait ne me tiraient 
point de l'état pensif où j'étais continuellement. C'est dans cet 
étal (]iie j'arrivai à Lpiiy sur les cinq heures du soir, à 5 lieues de 
Cbàteau-Chinon. J'y trouvai, ainsi qu'on me l'avait annonce, le 
curé en arrestation. C'était un auvergnat nommé Tourette, fils 
d'un boulanger de St-Flour (1), que j'avais connu dans le temps 
de mes études. L'on me conduisit chez lui; et, aussit(jt que je l'eus 
aperçu, je l'embrassai en versant des larmes, il en fit autant de 
son C(Mé. Mais api'ès la première entrevue, nous nous consolâmes 
mutuellement. Nous soupâmes ensemble et sous la «-arde de 
six bommes, nous couchâmes à la cure. 

Nous en partîmes le lendemain sur les neuf heures; l'on nous 
mena à Sardy, à une demi-lieue d'Epiry, pour prendre le curé qui 
était encore en arrestation. De là on nous conduisit à Corbigny, qui 
est éloigné d'Lpiry de deux lieues. En arrivant à cette petite ville, 
l'on nous tit placer au milieu des rangs; tous nos conducteurs 
avaient des brandies de cbène à leurs chapeaux et à la tète de 
leurs chevaux, il nous fut défendu d'en mettre aux nôtres. Ils 

'I Saint-Flonr (Cantal), ch.-l. d"ar. Paul Antoine Touret, curé d'Epiry, arrêté le 
28 octobre, parce que, dit le procès-verbal de son arrestation, a il jiei'vertit les bons 
patriotes et porte toujours son eostume ordinaire au mépris des lois et dit à ses 
paroissiens de se tourner du côté des plus torts ». Arcii. départ. Nièvre. Comité de 
surveillance, district île Nevcrs. 



I 

Jft 
f 



12 



ABBE GLAIZE 



nous appelaient les biriby. Un délaclienient de la ^ai'de nationale 
de Corbi^ny vint nous prendre à leutrtM^ de la ville. Ils y 
enlrèrent couinie en trionipbant à nos dépens en eriant : vive la 
république, vive la liberté, vivent les sans-eulotles, vive la 
montagne. Tout le peuple qui était en grand nombre dans les rues 
répétait les mêmes cris. L'on nous lit traverser la ville, puis 
revenir par une autre rue sur la place de la Liberté ; et, pendant 
la mai'cbe, les uns répétaient les cris de vive la républi(jue, les 
autres chantaient des cbansons patrioticpies, d'autres disaient ([ue 
les biriby étaient au milieu. « Ils ne nous écbapperont pas », 
disaient (juel<|ues-uns, et si nous piononcions les cris de vive les 
sans-culottes, vive la républi(|ue : <■ lu le dis bien de bouche Jean 
F..., mais non de cœur », nous leprochaient quebjues insolents de 
la rue; u tu as beau crier, b... de scélérat, tu ne seras [)as à la lete, 
va », nous disaient (|uel(ju'autr(^s*. (Jue d'humiliations, que d'in- 
solences n'avons nous pas sonlVertes dans cette circonstance, 
et si nous n'avions pas eu la prudenc(* de n'y répondre que par un 
protond silence, (jui sait ce que nous aurions eu à soullrir? Nous 
arrivons enlin devant la porte du coi'ps de garde, et nous n'y 
fûmes pas plutôt entrés que les deux autres cui'és qui avaient des 
connaissances dans la ville, obtini-ent sur la l'csponsabilité de 
leurs amis, la liberté île se promener dans les l'ucs. Il édait onze 
heures du malin, el je passai dans le corps de garde, toute la jour- 
née, jus([u'à ï h. 1/2 du soir. C'était le jeudi, jour de décadi (l), 
et, ce jourdà, les habitants de C(nd)igny célébraient la tète de lîi'u- 
lus (2), comme on l'appelait*. Le repas de la lete se donna dans 
l'église : l'on y chanta, l'on y dansa ; il s'y rendit, dit on, [)lus d(^- 
300 personnes. Les uns sortaient, les autres entraient en pillant le 
pain, la viande, le vin; les poches, comme on me le l'apporta au 
corps de garde, furent j)lutùl ()hMnes que le ventre. L'on nous 
apporta de ce repas beaucoup de viande, du vin, du pain pour 7 à 
8 hommes pondant la journée. Sur Iheure de midi et demi, 
j'entendis le tambour, et, un instant api'ès, arrivèrent des jeunes 
gens, sous les armes, avec un di-apean ti'icolore. une charette 
garnie de branche^ de chêne, sur laquelle étaient traînés trois 



(1) Le ilécadi ost le 10^ jour de la d*''cade, v. p. '], note '^. 

[2j Nous n";ivoiis [ui retrouver le |M-()C'"'S-verl)nl ollicicl ilc cette tV-le. 



C« 



( 



(( IJVRK DE COMPTE » 



13 



vieillards et trois vieilles femmes, puis beaucoup d'hommes qui 
menaient chacun nne femme par le bras; plusieurs de ces femmes 
avaient des ceintures tricolores : c'étaient les clubistes. Venaient 
ensuite la gendarmerie, enlin le peuple pèle-méle. A la lete de 
chaque division était un petit drapeau sur leiiuel étaient dilVérents 
écriteanx. Des airs révolutionnaires accompagnaient la marche : 
l'un jouait la haute, l'autre la basse. Enfin l'on s'arrêta autour 
de larlire de la liberb) qui était clos par quatre autres petits 
chênes formant un carré*; et ces quatre petits arbres étaient liés 
les uns aux autres par des cordages garnis de feuilles de chêne, 
en forme de guirlandes. Au milieu de ce carré était l'arbre de la 
liberté, contre lequel était un espèce d'autel, ([ui avait, à un de ses 
cotés, un tonneau plein de couronnes de feuilles de chêne'. L'on 
v fil deux iliscours, mais comme la croisée du corps de garde était 
trop éloignée, je ne pus pas en entendre la teneur. L'on linil par 
distribuer les couronnes aux pères des défenseurs de la patrie, et, 
après avoir entonné dilTérents airs, l'on poursuivit la marche 
jusques à l'endroil où l'on s'était réuni, où l'on se sépara. C'est la 
première fête civi(iue que j'ai vue, mais ce n'était pas une fête, 
c'était un deuil pour moi. 

A quatre heures du soir, je sollicitai auprès du commandant de 
la garde nationale de Corbigny la liberté d'aller coucher en ville. 
Je l'obtins sur la responsabilité d'un aubergiste. Que mon plaisir 
fut grand d'obtenir un moment ma liberté*! Que de grâces je 
rendis secrètement à Dieu, car c'aurait été un crime de lui en 
rendre publiquement, et si la conversation tombait là-dessus, l'on 
vous disait avec mépris que ce bon Dieu était trop vieux, qu'on en 
voulait un tout neuf, relie était l'impiété de beaucoup de révolu- 
tionnaires. 

Je n'eus pas plutôt obtenu ma liberté que je sortis du corps de 
garde avec mon libérateur. Je ne fus pas plutôt arrivé à la maison 
de mon aubergiste, que je commandai un petit souper. Je deman- 
dai à l'aubergiste de me procurer un homme sûr pour l'envoyer 
dans ma cure; cet homme arrive, et tel que je le demandais. Je 
lui demande combien il me [)rendrait pour aller à Chàteau-Chinon, 
et de là à trois lieues plus loin, à Glux. Je lui observai qu'il lui 
faudrait un conducteur pour faire ces trois lieues. Il me demanda 
18 IVancs. Je lui en promets lo, de le faire souper et déjeuner le 



« * 



.'ï^BBNsiKS^iP^-*' 



14 



vnnK (ILMZE 



u LIVRE DE COMPTE » 



1 . ) 



lendemain; nous convînmes à ce prix-là. Aussitôt je me mets à 
écrire, bien sûr que mn lettre ne sera pas lue [lar les commissaires 
(jui m'avaient fait arrêter, cai" il faut observer ([ue nous n'avions 
pas la libertt' d'écrire dans aucun cor[)s de ^arde, sans donner com- 
muLiicalion de nos lettres aux comtnissnires du comité de surveil- 
lance de Nevers ([ui nous avaieut mis en réquisition, ainsi ([u'on 
le disait. J'adressai ma battre au maire de ma commune ; je lui 
mar(|uai (jue le seul moyen de me tii'er du [)récipice où l'on 
m'avait plongé, était de me faire réchimer par les citoyens de ma 
commune, et de me faire passer un bon certilicat de civisme avec 
la dite réclamation. Mon expies s'act[uitta de sa commission au 
parfait : il garda fidèlement le secret sur l'objet de sa mission, 
ainsi <]ne je \o lui avais recommandé. Il partit le lendemain à cin(i 
heures du malin, fit ses dix lieues dans la jouinée sans être arrêté 
nulle part, et arriva chez moi sur les 6 h. 1/2 du soir. Il trouva 
huit hommes de garde chez moi, car tont le monde croyait que 
j'allais être guillotiné, et que mon petit butin allait être confisqué. 
C'est pour cela ([ue l'on ne s'en rapportait pas à ma servante et à 
mon valet, ainsi f[ue j(» les avais jugés sutiisants pour garder ma 
maison à mon enlèvement. Ma lettre fut remise dans le même 
moment au maiie. Le commissionnaire dit à ma servante (lu'il 
fallait faire assemblei- promptement la pjiroisse; aussitôt les 
8 hommes de garde partent toute la nuit, l'un d'un coté, l'autre 
de l'autre pour avertir toute la paroisse. Le lendemain, au point 
du jour, il se trouva réunis au bourg cent-soixanle-et-quinze 
hommes, qui tous attestèrent, en présence de la municipalité (jue 
j'étais un bon patriote, un vrai républicain, etc.* Le maire en 
dressa procès-verbal (Ij. L'on nomma deux hommes |)our me l'ap- 
porter à \evers : chacun donna un assignat de 10 sous, d'autres 
de Lj, et leur fit une somme de ;](] livres pour leuis frais de 
voyage*. • 

Le jour de la Toussaint, mon aubergiste me remit au corps de 
garde à 9 h. du matin, a[)rès avoir com[)té avec lui : il m'en coûta 
environ une douzaine de francs. Xous partîmes de (lorbigny à dix 



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heures, et allriines coucher à Union (1 i, à six lieues de C.oibigny. 
Nous étions alois six détenus. Les trois prêtres furent déposés 
chez le curé où deux cavaliers nous gardèrent pendant la nuit. Le 
curé d'Oulon nous reçut fort amicalement, nous lit bien souper, 
bien coucher, et le lendemain bien déjeuner. Dieu le lui rende. 
Xous partîmes d'Oulon à huit heures, nous fûmes diner à 
Prémei-y (2), une lieue et demie d'Oulon*. Là, l'on augmenta notre 
nombre d'un pauvre malheureux ouvrier, qui, la veille, conjoin- 
tement avec quelques autr-esde ses camarades, avait voulu foicer 
son curé de dire la messe et les vêpres. Prémery est éloigné de 
Nevers de sept lieues. Nous nous y rendîmes dans la soirée. En 
partant de Prémery, petite ville, l'on lançait contre nous les 
sarcasmes les plus amers*, a Allez, allez, mes boug... de curés vous 
n'êtes jias des liommes aussi essentiels que vous le pensez : allez, 
nous nous passei'ons bien de vous, et de vos sacrés bougr.. de 
services*. » Il fallait arriver de jour à Nevers pour la petite céré- 
monie, et le temps était court. Pour gagner du temps, l'on nous fit 
allei'à toute bride pendant l'espace de six lieues. Si peu que nos 
chevaux prissent haleine, l'un venait à coups de fouet, l'autre à 
couf)S de bâton, fi'a|)per sur le dos de nos chevaux : nous ne 
cessions pas le galop; et ceux (|ui ne savaient pas aller à cheval 
étaient bien à plaindre. Le malbeuieux ouvrier qu'on venait 
d'arrêter fut renversé de cheval quatre à cinq fois. 

Nous paraissons enfin devant Nevers, après m'avoir fait faire 
2r) lieues de marche au lieu de 10, distance diiecte de Glux à 
Nevers. \J]i\ détachement de la garde vint nous recevoir aux 
portes de la ville. L'on se met en ordre, comme à l'entrée de 
toutes les villes: nous sommes placés au milieu dc^ rangs; le tour 
et le baiseï' de l'arbre de la libei'té ont lieu comme d'ordinaire, 
avec les cris de vive la république, vive la montagne, vivent les 
sans-culottes. ^Nouveaux spectateurs, nouvelles plaisanteries amè- 
res : " les bons chasseurs (|ue vous êtes, disait-on aux gardes 
révolutionnaires qui nous conduisaient. Le gibier est donc bien 
commun dans le [)ays d'où vous venez. » « Ah I qne nous allons 
rire demain, disait un autre. Que ferons-nous de ces bougres là, 



(1) Nous n'avons pas retrouv»? ce procès- verbal aux arctiives déparleinentales de la 
Nièvre. Aux archives de la inairie de Glux, il n'existe aucun document de répuque 
révolutionnaire — aucun registre de Dèlibératicu.s •!•• la nuiuifipalitè. 



(1) Oulon (Nièvre), cli.-lieu de coin., ai'. Cosne, cant. Préuiery. à 8 k. de Prémery, 
(2 Prémery / Nièvre i, ar. Cosne, cti.-l. de cant. 



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16 



AiuΠ(.i.Aizr: 



disait ((iiol([ue nutro » ? Arrivés devant la maison d(» ville, l'on nous 
laissait trop lon-lemps -i clieval sur la plaee; le curé d'Kpiryvoulut 
•^e plaindre du l'roid <•! du li'op louij, relard rn parlant l\ moi*; un 
particulier de Nevers l'entendit, Ir menaça de le tVappiM-, le Iraita 
de tontes tes façons, et ne le laissa qu'en Tassnrant (juc dans pen 
on lui demanderait raison de ses plaintes. 

Knfin nos condncleurs sortent de la maison de ville, ils annon- 
cent à ceux <pii nous jxai'daient (jue c'était à la piison (jne 1 on 
allait. i> mot de prison me lit frissonner de tons mes membres : 
je m'iinji^inais que Ton m'allail traiter comme un criminel, je 
regardais ma vie comme en très grand danger*. Après nous avoir 
fait faire un long tour dans la ville, nons avoir fait embrasser nn 
second arlire de la libert(\ nou^ ariavons à t) b. 1 /2 devant la 
prison que les prisonniers nommaient |)ar dérision le toit de la 
(Wienon ou l'abbaye de Sotbougrc*. Nous fûmes écroués le 2 oc- 
tobre '•\\ ou suivant la nouvelle date, le \2 brnnuiire, à 7 heures 
du soir. Tan ïl de la lîépublicjne*. L'on nons condni<it dans les 
baut<'s <allesde la prison on nous trouvâmes une soixantaine ou 
plus de détenus, dont (juatre prêtres, (jni tous nous firent honnê- 
teté, et nons procurèrent un matela-. des draps pour coucher et 
de quoi souper, car dans ces chambres, il n'y avait (jue les (pialre 
murs et ce (in'on y faisait viuiir pour son argent*. Nons avions 
deux livres de pain par jour de l'administration, nuus du mauvais 
pain, moitié orge ou avoine. Ouoique le pain non^ fut donné, 
nous ne laissions pas qne de faire de grosses dépenses : deux 
draps et nn matelas qne je posais sur les carreanx me contaient 
par unit 20 sons*. J'ai payé nn petit poulet jusqu'à :;0 sous, une 
soupeoù je fournissais le pain 15 sous. Tout était d'une cherté 
exti'ème. Je compte que je dépensais par jonr six on sept francs, 
et je ne faisais pas encore bonne chère. Le lit. les commissions, 
le papier, les exprès que je recevais de ma paroisse, m'en empor- 
taient la moitié. J'ai vécu dans ce triste séjour jusqu'au 6 fri- 
maire (|ui r.'pond au '2i\ novembre, jour de mon élargissement*. 
Le lendemain de nu)u entrée en [)risou. jonr de dimancbe, sur 
les quatre tiennes du soir, arrivèrent les deux (b'putés de ma 



(1^ Lire lo 2 novoinbre. I/ahb.' commet une erreur. Le 12 brumaire correspond au 
2 novembre. 



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(( LIVKK DE COMPTE » 



17 



paroi>se avec une copie de la ré'clamalion el deux certilicals de 
civisme, Tuu pour mon marguillier el lautre pour moi. Ils furent 
trouver d'abord le représenianl du peuple, Fouché l). U était en 
ce moment au fauteuil (2 de la société populaire. Ils s'y présen- 
tèrent et lui remirent les pièces qu'ils tenaient en mains. (< Vous 
reclamez votre curé, leur dit-il. — Oui, citoyen représentant, lui 
répondirent mes deux hommes. — Kt est-il bien paillard, votre 
curé? leur demanda le représentant*. S'il aime bien les femmes, 
continua-t-il, nous vous le rendrons; si c'est un cagot. nous le 
o'uillotinerons. » Les deux paysans furent tout étonnés d une 
demande à laquelle ils s'atlendaient si peu, et ne lui répondirent 
que par leur surprise et leur morne silence*. Ne pouvant en tirer 
de réponse i)lns satisfaisante, ils revinrent me trouver à la prison. 
Je leur conseillai d'aller au comité de surveillance, de leur pré- 
senter leurs pièces et de me rendre réponse*. Ils le tirent comme 
je le leur avais conseillé, nuiis ils ne revinrent que le lendemain 
me rendie une l'éponse peu favorabb^ Le comité ne voulut point 
s'occuper de leur alVaire par la raison i\\i'\\ n'y avait que 2i beures 
que j'étais détenu, et que les motifs de ma détention demandaient 
plus de temps et un plus long examen. Nous versâmes beaucoup 
de larmes ensemble el nous linîmes par nous dire adieu, après 
avoir bu (piebiues bouteilles de vin, car il leur fut permis d'entrer 

dans la prison. 

Douze jours après, je reçus un autre député de ma commune. 
Fouché était parti (3) de Nevers pour se rendre à Lyon ou Ville- 
AtlVanchie(4). J'adressai mon paioissien directement au comité de 



(1^ Kouché i.b)s<'[)h\ <lii<' d'Otr.inte, né au Pellerin 'Loire-liilV-rioure) le 19 septem 
bre 1734, mort àïriesle le 2:; décembre 1820. Député de bi Loirc-lnterieiire à la Con- 
veiifion, il fut envoyé en riualité de représentant du peuple en mission dans les 
départements du Centre el de lOuest i>ar le décret de la Convcution du 23 juin HOS. 

• 2i (ilaize avait d'abord écrit « a la tribune », puis Ta barré. 

(3- Le n brumaire (7 nov.). 

(4' Où il était envoyé en qualité de représentant du [teiiple «m mission décret de 
la Cmvent. Nat. du 9 brumaire an II. 30 oct. 1"9:]; pour y appliquer avec CoUot- 
d'Herbois Ui décret de la Conventi(.n <lu 12 octobre : « Art. 111. La ville de Lyon sera 
détruite. Tout ce qui fut babité par le riche sera démoli. Ait. iV. Le nom de Lyon 
sera effacé du tableau des villes de la république. La réunion des maisons conser- 
vées portera désormais le nom de Ville- Atfranchie. ]\ sera élevé sur les ruines de 
Lyim une colonne qui attestera à la |)ostérité les crimes et la punition des royalistes 
de ceUe ville, avec cette mention : Lyon tit la guerre à la liberté, Lyon nesl plus ». 



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18 



AUBE GLAl/K 



Salul public. Les deux cuirs, mes c()ni[»aj;iiuus d'arrestation, 
étaieni sortis (|uel(|ues jours auparavant*. Us n'avaient obtenu 
leui" liberté (ju à eonilition qu'ils se démeltraienl de leur cure, 
qu'ils renonceraient aux fonctions ecclésiasiiques, et (juiU feraient 
brûler leurs lettres de prêtrise, ce (|u*ils avaient fait par une péti- 
tion au dit comité*, .h^ suivis leur exemple en l'édigeant ma [édi- 
tion sur la leur. Je l'avais fait passer au comité, la veille de l'ai- 
rivée de mon [)aroissien. Je le charf;eai duue lettre auprès du 
môme comité, pai* laquelle je leur rapfxdiais mes sentiments ex[>ri- 
més dans ma pétition (l)*. Il l'apporta au comité et eu obtint une 
lettre pour le comité de surveillance de (diàteau-Cdiinon ou Cdii- 
non-la-Montagne, nom (jucM'ettiMille vient de ()i"endre(2\ Parcelle 
lettre, le comité de sûreté publique de Nevers cliar':;eait celui de 
Cliàteau-Chinon d'examiner ma conduite puldicpie et pi'ivée. Tous 
les otliciers municipaux de (ilux furent cités au nombre de lo ou 
20, [)ar le comité de surveillance de (^binon-Ia-Montagiie. ils s y 
transportèrent tous et tous déposèi'ent dans les sentiments de la 
réclamation (jue j'étais un bon patriote^ et que je m'étais toujours 
conduit ainsi, c'est ce (|ui ma ('lé assuré. Il rt'sulte dn procès- 
verbal ii) de mon ('lar<j:issenient (jue j'ai été néulii^cnt à [)ublier l'ar- 
rêté (le Fouché, par leijuel il est ordonné' d'abatti'e les croix et les 
signes religieux (4). Mais quoiqu'il en soit, le résultat de l'enquête 



(l Noii.> a nviMis pas retrouvé cette [)étiti(m. 

(2^ Par décret de la Convention du 30 sejtt. ITJ} : " La Convention Nationale, sur 
la demande île |,i société populaire de Cliàteau-Chinon, convertie en motion par un 
membre, décrète que la ville de Chàteau-Ctiinon portera à l'avenir le nom de Chinon- 
la-Montai,Mie. » 

(•"i Nous n'avons {)as retr(»uvé ce procés-verhal. 

(4) Cet arrêté lut pris le 10 octobre 1793. « Au nom du peuple fran(;ais. le repré- 
sentant du [leuple piès les det>artements du centre et de l'ouest, considérant que le 
peuple français ne peut reconnaître d'autres si^Mies [>iivilé«riés que ceux de In loi, île 
la justice et de la liberté, d'autre culte que celui ilc la morale universelle, ilautre 
dogme que celui d»^ sa souveraineté et de sa toute puissance; considérant cpie si, a\i 
moment où la Hei»ublique vient de déclarer solennellement quelle accorde une pro- 
tection égale à l'exercice ilu culte de toutes les religions, il était i)ermis à tous les 
sectaires d'établir sur les places publiques, sur les routes et dans les rues, les ensei- 
gnes de leurs sectes particulières, d'y célébrer leurs cérémonies religieuses, il s'en- 
suivrait de la confusion et du désordre dans la ville, arrête ce qui suit : 

Article l*^''. Tous les culles des diverses religions ne pourront être exercés que dans 
leurs temples rt^sjieetil's. 

Art II. La republique ne reconnaissant point de culte dominant ou privilégié, toutes 



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(f LIVRE DE COMPTE » 



19 



faite par le comité de surveillance de Chinon-la-Montagne fut 
apporté au comité de iNevers par le même liomme de (ilux, et 
aussitôt que les membres en eurent connaissance, mon élargisse- 
ment fut prononcé. Aussitôt mon commissionnaire vint nous an- 
noncer cette bonne nouvelle à la prison. Nous l'embrassâmes 
tendrement, lui payâmes quelques bouteilles de vin, et nous 
attendîmes tranquillement à table le moment de notre délivrance. 
Mais comme c'était ordinairement le soir, dans la nuit, qu'on 
levait les écrous, le membre du comité qui devait lever celui de 
mon marguiller et le mien n'arriva qu'à 7 h. 1/2. Notre écrou 
levé, le même membre nous conduisit à la société populaiie pour 
y exprimer de vive voix, il y a apparence, les sentiments conte- 
nus dans ma pétition*; mais, comme ma pétition y avait Jeté lue 
un moment avant que j'y entrasse, Ton ne me deiuanda rien, ni 

moi non plus. 

Le lendemain, j'obtins l'extrait du procès-verbal de mon élar- 
gissement, et nous partîmes pour Glux, le suilendenuiin, en 
criant souvent dans la route : vive la liberté. 

Du mois de janvier I79i. Pendant tout le temps de ma déten- 
tion je com[)te avoir dépensé (juelque chose de plus de cent écus. 
Mais admettons que je n'ai dépensé (jne 300 livres. Quelques jours 
après j'ai acheté 21 boisseaux de blé, qui reviennent à 110 livres. 

J'ai payé au percepteur des tailles 227 I.... 12 s.*. 



les enseignes religieuses qui se trouvent sur les routes, sur les places et générale- 
ment dans tous les lieux publics seront anéanties. 

Art. III. Il est défendu, sons })eine de réclusion, à tous les ministres, de paraître 
ailleurs que dans leurs temples avec leurs costumes. 

Art. IV. Dans cbaque municipalité, tous les citoyens morts, de quelque secte qu'ils 
soient, .seront conduits, 24 beures après le décès, et 48 heures en cas de mort subite, 
au lien désigné pour la sépulture commune, couverts dnu voile funèbre, sur lequel 
sera peint le Sonuneil, accompagnés d'un oUicier public, entourés de leurs amis 
revêtus de deuil et d'un détachement de leurs frères d'armes. 

Arl. V. Le lieu commun où leurs cendres reposeront sera isolé de toute habitation 
planté darbres, sous l'ombre desquels s'élèvera \uie statue représentant le Sommeil. 
Tous les autres signes seront détruits. 

Art. VIII. Ou lira sur la porte de ce champ, consacré pai- un respect religieux aux 
uiàncs des morts, cette inscription : La mort est un sonuneil étf^rnel. 

Art. IX. Le présent arrêté sera imprimé, lu, publié et atliché dans toute l'éten- 
due du département, adressé a tous les conseils généraux des communes et aux 
curés qui seront responsables du défaut d'exécution. » 

\'. Aulaid. Ia'CuJIc de // Raison et Je ntl/e de l'Elre suprême, eh. 111. p. 27-2'J. 



■"^P-WIM^ 



I 



20 



ABItK f.l.MZi: 



Nous compterons l(^ loni[)s doi-énavanl «;olon lo calondrior ropii- 
hlicain. 

IMiiv iùs(». 
l*our If liln'ia tlii «lovrii, ini rocu 2 L... .'i s. *. 

On mois (If juin ITlJo. 

.le puis (lire a\t'c l'auteur des vers suivant-;, ('om()osés vers la 
lin de I7î>i (luejai rc(;us seen'temenl dune peisouiu' inconnue*. 

h iiii Immu jour j«' crois \(tir r.iinon' : 

si mon t'S|Miir cl mes >(tu|tii s 

!H' iiif rt'(iL»m|trnl |i,is ciicure, 

I "i.i;:»' ;i l'ail place aux /t'-phiis. 

l/oii n'ciilciid |>lii> les nraiitU hiiiiicncs 

dont nous clions si désolés, 

les assassins, les Uohcspicnes 

ont été' pn-, daii>^ leurs lilcis. his. 

I.a paix cliLMclic iiii a-ile en l''iaiicc, 

ol la religion la suil. 

l/ericnr se reliie en silence 

d{'<> Fiançais (ju'ellc avait séduits. 

nienlùt la vertu révérée 

cessera île \er>M'i' des plcur^. 

La loi, la ju>tice ('jinrcc 

dissipe ses j)erséculeui s... etc. 

II m'e<l p(Minis enfin de continuer mon livre de coin[)le *. 
I^nliu l'ou [)eut -e parler et se voii*: l'on [)eut s'écrire sans craindre 
drtre déiuHK'é'. ari'èté et mis inhumainement à mort sans d'autre 
sujet que d'avoir proler<' um^ seule parole en laveur de la reli- 
liion ou des juiis^ances (|ui nous avaient justju'ici i;ouvei'n('s ou 
les principes mème-^ et les usages reclus jusqu'ici *. 

J'ai vu nn^ttre au cachot, étant eu aireslation à iNevers, un 
homme pour avoir dit : le gros poisson mangera toujours le petit, 
et je l'ai laiss»' au cachot*. 

A l*rémery sept hommes l'ureiil arièt('s et conduits avec moi 
en prison pour avoir forcé leur curé à leur dire vè[)res le jour de 
la Toussaint. 

l n pauvrejournaliei'n resti' huit mois (ui prison [»ouravoir tenu ce 
propos*: l'on fait cepend.inl mourir hiendu monde innocemment 



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(( LIVHR DI-: COMPTE » 



21 



.l'ai été dénoncé moi-même au club de Massiacii] conjointement 
avec les autres priMres d'Auriac (2), par le robespierriste Hod- 
di(M' (3), notaire d'Auriac, sans d'autre -ujet que parce que son 
IVère le cui-é <uiti-ait en partage avec lui dans les biens de son 
père *. Sa dénonciation ne fut pa^ heureusemiuit reçue o\ n eut 
aucunes suite, ne potivanl la prouver *. 

Chez le mè.ne Uoddier le lo août dernier 17!U, je fus le j.lus 
indignement traité, menacé de mVnvoyer les cjivaliers et de m'em- 
prisouner pour avoir dit à son gemlre Allouis de iîrioiide (jue je 
n'avais point abjuré mon état, que toute abjuration répugnait à 
mon cu'ur. et (jUC j'avais cessé seulement uu's fonctions parce 

(jue j V avais ét(' forcé *. 

Lorsfjue je fus livré à l'arméi^ révolutionnaire à Ghàleau-Chi- 
non par les cavaliers qui m'étaient venus chercher à ma cure, je 
parlais honnêtement à ces scélérats par h^ terme de Monsieur. 
.< Monsieur est mon chien », me dil Tun d'eux. « Ou'on conduise 
ee b.siu boug.. de Monsieur au corps de garde », dil un autre ; et 
aussitôt les deux fusiliers qui gardaient la porte de raubergisle 
Mîilcoill'e où j'étais déposé me prirent et me conduisireul au corps 

de garde. 

J'aurais bien du plaisir de mettre par écrit et de relire un jour 
à mes petits neveux toutes les Irisles anecdotes dont j'ai été le 
sujet ou le témoin dans le cours de l'année dernière, mais je ne 
Unirais point et dailbuirs mon intention n'a été d'abord que de 
faire de ce registre un livre de compte. Je suis cependant forcé 
d'y ra|)porter bien d'autres faits (|ui n'ont qu'un rapport indirect 
à mon gain et dépense *. 

De retour de ma détention de Nevers, je passai près de trois 
mois à (îlux, dans ma cure, ne voyant presijue personne, et n'en 
sortant (lu'à la grande nécessité. Il y avait des hosties consacrées 
dans le tabernacle qui m'inquiétaient beaucoup. Sans rien dire à 
personne, je me levai un jour, une heure avant jour, et je fus les 
consumer,' si fort l'on m'avait menacé de ne plus faire aucune 
fonction *. Ahl (|ue j'ai de regret de ne pas avoir enfoui, à cette 

(1. Massiac (Cantal , cli.-l. de cant., ar. Saint-Flour. 
(2^, Auriac (Cantal), oh.-l. de corn., cant. Massiac, ar. Saint-KIour. 
:\ Antoine Hoddier. ancien notaire royal. 



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- I 



22 



ABBÉ r.î,\îzr: 



époque, los vusos sacrés; mais la terreur était si iirande et si 
générale qu'elle ne m'en laissa même pas l'idée, et je complais 
encore pour beaucoup (juc de m'ètre exposé à les relouclier avec 
respecl. Les choses les plus sacrées étaient souillées et foulées aux 
pieds dans presque joules les parlies de la France. J'ai vu un 
homme reveuaul d'un encan s'habillei" en prêtre, allanl dire la 
messe, et proféra ni les plus horribles blasphèmes contie le Saint 
Sacrilice. Mais j'eus îuissi la consolation de renlendie nn'priser 
par presque tout le monde qui en avait élé les lémoins, on qui 
l'enlendail racontei* *. L'on buvail dans les calices, l'on brisait les 
vases sacrés. Ton décbirait les ornements d'église, l'on en abattait 
le- murs, l'on rn brùlnil les statues et les plus belles doiures et 
tal)leanx (ju'il soit j)Ossible de voir, avec un«' telle frénésie contre 
la religion, (|uil n'y a ([ue la puissance de Dieu (jui ait pu la 
faire révérer *. Je n'en ai. je puis le dire, jr n'en ai jamais perdu 
l'espérance, et j<' crois que c'est ce senlimenl (pii m'a conservé la 
vio pendant le règne des tvrans. 

< Dans col inl(>rvalle. il me fui remboursé, d'aj)i'ès une pétition 
i26 l. de l;i taille (jue j'avais payée pour \1\)'2 (jui montait à 
227 !.. comuic on pcul le voir [)lus liant, et poui' laijuelle le 
[)elil (iarde, p<^tit en toute façon, m'avait fait des frais dans le 
temps de ma détention. > 

Je restais toujouis dans ma cure el je ne sais qu(dle lueur 
d'espérance m'y soutenait contre tout ce que me disait bien du 
monde cm défaveur du retour de la religion. Cette espérance en 
effet s'alïaibli^sail tous les jours, J(^ ne ri^nconti'ais jamais le 
maire (jui ne me dit (|ue je m'exposais encore ime fois d'être 
arrêté, en demeurant au milieu de ma [lai'oisse *. Je fus enhn forcé 
de l'abandonner, à l'exemple dt» tous les antres curés; mais j'y mis 
tant de lenteur ([u un représentant, étant à (ihàleau-Cbinon, me 
lit signifier, par uji cavalier, un ai'rêté (1) qu'il v(Miait de prendre, 

r Voiri rot arrrté : « Du 24 ventôse l'an II de ta Ht|iiibliqiip fianraiso une et 
in«livisil)l(', le représentant du iieni)le qui s'est rendu compte |>;u' laduiinistralion 
du district de Chinoa-la-.Montfi<,Mie des pro^^rès de l'esprit itiil)lic dans ce district et 
qui s'est fait donner l'indication des moyens piopres à maintenir le ti iomphe de la 
raison dans les communes où le fanatisme a été terrasse* et à empôclierque la supers- 
tition ne continiif .i égarer les citoyens dans les communes encore fanatisées par 
la présence ilu prtrc l'oiirhe el incivique, consi.léraiil que l.i tianquillité publique 



>*^ 



« LIVRE DE COMPTE » 



23 



portant (jue, dans cinq jours, je me retirais de ma commune, et 
irais établir mon domicile, ou au chef-lieu du district, ou dans 



peut être exposée dans les communes où il ne se trouve plus de prêtres exerçant 
leur métier et qui ont le spectacle d'autres conununes où des ecclésiastiques conti- 
nuent l'exercice public de leurs cérémonies, que, dans les conununes. il se lait des 
rassemblements dang-ereux et même préjudiciables aux travaux de l'agriculture par 
la nmltiplicité des l'êtes dont l'usage se perpétue et par le déplacement de quelques 
citoyens égarés, faisant f|uelquetois un ti'ajet de quatre lieues jxmr se rendre vers 
im prêtre qui offre le spectacle de la dégradation de l'esprit public lorsque des 
bommes trompés et avilis ont la faiblesse de se mettre à genoux à ses pieds, arrête : 

Art. I. Roux qui exerçait le métier de prêtre dans la commune de Chinon-la- 
Montagne, llenard dans celle de Cliatin, Pbilippon dans celle de Dommartin, Thi- 
bault dans celle de Sainl-Léger, Barillot dans celle d'Arleuf, Glaize dans celle de 
(ilux, Cottin dans la conmmne d'Ouroux, Dessauz^ dans celle de Planchez, Laizon 
dans la commune de Montsauche, Iloudaille dans celle de Saint-Brisson, Meugien 
dans celle de Saint-Agnan, Crepey dans celle d'Aligny, Javin dans celle de Montreuil- 
lon, Clémandot dans la commune de Blines, Clémandot dans celle de Montigny, 
rilopitau dans celle d'Annay, Piffault ilans celle de Marré. Martin dans celle de 
Saint- Vérens, Raux dans celle d'Ougny,Bourlet dans la comnumede Chougny seront 
tenus de (piitter respectivement les comnmnes qui viennent d'être nommées, de se 
retirer dans les cinq jours qui suivront celui de la notification du présent arrêté dans 
la comumne de Chinon-la-Montagne, chef-lieu du district où ils établiront leur domi- 
cile sous la surveillance des autorités constituées. 

Art. 11. Ceux d'entre eux qui désireraient se retirer dans leur famille pourront le 
faire sous la condition de le déclarer à l'administration de district avant l'expiration 
du délai qui vient d'être fixé et pourvu que le nouveau domicile qu'ils se choisiront 
soit éloigné au moins de six lieues de la commune où ils exerçaient leur métier. 

Art. m. Quelque domicile qu'ils se choisissent d'après l'autorisation qui leur esl 
donné cy dessus, les cy devant prêtres devront donner l'avertissement de leur arri- 
vée dans le lieu de leur nouvelle résidence à la municipalité et au comité de sur- 
veillance à qui ils communiqueront l'extrait qui leur aura été remis du présent 
arrêté. Il sera ouvert sur le champ à la municipalité un registre où chacun d'eux 
ii'a chaque jour écrire son nom. 

Ail. \W. Ceux des prêtres dénommés de l'article premier qui auront actuelle- 
ment quitté le district de Chinon-la-Montagne ne pourront y rentrer que sous la 
coiulition de s'assujêtir aux dispositions prescrites dans Tarticle 1«'', 2, 3 et 4. 

Art. V. Ceux d'entre eux qui se permettraient de refuser où de diflerer l'obéis-- 
sance au présent arrêté sont par cela même déclarés suspects et comme tels seront 
amenés dans la maison d'arrêt du chef-lieu du district où ils resteront gardés jus- 
qu'à la paix. 

Art. VI. Morey, prêtre desservant à Corancy, Cuny, desservant à Gien, Grimod, 
desservant à .Moux, Gerrier à Dun-sur-Graudry qui avaient remis leurs lettres de 
prêtrise et semblé renoncer à leur métier dont ils ojil depuis repris l'exercice sont 
déclarés suspects et comme tels seront arrêtés et conduits dans la maison d'arrêt de 
Chinon-la-Montagne, chef-lieu du district pour y être déteiuis jusqu'à la paix (Ui 
jusque aux mesures ultérieures «jui pourraient être ordonnées par la Convention 
Natiou.ile ou adoptées par un ou plusieurs représentants du peuple en mission. 

.\rt. VII. Nicot, prêti-e desservant à Goulou.x et Gagnereau, desservant à Chaumard 



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AHBÉ GLAIZE 



ma famille, ou à ciiKi lieues de ma paroisse. Cet arrêté est parmi 
mes papiers *. 

Le jour que cet arrêté me lut siguitié, je faisais un encan de 
tous mes meubles, ayant fait [jartir cin([ jours auparavant pour 
Luzy (I) ce que j'ai conduit ici *. La visite de ce cavalier me tit si 
fort pâlir que tout le monde de Tencan s'en aper(:ut et parurent 
me témoigner de la pitié *. Cependant, un moment après, ils ne 
laissèrent pas <[ue de me donner bien du chagrin *. J'allais mettre 
à l'enchère une de mes soutanes, je la tenais à peine entre les 
mains que quatre à cinq scélérats s'y jettent dessus, la saisissent, 
et la déchirèrent en mille pièces, en criant «jue tout ce qui porte le 
sig:ne du fanatisme doit être foulé aux pieds *. J'étais muet, mais 
je ne pus faire autremonl que de soupirer vers Dieu. 

La vente de mes meubles se passa d'ailleurs assez paisiblement, 
car le cavalier y resta jusqu'au soir cl y mainliut le bon ordre. 

J'y vendis deux vaches, une velle «le deux ans, et deux veaux 
d'un an, 840 livres. Le reste, avec ce que j'avais dans mon porte- 
tVuille, me lit une somme de l,9r;() livres en assignats, car, dans 
le temps de ma détention, l'on m'avait eulevé une cinquantaine 
d'écus en argent, dont deux louis en or *. 

Depuis mon retour de ma détonlion, j'avais plusieurs fois solli- 
cité un certificat de civisme auprès de l'administration; je répétai 
mes sollicitations après avoir tout vendu; mais, quoique j'en eus 
un, bien en forme, de la niunicipalilé de (ilux, l'administration 
ne voulut jamais me le viser*. Tout ce que je pus en obtenir fut 
un passeport pour m'en revenir en Auvergne. 11 fallut m'en con- 

soupçonnés lun et laiitre de pervertir l'esprit puljlic dans leurs communes et dans 
les communes environnantes et qui sont par là une occasion de rassemblements 
dangereux sont pareillement déclarés suspects et seront traduits ;i Nevers dans la 
maison d'arrêt poiii' y attendre les dispositions ultérieures qui seront prises à leur 
égard ou du moins y rester gardés jusqu'à la paix. 

Art. Vlll. L'agent national du district de Cliinon-la-Montagne est chargé de prendre 
toutes les mesures nécessaires pour l'exécution du présent arrêté et de donner à cet 
etïet toutes les réquisitions nécessaires, lien transmettra une exjiedition au Comité de 
Sûreté générale de la Convention ain^i qu'une copie des notes de l'administration du 
district de Chinon-la-Muntagne qui ont préparé les mesures qui viennent d'être adop- 
tées : Fait à Chinon-la-Moutagne. le 24 ventùse lan 2 de la Hépuhli(iue française une 
et indivisible, par le représentant du peupb^ J. A. Letiot. Aug. Touet, agent nat. du 
représentant du peuple. » L. 2, Arch. dép. Nièvre. Administration district Château 
Chinon, fol. 141-142. 

(i) Luzy (Nièvre, ar. Chàteau-Chinon. rh.-I. de canf. 



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1 1 



« LIVRE DE COMPTE » 



25 



tenter, et entreprendre ainsi un voyage dans un temps oii les 
prêtres étaient fouillés, insultés, dénoncés, arrêtés et incarcérés 
pour le moindre signe de religion, et souvent seulement parce 
qu'ils étaient prêtres. Haï et abhorré comme prêtre, je pris le 
parti de me déguiser le plus qu'il me fut possible. Je fis faire à ma 
servante un sac de campagnard, elle me le sortit secrètement jus- 
qu'à un quart de lieue de Glux; je me sauvai tout déguisé, pour 
ainsi dire comme un voleur, en fondant en larmes. Je vas rejoindre 
ma servante, et, là, je puis le dire sans craindre d'offenser la 
pudeur, ni de blesser ma vertu, je l'embrassai noyé dans mes 
larmes, en la remerciant de m'avoir conservé, dans ma détention, 
tout ce que j'avais, car elle avait caché jusqu'aux matelas dans 
les pailles *. J'endosse mon sac, et me mis en route pour Luzy 
par un chemin où je ne dus rencontrer personne qui put me con- 
naître *. J'avais cinq lieues à faire pour me rendre à Luzy, et de 
là 50 pour me rendre à Chazelles (i). 

Que je craignais et que j'avais des raisons pour craindre d'être 
arrêté * î 

Mon retour en Auvergne. 

A Luzy, je pris un voiturier, auquel je donnai 50 livres et le 
défrayai de toutes dépenses, pour conduire mes ballots qui pesaient 
huit cents jusqu'à Moulins en Bourbonnais. Entre Luzy et Bour- 
bon-Lancy (2), je trouvai un commissaire de la société populaire 
d'Aulun, (jui allait à i^ourbon-Lancy pour mettre en arrestation 
huit nobles de cette ville. Je m'éloignais de toute société, mais il 
me força, chemin-faisant, de lier conversation avec lui. J'étais 
d'ailleurs curieux de savoir ce qui s'était passé, ces jours deiniers, 
à Aulun. Il me dit que l'on y avait arrêté hier l'abbé Goutte (3), 
évêque constitutionnel, (que je connaissais particulièrement et 

{\) Chazelles, village de la com. d'Anriac, cant. de Massiac ''Cantal). 

(2) Hourbon-Lancy (Saône-et-Loire), ar. Charolles, rh.-l. de cant. 

'3) Gouttes Jean Louis), né à Tulle, le 21 déc. 1*39. d'abord soldai, puis prêtre. En 
nS9, curé d'Argelliers en Languedoc, député aux États-Généraux du clergé de la 
sénéchaussée de Béziers, prêta serment à la Constitution Civile du clergé; élu évêque 
de Saone-ot-Loire le 15 févri'^i- 1790. il fornsa (r.ibdi([u.'r eu n9;{ ; arrêté le T jan- 
vit'i- 1791 et envoyé à l^aris, il fut enferme à la Conciergerie le 10 mars 1794. jugé le 
26 mars et condamné et exécuté sans délai. 



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• 



26 



ABBÉ r.LÂlZEl 



qui a été guillotiné quelque temps iiprès) *. « Nous venons, me 
dit-il, de contlamner huit prêtres à la dépoi'lation. Je erois qu'ils 
n'iront pas loin, les poissons en vonl hienlnt l'aire un goullon », 
me dit-il en vomissant les plus grandes horreurs contre les prêtres 
et contre la religion *. 11 me raconta encore que le curé de la 
Grande-Verrière ^l) (mou voisin el mon intime ami) venait crèti-e 
conduit en prison à Aiilun, et sou arrestation l'avait fait devenir 
fou *. On l'avait pris jui lil el conduit nu eu prison. Ma situation 
était triste, mais j'étais bien déguisé et contrefaisais l)i(Mi mon 
langage en v nuMaul à cluuiue [)arole uu mot d'Auvergne. H me 
deuuinda (luelle était nui condition. Je lui ré[)ondis que je tra- 
vaillais sui' la rivière de llottage, que j'étais veuf sans enfants et 
que je me retirais tlans ma [)atrie. H me demanda mon passe-poi't 
et y trouva une nullité : il ne pailail point de ma condition *. Je 
lui répondis que les officiers munici[)au\ des campagnes n'eu 
savaient pas davantage, et (jue, ne sachant pas lii-e moi-môme, je 
l'avais reçu tel qu'ils me l'avaient donné. 

Nous arrivâmes ensemble à Hourbon-Lancv. II m'avait (h'jà 
prévenu que ma voiture serait arrêtée, |)arce (|ue je n'avais pas 
eu soin de me munii' d'un certilicat de ce (jue contenaient mes 
ballots. Dans cette crainte je devançai mon voituritu-, j'oIVris une 
bouteille de vin à mon commissaire eu arrivant à IJourbon, et il 
me promet ([u'en cas ijue ma voiture soit arrêtée, il me la fera 
bien passeï' '. Je ne fus pas entré à l'auberge (]ue mou voituriei" 
vint me dire (jue le sentinelle lui demandait à visiter la voituie *. 
Mon commissaire, plein de bonne volonté pour moi, y court, et 
ce ne fût qu'un mot pour laisser passer mon voiturier *. Nous 
bûmes notre bouteille, je le remerciai bien de ses bontés et je le 
(juittai, après avoir été témoin de l'arrestation de deux nobles ([ui 
tremblaient devant un tissera ml dAutun *. 

A Moulins, en Bourbonnais, je déposai mes elfets au bureau de 
la Messagerie, je les lis inscrire, je traversai la ville, mon sac sur 
le dos, sans être connu ni arrêté de personne et, ne séjournant 
jamais dans les grandes villes, je fus coucher à deux lieues plus 
haut *. 

Je passai Ganat (2), sous le nom d'un valet de voiturier. In 

(1) La Gi-ande-Verrière (Sa(jne-et-Loire\ ar. Autiin. rant. Saint-Léger. 
2 Ganiiat Allior . ch.-L tlar. 




< 



« LIVRE DE COMPTE » 



27 



moment auparavant j'avais rencontré un voiturier qui conduisait 
deux charrettes, chargées de tonneaux vuides *. Kn entrant dans 
la ville, il me pria de guider son second cheval en le tenant par 
le mors, ce que je fis avec bien du plaisir. Le sentinelle visita les 
tonneaux en les frappant à coups de crosse de fusil, mais il ne me 
dit rien à moi *. 

A Issoire (I), je fus arrêté par un jeune homme qui montait la 
garde sur le pont, car, dans ce temps là, on la montait presque 
pai'tout. ïl me demanda mon passe-poi't et je le lui donnai bien 
vite, lui signifiant (juc j'étais bien pressé *. ïl ne savait pas lire 
et le porta à la boutique d'un maréchal, le présenta au maître 
qui ne savait pas mieux le faire que lui. Je pressai pour continuer 
ma route, il le lui remit en lui disant que c'était excellent. Je me 
conduisis ainsi jusqu'à un quart de lieue de Saint-Germain (2), oii 
je rencontrai deux cavaliers de maréchaussée ou gendarmes, 
comme on les appelle aujourd'hui, qui revenaient de leur tournée. 
Os cavaliers me prirent pour un déserteur de l'armée du Nord, 
me dirent d'arrêter *, (toutes les lancettes du monde ne m'auraient 
pas fait couler une goutte de sang) et sans descendre de cheval : 
« D'où viens-tu, me dit l'un d'eux. —Je viens de la Bourgogne, 
lui r(''pondis-j(^ — Que faisais-tu dans ce pays? me répliqua-t-il. 
— Je travaillais sur le bois de llottage, lui répondis-je. — Tu m'as 
bien l'aii* de venir de l'armée, continua-l-il. — Oh ! non pas, chi- 
toyen >-, lui répliquai-je en continuant mon chemin et me cour- 
bant sous mon sac *. 

J'arrivai à Ghazelles, le 2 germinal 2" année (3), et mes effets 
arrivèrent trois semaines après *. Ils me coûtèrent de Moulins à 
Massiac 120 livres, de Luzy à Moulins TU) livies: ma dépense ou 
pour le voituriei- fut de iTi livres *. Total 2io livres. 

La persécution me suivit en Auvergne comme en Bourgogne *. 
Le 3 tloréal, c'est-à-dire un mois après mon arrivée à Chazelles, 
un arrêté du représentant Bo (4) me fut signifié par lequel, dans 

(1 Issoire (Piiy-<le-l)ùtne\ ch.-L ifar. 

(2) Saint-Germain-Lambron ^Puy-de-Dôme:, ar. Issoire, ch.-L de canton. 
(3^ 22 mars 1794. 

f/f 0\. arrt'té est du li Germinal au II : Le représentant du peuple « Considérant 
que le fanatisme roustilutiounol dirigé dans ses fondions sacerdotales par les 



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28 



ABBÉ GLAIZE 



24 heures, il fallait me trouver au chef-lieu <lu ilislriol ou «*lre 
regardé et liai té comme suspect, c'est-à-dire emprisonné *. Je me 
rendis à Sainl-Floui" le lendemain. .le me présenlai au distiict où 
Ton me signilia que j'avais la ville pour prison, et (pie je devais me 
rendre à l'appel tous les jours à onze heures. 

Je m'y soumis et par force, mais je fus exempt de l'appel el 
voici comment : je me trouvai au bureau des hiens nationaux 
pour une commission, lorsque le chef de ce bureau, Hardol (1), se 
plaignit au substitut de l'agent national du manquement de com- 
mis, qu'il ne pouvait {)as sulfire à l'ouvrage \ Je me proposai. 
Ton me donna de l'ouvrage, il plut au substitut de l'agent national, 
et il me pria de revenir tous les jours me faisant espérer une 
récompense ([ui est à venir *. 

Je n'avais point de certilical dr civisme vi il en fallait absolu- 
ment un *. Je priai un commis (jui était un de mes amis, Cour- 
tilh\ de m'en faire un, espérant de le faire signei' à la munici- 
palité d'Auriac*. Il m'en fit un, sous une forme (ju'on peut appelei* 
une selle à tous chevaux, et c'est ce qui me fallait, car un vrai 
diplôme expi'ès pour moi n'aurait [)as [)assé *. .Te l'envoyai sous 
envelo[)pe à Auriac. On me le lenvoya de même. Je pris le parti 
d'abandonner ma prison et d'aller à Auriac moi-même. J(» i'(q)ré- 
sentai aux olliciers municipaux que l'on me donnait une place de 

mêmes principes libi-rticides que le ci-devant clcr^'t'- rrlrac taire ne cesse ilégarer le 
peuple sur ses devoirs, sur le vt'-ritable esprit de philosoptiic ((ui déchire le voile de 
l'imposture qui le porte à des mouvements séditieux sous le prétexte de défendre une 
religion déi,'radée par le sacerdoce, qu'il fait couler le sang de l'homme faible et cré- 
dule en le plaçant par la révolte sous le glaive im[)assible de la loi; considérant 
qu'il est urgent d'éloigner l'idole d'un peuple qui n'a pas encore la force de le briser 
avec courage et de prévenir non seulement tout retour, mais encore toutes disposi- 
tions à des mouvements contre-révolutionnaires arrête : 

Tous les soi-disant prêtres salariés ou pensionnés par la l'épublique qu'ils aient 
abdiqué ou non leurs fonctions se rendront au chef-lieu de leurs districts respectifs. 
Sont exceptes les ex-prêtres mariés ou portés par la confiance publique aux fonctions 
administratives et judiciaires. Ceux-ci feront constat'-r chaque jour leur résidence 
par l'administration du district. » Arch. dép. du Cantal, L 2S. fol. .".4. 

1 Bardol Jean-Baptiste), né en 1730 ou 17.'il, (ils d'un marchand de Sainl-Klour ; 
commis au district de Saint-Flour, puis attaché en 171)2 au 4* bureau de cette 
administration Biens et domaines nationaux. Liquidations et rachats. Traitement 
des fonctionnaires publics. Administratiim des Biens des Kmigrésj. chef du bureau 
des émigrés en germinal an H il avait pris le prénom de Romarin;, i)ercepteur 
des contributions en l'an IV. employé à la sous-préfecture de Saint-Flour ou 
l'an XII, mort le 2o janvier 1818 (.Note couuiuuiiquée par .M. Bélard . 



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« LIVRE DE COMPTE » 



29 



commis au district, mais je ne pouvais pas l'occuper sans certificat 
de civisme *. Ils se laissèrent enfin gagner sur les représentations 
du citoyen Vigouroux de la Croze (i). Je le portai à Saint-Flour, 
et il fut visé sans dithculté au district. 

Les subsistances devinrent extrêmement rares à Saint-Flour 
et surtout le pain * (2). Le citoyen Kongier, ancien prieur de Lor- 
langes (3), me donnait un lit et une chambre chez lui. Comme 
acquéreur de la Horie Grande (4), il avait resté quelques jours à 
Chazelles et il avait laissé six (juartons de farine au moulin. Me 
vovant réduit à une demi-livre de pain à Saint-Flour, je deman- 
dai au citoyen Rongier la farine qu'il avait à Chazelles. Il m'en 
céda trois (juartons pour le prix qu'elle lui coûtait, moyennant 
que je ferais venir les six quartons qu'il y avait *. J'écrivis à 
Escaloing, mon beau-frère, je le priai de m'apporter cette farine en 
le prévenant que j'étais réduit h une demi-livre de pain par jour *. 
.le fus bien surpris de la réponse qu'il me fit que son cheval ne se 
déferrerait pas pour m'apporter de la farine. Je connus dès lors 
combien il m'était peu attaché et formai le dessein de demander 
mes droits, mais j'étais encore sous le règne de la tyrannie et il 
convenait de garder le silence *. C'est ce que je fis en endurant 
patiemment ma détention et en empruntant du pain comme je 
pouvais. La Ferlut me fut d'un grand secours. 

L'arrêté qui me détenait à Saint-Flour regardait tous les prêtres, 
il fut levé les premiers jours de messidor, sous condition que nous 
donnerions l'exemple de travailler la terre, surtout les ci-devant 

(1) Vigouroux (Louis), avocat au parlement de la Croze en 1773. — La Croze, village 
de la corn. d'Auriac. 

(2) Le Cantal manquait de grains depuis 1793. En 1794, le 14 germinal, 15,000 quin- 
taux de grains sont requis dans la Haute-Loire pour le Cantal, qui ne produit que 
les 2/3 des grains nécessaires à sa consommation. Arch. dép. Cantal. Registres 
Délib. du Directoire ilu dép. L 28, f. :iO. vo. — Le 26-28 prairial ,1794) une députation 
de la Société populaire de Saint-Flour présente au Directoire du département « l'état 
allreux de misère de cette commune ». Le Directoire décide d'inviter le district de 
Mauriac à céder à titre de prêt une certaine quantité de grains au district de Saint- 
Flour. Les députés de la Société se rendront à Mauriac pour y exposer leur demande. 
Arch. dép. Cantal, id. fol. 116 vo. _ Le 12 thermidor (1794), « la récolte étant très 
retardée et très médiocre dans le Cantal >> le Directoire du département charge les 
citoyens Pierre Aymar et Barthélémy Valet, négociants d'Aurillac. d'acheter pour 
300.000 fr. de grains ». Arch. dép. Cantal, id. fol. 318 v». 

[S Lorlanges, ch.-l. de com., cant. de Blesle, ar. Brioude (Haute-Loire). 
(4) La Borie Grande, ferme de la com. d'Auriac. 



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30 



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dimanches et fêtes *. Je sollieiiai auprès du district mon traite- 
ment (le commis; n'en pouvant rien obtenir, je m'en retournai à 
Chazelles où je moissonnai et lis toutt^s sortes d'ouvrages d'aii;ri- 
culture. (]ette détention de doux mois me conta IGI) livres, envi- 
ron un mois après mon retour de Saint-Flour, les principaux 
auteurs de la persécution, Robespierre, (iOutbon, Saint-Just fui'ent 
détruits (1); et dès lors le sort des prêtres chang(>a entièrement de 
l'ace *. Le 2 des sans-culottides, un décret (2) ordonna de payer les 
pensions des ecclésiasli([ues. Le plaisir de quitter le récit de la 
persécution mo faisait oublier plusieurs alVaires très nécessaires 
au compte (jue je veux me rendre *. 

< Dans l'intervalle, depuis le 15 germinal 2'" année jusques au l*^"" fructidor 
suivant, j'ai fait les ac(juisilions ci-après : 

Acheté de Bernus d'Aulhiac \'.h, 22 moutons à 30 I. 

20 revendus queUjues jours après 30 l. 10 s., profit 40 I. 

Plus un rébus vendu 20 1. 

Acheté de Jean Glv de la Bastide, 5 moutons 20 1. 

Revendus 10 mois après 66 I. Je suppose que la laine les a hivernes; profit 
18.0 1. 

De Hoberl ('harvesse (4) j'ai aclieté 3 jeunes brebis que je n"ai i»oint encore 
revendues, à lo I.; total 45 1. 

(1) Le 10 thermi<lor-29 juillet. 

(2) Décret du IS sept. 179 i (9 articles). « I.a Convention après avoir cnlendu le 
rapport du Comité des tinances arrête : 

Art. I•^^ La République française ne paie plus les frais, ni les salaires d'aucun culte. 

.Vrt. II. Les dispositions du décret du 2 frimaire dernier qui accorde un secours 
annuel au.v: ci-devant ministres des cultes qui ont abdiqué ou abdiqueront leurs 
fonctions, sont cumumues aux ci-dtîvant ministres (jui ont continué leurs fonctions 
ou qui les ont abandonnées sans avoir abdiqué leur étal... •> 

Le décret du 2 frimaire an II — 22 nov. 179,'{ .'tait le suivant : ^ La Convention 
Nationale après avoir entendu le rapport de ses conutés des finances et de léj:islation 
décrète ce qui suit : 

Art. I'^"'. Les évèques, curés et vicaires qui ont abdiqué ou qui abdiquerout leur 
état et fonctions de prêtrise, recevront de la République, par forme de secours 
annuel, savoir : ceux qui sont actuellement d'un A'^e au-dessus de "JO ans, la somme 
de 800 livres, ceux de .'iO ans accomplis jusqu'à 70 ans accomjdis, celle de 1,000 livres, 
et ceux de ce dernier âge, la somme de 1,200 livres. 

Art. IL Les secours mentionnés en l'article ci-dessus ur seront pa-; suscep- 
tibles d'accroissement en passant d'un des trois âges déternnnés a l'autn- ; ils seront 
payables à l'échéance de cha(iue semestre par le receveur du district du d(»micile de 
chaque individu qui sera tenu de justifier de ses certificats de résidence, de non- 
émigration, de payement des conti'ibutions et de civisme... » 

(3) Lire Anliac. hameau de la ctmi. de Lauri«', cant. de Massiac Cantal). 

(,4) Beau-frère de l'abbe. 



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« LIVHE UF-: COMPTE » ^1 

Acheté à Massiac 7 ;i-ii.-au\ d'Aurillac à 2C. I. 10 s., rormeul la somme de 
18") 1. 10 s.: que j'ai encore. 
Plus le bélier de La Bastide f'I) 30 1. sur lequel j'ai i)erdu 10 !.. >•■ trouvant 

^'àté. 

Plus à Blesle (21, j'ai acheté a a^^neaux d'Aurillac 24 1. 10 s. Je les ai ; ils 

montent 122 l. 10 s. 

Le même jour à la foire de .^aint-Pierre de Blesle. j'ai acheté 48 livres de 
laine de ma sœui' Tailaire à :i3 1. qui font la somme de 128 1. 10 s. que j'ai 
en partie employée. A la même foire j'achetai 110 livres de laine de mon 
beau-frère de Gressol a 53 s., forment 313 1. 7 s. 

Ces 110 livres de laine, à la seconde foire de Sainl-Pierie-Auliens, elle me 
fut enlevée à la taxe pour 23 sous la livre par les ordres du scélérat et lobes- 
pierrisle V'igière, ivrogne de prrd'ession. Mn perte est de 167 1. 

Le l^"" thermidor, j'achetai de Dupré de Monchamps les trois portions 
de pré de l'enclos de Monsieur (3), moyennant un bénéfice de 430 L, les(iuelles 
trois portions de pré montent ensemble a la somme de 3.820 L, plus les 
frais d'enregistrement de la l"' acquisition par Dujtré montent à cent cin- 
([uanfe une livres, ci t.»l 1. 

Y compris les 30 1. 13 s. pour frais dafiiches, criée, expédition, etc. 

Pour b's frais d'enregistrement de ma suludgation 121 1. 

Au notaire qui a passé la subrogali(m H) 1. 

Le premier dixième des 3 portions monte 382 1. 

Le second dixième (4l monte y compris les revenus : 

Pour le dédommagement de 1704, donné à Antoine Gontier 31 1. 

Pour le dédommagement de 179"), donné- au même 30 L 

J'ai payé, en difTérentes époques, toutes ces sommes qui forment 
un total de 

Plus François Delaurier, ayant affermé le foin et le regain pour le 
montant du troisième dixième, vient de le payei' et il monte pour 
les trois portions -^-^^ '• ^ 

Je passjii rété et Faulomne de 179i dans mu maison paternelle 
à (Uia/elles(rî), menant le geni'ede vie le plus triste que Ton puisse 
voir. Je couchais sous une voûte qui n'avait d'autre jour que par 
une petite fenêtre à peine d'un pied en carré où la poussière pour- 
ri La Bastide, village de la com. d'Auriac. 
(2 Blesle Haute-Loire;, ch.-l. de cant., ar. Brioude. 

(3) Enclos qui confine la route qui va d'Auriac à Chazelles, à 100 mètres de Cha- 
zelles, 

(4 Cet article a été payé avec la totalité du principal, montant à 3,899 I. dont j'ni 
reçu quittances finales le 10 vendémiaire, 4^ année (note de C laize). 

.') Cette maison existe eneore; elle est occupée actuellement parla maison d'école 
mixt(; de Cliaz(dles. On montre encore la petite fenêtre de la vmite où couchait 
l'abbé. 



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•/■•^-,^ssfsr-r!imn. 



32 



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rissait tout mon lino-o et gâtait mes (MlVts, ot où les rats ne me 
laissai<Mîl lran([iiilIo ni joui-, ni nuit *. ('hose que je n'avais jainnis 
plus faite, pend.int tout le temps des leuvres, laueliaisons, mois- 
sons et une parlie des hatt.nson'^, je ne manijjoais que du pain où 
il y avait los :\ 4 jai()U'^s(\ noir comme mon chapeau *. La portion 
n'avait pas pai'u sui- \i\ lal)le qu'elle était enlevée par î) à U) 
entants '. J'avais beau nie donner beaucoup de [)eine, il n'v avait 
aucune préférence, ni d'égard pour un homme qui sortait d'un 
bien-être incomparable *. 

Lorsque je donnais (juebiues draps pour blanchir, on ne me les 
rendait (ju'après les avoir fait servir de draps de vannoir un loni;- 
teni[)s *. Je ne sais si mes (diemises ne servaient pa^ aussi à 
quelcjue autre *. In de mes matelas fui percé et la laine volée 
pour avoir eu la bontt' de le pi'èter aux éti'an<2;ers. Je me vis 
niépi'isé et trait»' même de béte par un homme qui m'c^xprima 
clairement, (juel([ues jonrs aprè^, ijue tous ses r<*grets n'étaient 
que de ne m'avoir pas vu (Mubarijuer sni* la Loire et en aller nour- 
rir les [)oissons '. Tant ([ue j'avais eu quebjue chose, Kscaloing 
avait en d(^ la considiMation pour* moi; mais je n'avais rien, pas 
même les movens de former une école * (lela était défendu à tout 
ci-devant pnHre, poui- me servir de l'expi-ession du décret (4) *). 

Cependant je ne [)ouvais ()lus lenii dans une si li'iste position. 
J'élais tombé dans un épuisement (|ui me donnait de grandes 
inquiétudes. Enfin mon cha*2:iin l'edoublant tous les jours, mes 
forces s'alTaiblissaient flautant. Outré enlin du nn'pri^ continuel 
d'Kscaloinir, n avant aucune parole de consolation à me dire, bien 
le contraire, je pris le parti, sur la lin de fructidor, de ne rien 
faire absolument *. Je passai dans le repos environ six semaines. 
Les tyrans, les buveui's de sang, b's terroristes perdaient tous les 
jours de leur autorité*. Vovant (jue j'avais à faire à un véritable 
second Robespierre pour moi avec Lscaloing. je con(;us le dessein 
d'abandonner ni.» maison [)alei"n(dle aussitôt (jue je veri'ais que le 
moment serait favoi'able *. Je continuai ma bonne ^^vnco et mes 
honnêtetés à Kscaloing. [)arce que j avais beaucou[) à craindre une 
dénonciation de sa [)art, (Uanl olFicier munici()al *. Mais, dès que 
je vis la [)uissance des tyrans enlièrement à bas, je pailai ouver- 

(1) Décret du 28 oct. 1193. 



« LIVRE DE COMPTE » 



33 



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tement *. Je m'annonçai [)Our vouloir éiablir une école à La Uas- 
tide il), je m'étais déjà assuré de la maison de Koddier (2) et d'un 
certain nombre d'écolieis dont les parents ne me laisseraient [)as 
avoir faim; mais, avant de m'y établii", je voulus savoir si je 
serais payé des 800 livres que la nation accordait 3) *. 

Je lis un voyage à Saint-Floui' *. Mais quelle suiprise, (juand on 
me dit que mes papieis n'élaienl pas en forme, il me fallait la 
translation de mon domicile de Glux à Auriac *. J'écrivis au dis- 
trict de Glux, à Ghàteau-(^hinon; mais point de réponse. J'écrivis 
à un de mes amis, Duvernois, meunier de F'achin (4); il était mort. 

J'attendis une ré|)onse pendant près de deux mois, et, dans cet 
intervalle de temps, j'achetai trois arbres pin de la pignatelle 
(TOzeleret pour faire des (planches *. Je les fis conduire à Cha- 
zelles; ils me coulèrent o^i livres et 10 l. de dépenses *. 

Perdant enfin espérance de lecevoir des réponses de Chàteau- 
Ghinon, je me délei'minai d'y aller*. Je j)artis vers la Toussaint, 
et me lendis à Glux dans cinq jours *. Les premiers rayons des 
beaux jours de la résurrection se faisaient déjà sentir. Plus de 
sentinelles nulle |)art, plus d'arrestations arbitraires. Je fis mon 
voyage le plus heureusement possible. Je revis mes pai'oissieus 
(|ui tous furent enchantés de me levoir, et plusieurs croyaient (jue 
j'étais revenu pour leur redii'e la messe, llélas ! les espérances en 
étaient encore bien faibles. 

De Glux je fus coucher chez mon ami Duvernois. llélas! quel 
chagrin pour moi. quand, en embrassant son fils, il m'annonça 
qu'il élait mort depuis la fin ac^'it *. Je ne laissai pas que d'être 
bien reçu. Le lendemain, je finis de pousser jusqu'à Ghàlcau- 
Ghinon où je fus l)ien l'eçu par l'abbé Millin. qui me donna table 
et logement pendant tiois jours que j'y restai, après lesquels je 
pai'tis ay;mt obtenu du district mes papiers bien en forme. Mon 
voyage fut des plus heui-eux. Mes forces s'étaient parlai leuKMit 
bien rétablies. Je fis ce voyage presque conlinuellement de pied, 
sans aucune ampoule. Je dépensai autour de 7o livres *. 

(1. La Bastide, villa^'e de la commune d'Auriac. 
(2) Jean Hoddier. laboureur. 

(3 Dérref du 2*^ jour des sans-culottides, an II — 18 sept. 1794. 
(4 Faehin (Nièvre), ch.-I. de corn., ar. et canl. Chàteau-Chinon, à 9 km. de Châ- 
teau-Chinon. 






V .•*»-» i!»«j.;«,„^i-.^, ,^.,^aja ,: 



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34 



AHBE (.1. \I/K 



De l'cluiir à (llia/cilcs. j aiuioiic'ai (iiic jT-lais l lioinmcdu inonde 
\o plus înalliiMironx. (ju ayant étr en ai'ieslalion, lo dislricl de 
Cliàl«'au-(lliinon m'aNail rayé de la lislc do prèlre^: ([ue, n'en 
ayant |)a< \)u obtenir nn certilieat de civisme le |)rinlein[)S passé, 
ils nravaient l'etiisé ('lialenient nne Iranslation de doinieile \ Cela 
bien assuré, un silence morne, le refu^ diin mol de consolation 
de la |)arl d'Kscaloini; m'annonça nn mépi'is et une liaine for- 
melle *. Le surlendemain de mon relonr, il était foire à Massiac. 
Je tus à la foire, et. de là, sans riiui dire à personne, je montai <-i 
Sainl-noui' où je toncliai i'iO livres de ma pension, non compris 
les 150 livres qui nn' liinMil relennes pour mes impositions. 

Je m'en revins bien coulent, assurant tous cenx (jui me le 
demandaient (|ue je venais de Hrionde. Le jour étail arrivé de 
s'explitjuei- avec Lscaloiui^ *. Je lis auparavant monter un lit h 
La Bastide. 

Le dimancbe suivant, j'invitai Lscaloin^' à Ixdre une bouteille 
de vin (diez (lonrtille, et avec lui Jean (ilai/e, mon cousin de Chii- 
vagnac (1) et Antoine (lontbier (lourbillou *. 

Après le pn.'mier veri'e (car depuis longtemps il me tardait de 
faire cette motion je lui dis (|ue, ne pouvant pas vivi-e an milieu 
dune anssi nombreuse famille (\\\(' la sienne, j'avais l'é'solu d'aller 
babitei' à La Bastide où je trouvais une maison converiable et 
(|nel(|ue cliose à gagner; mais (jue, pour m'aidei' à vivre dans les 
malbeurs de la révolution, il tdail nécessaire (jiu' je retirasse 
quelque cliose du bien de mon [)èi'e, (jue je me contentais dune 
médiocre pt^nsion. savoir : I i quartons (2) de urains, nne qnarton- 
née de jardin à clianvie. la bMieire (3) et lo livres d'buile *. ('/était 



[[. Clidvagnac, villape de la coin. d'Auriac. 

(2) Le quarton de grains dans la commune d'Auriac correspond à un double déca- 
litre. 

(3) La leneire, c'est tnie certaine iiiiantit"' «le laine, (llaixe avait vendu à Escaloin" 
« tous les droits snceessi["<^ à lui l'clins par décès de Jean Glaize. son pT-re consistant 
en un tiuitième dans la niasse tant en meubles, immeubles quintéivts et fruits échus 
jusqu'à ce jour '> pour 350 livres, le 26 octobre 1180. Le prix de vente, porte l'acte, a 
été payé antérieurement. En réalité, Escaloim: n'avait pas versé à (Jlnize les X'tO 1., 
mais, le même jour, il lui constituait eu retour de cette vente, nn litre clérical de 
00 livres de pension k pour par le dit s"" Glaize en jouir et pouvoir le-Ki^^er « compter 
du Jour qu'il entrera clans les ordres sacrés jusqu'à ce qu'il aye été pourvu et soit 
paisible possesseur d'un bénéfice suffisant pour remplir son fifre clérical . » Dans ces 
conditions la demande d»' Glaize n'était peut-être pas très juste. Les sœurs de Glaize, 



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(( LIVRE DE COMPTE » 



35 



une demande. Je n'eus pas lini qu'il partit comme nn coup d'éclair 
par l(»s injures les plus liumilianles, me leprochant tantôt d'avoir 
pieté sermenl, tantôt de n'avoir pas de certilicat de civisme que 
celui (jue j'avais escroque' à la municipalité d'Auriac, tantôt que 
j'aurais mangé le l)ien de mon père, si j'eusse été laine et même 
les vices de mon père, voulant dire (|u'il avait laissé des dettes *. 
Lassé de ses invectives, je le lis cesser en lui ripostant vivement 
que ses calomnies m'outraient, que je le priais de ne point calom- 
nier des moris qui avaient mieux valu que lui et qu'il s'agissait 
seulement de savoir s'il était possible de nous arranger à l'amia- 
ble '. « Non ! Jean f..., non », me répondit-il. J'en pins les autres 
deu.K à témoins *. Je paye la bouteille, après leur avoir versé tout 
plein pour avoir lini plus vite *. « Lb ! bien, la justice nous arran- 
gera )). lui dis-je en sortant *. 

J'aurais fait de grands sacrilices, ce jour-là et même (juelque 
temps après, car je ne savais pas que je pus revenir sur la vente 
que je lui avais faite *. Je ne cbercbais encore que mon titre [\] et 
les arrérages depuis près de lo ans, mais, après avoir consulté 
|)lusieurs avocats, mes droits me parurent bien plus avantageux, et 
je pris le parti de le faire assigner en cassation de ma vente*. Tous 
mes antres beaux-frères, étant dans le même cas que moi, en 
firent de même et nous ne fîmes qu'une même cause. t> procès 
me coûte déjà pour ma portion plus de cent francs. 

< Il est inconceva])le les calomnies ([u'I^scaloing débite contre 
moi. I*uissé-je prendre sur moi-même de les oublier > ! 

Je montai à La Bastide les premiers jours de Frimaire de la pré- 
sente année .3' répnblicjue *. J eus une (juin/aine d'écoliers (jui me 
donnèrent par mois six livres de blé et nm^ demi-livre de beurre. 
Ce fut là tous mes moyens de vivre jusqu'à l'époque présente oi'i 
j'ai recommencé de dire la messe, c'est-à-dire le o avril (2), jour de 
Pâques ou 16 germinal*. 

en se mariant, vendirent aussi à Escaloin;,' leurs droits sur Ibéritage de leur père. 
Et leurs contrats de mariage portent qu'une partie de la somme devait être payée par 
Escaloing, le jour de leur mariage et que le contrat tiendrait lieu de quittance. 
^.Minutes île M. Segret, notaire à Blesle . 
(1) Titre clérical. 
2 La loi .lu .'! vcntoso an 111-21 lévrier HD'i avait proclamé la liberté des cultes. 



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36 



ABBÉ GLAIZE 



Pour mo mettra' en tUat de dire la niosse, je fis un voyaii:e à 
Clernioiit (1) dans 1rs premiers jours de (ierniinal, où j'achetai un 
calice de cui\ ir s(Mitll('' en argent et dont N* j)ied avait été brisé 
par les scélérats ainsi ([ue la patèue. Co calice me coûta 2l\ livres. 
Je lis l'aire une patène en fei' hianc (|ui, avec le racomn)odage du 
calice, me coula sepi franco, plus trois hoiles de saintes huiles 
î> livie<; plus mi orneuienl rouge 40 livres; total 80 livres, frais 
de voyage (Wî l. *. 

Deux anecdotes doivent être rafjportées |)our faire voir conihi(Mi 
les gens lUaient poité's pour les prêtres non assernnmtés *. 

Je traversais la rue devant la callK'drale, allaut voir M' ih» lîouilh; 
(lAuthc/at tjiK' j<' connaissais [)ai-li('uliérement, lorsqu un homme 
inconnu et bien mis lu'ari'èta en iiu' diMuaiidant à voix hass(\ mais 
très alVectueusement si j étais du hou parti. « Vous êtes prêtre, 
M., cai' je vous ai ent(Midu mai'chauder des oruenu'uts. — Oui, 
M., lui ré[)()udis-jc, cl j'i^spère être du hou [)arti. — Vous n'avez 
[>as ()i'êl(' seriiKMil? — Non, M., lui K'poudis-je ingénument *. — 
Ah ! que je vous (Miihrasse. mon clici' ami. nous êtes des véritables 
martyrs de la religion », et en me serrant les mains il moll'rit des 
secours tant lui marchandises (ju en monnaie *. 11 me sollicita 
beaucoup à (uendre ([uehjue chose. Je hi remerciai tort honnête- 
ment et le (juitlai bien persuadé de l'estime que pres(jue tous les 
Glermontois avaient [)our les prêtres non assermentés et du nn'pris 
qu ils avaient [)0ui' les constitutionnels, ainsi (ju<* plusieurs d'enti'e 
eux me l'avaient assuré. C'était pies(pH' dans toutes les villes de 
même et surtout dans b's endroits où les rédractaires avaient 
habilt' (jutd(Hie temps *. 

M'élant retiré le soir dans mon aubei*2;'e, chez Koiix, il v vint 



Art. I. I/exercice d'aucun culte ne peut-rtre troublé. Art. II. La république n'en salarie 
aucun. Art. 111. Elle ne (ournira aucun local, ni pour lexerrice du culfe. ni pour le 
logement des ministres. .-Vrt. IV. Les cért'uionies de tout culte sont intt'rdiles hors de 
l'enceinte cboi.sie pour letir exercice. .\rt. V. La loi ne recttnnait auciui ministre du 
culte... .\rt. VIL .Vucun signe particulier ;"i un culte ne peut-ôtre placr dans un lieu 
public, ni extérieurement de quelque manière (jue ce soit. Aucune inscription ne 
peut désigner le lieu ([ui lui est atVeete. Aucune proelamation ni convocation publi- 
que ne peut être faite pinir y invit-M' les citoyens. » ('était le régime de la séparation 
(le l'Kglise et de iKtat. 
[ (ileniiiiiit l'irraud. 



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<.( LIVRE DE COMPTE )) 



37 



loger pareillement deux marchandes des environs de Glermont. 
L'aubei'giste les avait déjà instruites que j'étais un prêtre *. Klles 
s'informèrent de moi si j'avais souiTert pour la religion. « Oh! cer- 
tainenn^nt, leur répondis-je, et je [)uis le dire avec vérité. » L'une 
d'entre elles me demanda si j'avais besoin de quelque chose : je 
Ini répondis ([ue je n'étais pas tr(jp avancé, qu'étant venu dans 
cett(* ville pour me procurei' tout ce (jiii m'est nécessaire pour 
redire la messe, j'avais bien des dépenses à faire que mes moyens 
ne me peiinettaient pas *. J'ai peine, me répliqua-t-elle, de vous 
ofTrir si peu de chose. Si vous voulez accepter dix francs pour 
vous aider à acheter un calice, je vous les offre de bon c(eur. 
Fâché de n'avoir pas reçu les olfres de l'autre marchand et d'y 
avoir mis un peu trop de délicatesse, car enfin c'était toujours 
pour le rétablissennmt de la religion, je ne crus plus engager ma 
conscience en les recevant quoique je leur eusse nié ma presta- 
tion de serment. Je pris cet assignai de dix francs qui me servit 
bien à propos à payer les boites des saintes huiles *. 

Je ne crois pas que j'aie jamais fait voyage plus douloureux 
(|ue celui-là*. Jy employai huit à neuf jours, mais dès le pre- 
mier jour, j eus les pieds pres([ue entièrement couverts d'ampoules 
delà gi'osseur au moins de la moitic' d'un œuf, de manière que 
je fus obligi', étant à Cdermont, de les percer et d'y passer un lit 
de soie, ce qu'un voiturier m'jivait conseillé. 



Idée suk la Révolution. 

Le commencement de la Révolution m'ayant pris à l'âge de 
3o ans, après des études avec quelques fruits, une fréquentation 
assez familière des nobles, du grand monde, tant à Saint-Georges- 
d'Aurac pendant o ans de vicariat (1), qu'à Chàteau-Chinon pen- 
dant trois ans (2) où j'ai fréquenté avec familiarité tout ce qu'il y 
avait de mieux : ayant joui pendant plus de deux ans d'un revenu 
de plus de 2.000 francs, qui me mettait à la portée de voir les 
papiers publics, me laissait le loisir de les méditer: prêtre enfin 

(L Saint-Georges-d'Aurac. ch.-l. de com. ar. Brioude (Haute-Loire). L'abbé y resta 
de 1782 à 1787. 
'2\ De 1788 à 1791. 



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ABBE (.LAIZK 



« LIVRE DE COMPTE » 



39 



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et curé, qui était l'état h^ plus rospoclé, et certainomcul dans lo 
plus grauii nombre très l'espectable, et qui me doniiail par consé- 
quent entrét^ cho/ ni(>s confi-èn^N ol daus les premières maisons, 
je puis écrire ici poui- nu jour le relire avec plaisir ce (|ue J'ai vu, 
lu et entendu *. 

Des sociétés de gens de lettres et nomuu'inent les auteurs de 
r^ncyclopédie (1) avaient depuis longtemps [)réparé et prêché les 
principes de la llévolution, le renversomenl du ti'one et de Tau- 
tel, l'athéisme, la liberté, légalité, les droits de l'homme et le 
règne delà raison naturelle. C'était une toile ourdie, mais il leur 
man(iuail le métier*. Le ministre des tinances en 1788, Nccker (1), 
le leur fournil par la convocation des Etats-Généraux en 178Î), ou 
plutôt les dettes de l'Ktat (|ui montaient à plus île 2 ou 3 mil- 
liards, les dé[)enses énoinies de la cour, les folies de la reine, sa 
vie scandaleuse, les dissipations des princes, les [)rivilèges, l'or- 
gueil des nobles, les richesses du clergé, l'inconduite des ecclé- 
siasti(|ues, etc., elc, toutes ces causes ont [)roduit les malheurs 
de la Kévolulion et les profondes plaies dans lesquels tout homme 
pensant doit craindre avec raison d'èlre englouti. 

Necker voulait le bi(Mi du peuple et ménager en même temps 
les intérêts de la cour, de la noblesse el du clergé, mais il se 
trompa en persuadant à Louis XVl que son règne serait couvert 
de gloire en convoquant les États-Généraux (3) et en se persuadant 
lui-môme de les conduire à sa guise. Ses ouvrages sur les 
tinances (4), publiés (quelques années avant la Révolution, prouvent 
sa popularité. 

Les Étals-Généraux se mirent au dessus des ministres et du roi 
môme en demandant à leurs commettants des pouvoirs illimités, 
en s'érigeant en Assemblée Nationale (^5), en Assemblée Consti- 



a) Fondée par Diderot. Ct'-tait suivant rexpression de Diderot lui-iiiruie « l'en- 
chaiiiemenl des connaissances humaines ». La publication comuicnréc en 1751 dura 
■2[ ans 28 vol. in-f'' de texte et 15 vol. de planches;. Les principaux collaborateurs 
de Diderot furent d'Alembert, ïurgot, Con.lillac, Ilelvétius, Mably, Marmontol. Ray- 
nal, Grinim, Butfun, la Harpe, Saint-Lambert, etc. 

^2j Jacques Necker, né à Gentve le 30 septembre 1732, mort à Goppct le 9 avril 1804. 

(3) Le 5 mai 1789. 

(4^ Compte rendu pn^senté au roi. — De l'administration dos finances do la Franco, 
1784, 3 vol. iu-8". — Nouveaux t'-claircissomenls sur le compte rendu, jonv. 1788 

a \a' 1 7 juin 17Sy. 



( 



tuante, et en faisant des lois en souverain *. Le plus grand nombre 
des députés du Tiers-Etat était d'avocats d'un esprit, d'un profond 
génie, mais trop jeunes pour le plus grand nombre, et trop inex- 
périmentés pour faire des lois capables de rendre un grand peuple 
heureux *. Et ces lois mêmes, quoique bonnes dans le fond, ren- 
contraient dans leur établissement trop d'anciennes habitudes, 
trop de vieux préjugés et trop d'intérêts particuliers à combattre 
pour ([u'il en put lésulter un prompt bonheur du peuple. De là 
que de traîtres, que de révoltes, que d'assassinats, que de ba- 
tailles où le sang des Français a coulé pour des droits imaginaires, 
pour la liberté, pour l'égalité que l'on peut regarder comme 
impossible à établir *. 

Le parti de ces avocats domina dans toute la tenue de l'As- 
semblée Constituante (1), passa dans la Législative (2) et môme la 
Convention (3) *. Ils surent se concilier l'esprit des clubs ou assem- 
blées populaires, ou plutôt ils formaient l'esprit de ces sociétés 
sur le leur, en étant les principaux membres, comme on l'a vu 
dans le club des Jacobins, à Paris, que des députés présidaient 
presque ordinairement. C'était surtout dans ces sociétés que l'on 
faisait entendre au peuple les grands avantages qu'il devait reti- 
rer de la destruction de la noblesse et du clergé qu'il haïssait 
naturellement à cause de leurs grandes richesses. Ainsi fanatisé, 
le peuple versait volontiers son sang pour des ambitieux qui ne 
cherchaient (ju'à s'élever sur les ruines de l'ancien régime. Aussi 
qu'en est-il arrivé? Leur propre ruine et à craindre celle de la 
France entière *. Périssent ainsi tous les chefs de parti, tous les 
novateurs qui par leurs novations ne peuvent que nous rendre 
très malheureux en nous plongeant dans la famine et dans tous 
les maux des guerres intestines et extérieures! 

Ce furent ces avocats et leurs adhérents qui posèrent les prin- 
cipes des maux que nous endurons aujourd'hui en créant dans 
l'Assemblée Constituante les assignats (4), en supprimant les 
dîmes (5), et en ne conservant qu'un impôt en numéraire : c'est là 

(1) L'Assemblée Constituante (17 juin 1789-1" oct. 1791). 

(2) La Législative (l^-- oct. 1791-20 sept. 1792). 

(3) La Convention (20 sept. 1792-26 oct. 1795). 

(4) Par les décrets des 19 et 21 décembre 1789. 



(5) Le 



4 août 1789. 



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INTENTIONAL SECOND EXPOSURE 



'~ « i M.H..«rm »» «i-THHg , n ii Lp ri y- ii «» i yi- i 



38 



ABBÉ r.LAIZE 



(( LIVRE DE COMPTE » 



39 



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et cure, qui était l'étal le plus rcspcclé, et certainemeul dans le 
plus grautl nombre 1res respectable, el <[ui me donnait par consé- 
quent entré(« clie/ mes conliôres el dans les premières uiaisons, 
je puis écrire ici [><>ur un jour le relire avec plaisir ce que j'ai vu, 
lu et enlemlu *. 

Des sociétés de gens de lettres et nominéuient les anteurs de 
rKucycIopt'dic (1) avaient de[)uis longtem[)s préparé el prèclié les 
principes de la Kévolution, le renversement du trône et de l'au- 
tel, lalhéisme, la liberté, réjj;alité, les droits de l'Iiomme et le 
règne «le la raison naluiellc (/étnit une toile ouidie, mais il b'Ui' 
manquait le métier*. I.e ministre des linanccs en 1788, Ncckei" ^Ij, 
le leur fournit par la convocation des b^tats-Généraux en 1789, on 
plutôt les dc^llcs de TKtat (|ui montaient à plus île 2 ou 3 mil- 
liards, les dé[)enscs énormes de la cour, les folies de la l'eine, sa 
vie scandaleuse, les dissipations des [)rinces, les [)rivilèges, l'oi- 
gueil d(^s nobles, los richesses du clergé, Tinconduite des ecclé- 
siastitiues, etc.. etc., toutes ces causes ont produit les malheurs 
de la K('volution et les profondes plaies dans les(inels tout homme 
pensant doit craindre avec raison d'être englouti. 

Xecker voulait le h'utn du peuple el ménager en même temps 
les intérêts de la cour, de la noblesse el du clergé, mais il se 
trompa en persuadant à Louis XVI (jne son règne serait couvert 
de gloire en convoquant les Ktats-dénéraux (3) et en se persuadant 
lui-môme «le les conduire à sa guise. Ses ouvrages sur les 
finances (4), publiés quel([ues années avant la {{évolution, prouvent 
sa pofiularité. 

Les Élats-dénéraux se mirent au dessus des ministres et du roi 
même en demandant à leurs commettants des pouvoirs illimités, 
en s'érigeant en Assemblée Nationale (5), en Assemlilée (^onsti- 



;1) Fondée par Didorot. CtHait suivant lexprcssion de Diderot lui-turme « l'en- 
chaiaemt'tit <les connaissances humaines ». La i)ul)licati(»n commencée en 1751 dura 
21 ans 28 v(d. in-f'' de texte et 15 vol. de planches). Les principaux collaborateurs 
de Diderot furent d'Alembert, Tur{,'ot, Condillac, Helvétius. .MaUly, Marmontel. Ray- 
nal, Grimm, Butfon, la Harpe, Saint-Lambert, etc. 

2 Jacques Xecker, né a (ien.ve le 30 septeujbre 1732, mort à Coppet le U avril iS04. 

3 Le 5 mai 1189. 

.4i Compte rendu pn-seiit»' au roi. — De ladminisfration des finani-es de la France, 
1784, 3 vcd. in-8". — .Nouveaux .'claircissements sur le compte rendu, janv. 1788 
5 Le 17 juin 17 SI). 






( 



tuante, et en faisant des lois en sonverain *. Le plus grand nombre 
des députés du Tiers-Etat était d'avocats d'un esprit, d'un profond 
génie, mais trop jeunes pour le plus grand nombre, et trop inex- 
périmentés pour faire des lois capables de rendre un grand peuple 
heureux *. Et ces lois mêmes, quoique bonnes dans le fond, ren- 
contraient dans leur établissement trop d'anciennes habitudes, 
trop de vieux préjugés et ti'op d'intérêts particuliers à combattre 
pour qu'il en pût résulter un prompt bonheur du peuple. De là 
que de traîtres, que de révoltes, que d'assassinats, que de ba- 
tailles où le sang des Français a coulé pour des droits imaginaires, 
pour la liberté, pour l'égalité que l'on peut regarder comme 
impossible à établir *. 

Le parti de ces avocats domina dans toute la tenue de l'As- 
semblée Constituante (1), passa dans la Législative (2) et même la 
Convention (3) *. Ils surent se concilier l'esprit des clubs ou assem- 
blées populaiies, ou plutôt ils formaient l'esprit de ces sociétés 
sur le leur, en étant les principaux membres, comme on l'a vu 
dans le club des Jacobins, à Paris, (|ue des députés présidaient 
presque ordinairement. C'était surtout dans ces sociétés que l'on 
faisait entendre au peuple les grands avantages qu'il devait reti- 
rer de la destruction de la noblesse et du clergé qu'il haïssait 
naturellement à cause de leurs grandes richesses. Ainsi fanatisé, 
le peuple versait volontiers son sang pour des ambitieux qui ne 
cherchaient (ju'à s'élever sur les ruines de l'ancien régime. Aussi 
qu'en est-il arrivé? Leur propre ruine et à craindre celle de la 
France entière *. Périssent ainsi tous les chefs de parti, tous les 
novateurs qui par leurs novalions ne peuvent que nous rendre 
très malheureux en nous plongeant dans la famine et dans tous 
les maux des guerres intestines et extérieures! 

Ce furent ces avocats et leurs adhérents qui posèrent les piin- 
cipes des maux (jue nous endurons aujourd'hui en ciéant dans 
l'Assemblée Constituante les assignats (4), en supprimant les 
dîmes (5), et en ne conservant qu'un impôt en numéraire : c'est là. 



(1) L'Assemblée Constituante (17 juin 1780-lcr oct. 1791), 

(2) La Lé^'islativc (l'"' oct. 1791-20 sept. 1792). 

(3) La Convention (20 sept. 1792-26 oct. 1795). 

(4) Par les décrets des 19 et 21 décembre 1789. 

(5) Le 4 août 1789. 



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40 



AUBK GLAIZfc: 



la cause qui a fait concentrer toutes les denrées de premi6re 
nécessilé dans les mains des seuls propriétaires; les villes, les 
ouvriers manquent aujourd'hui de (oui, et il ieui" est impossible 
de se procurer le nécessaire avec des assignats et Ton ne se pro- 
cure le nécessaire ([ue par Téclianiie de choses, et ceux qui n'ont 
gran<rchose à échanger, mènent la vie la plus triste et la plus 
mis6ral)le *. Sans la messe, je ne sais ([uelle vie j'aurais mené 
moi-même, l'instruction n'étant pas d'un grand prix pour beau- 
coup d'hommes. 

L'Assemblée Législative, bien loin de réparer ces fautes, elle 
ne lit que les aggraver *. Llle innlliplia énormément la masse des 
assignats, elle s'irrita de plus en plus contre le roi et ses parti- 
sans, contre les nobles et les prêtres qui avaient refusé ce funeste 
sermont de maintenir la Constitution, elle soullVit que certains de 
ses membres traitassent de tyran, le roi, tous les rois. Cette haine, 
si im[»ii(lemment exprimée, ne tarda pas à être prechée dans les 
Sociétés [)0[)ulaires et à [)asser dans le peuple, c(^ qui le [korhi à 
des excès d'horreur et si multipliés ([ue Ihisloire n'en rapporte 
nulle part de semblables *. Cette fureur s'étendit non seulement 
sur les nobles et les [)rètres réIVactaires, mais encore sur tous 
ceux qui avaient la moindre apparence d'être de leui* parti cju'on 
appelait aristocrate. De là, tant de châteaux pillés, brûlés, 
lanl de nobles incarcérés, massacrés. De là, tant de rébellions 
dans les villes, la révolte et les massacres de la Vendée, les mas- , 
sacres du 10 août dans les Thuileries, du 2, 3 sej)tembre dans les 
prisons de Paris où l'on prétend qu'il a péri prés de 20,000 hom- 
mes, etc. *. 

L'émigration avait déjà commencé sous l'Assemblée Consti- 
tuante; une conduite aussi barbare l'augmenta prodigieusement. 
Lu nombre innombrable de Français, tant roturiers que prêtres 
et nobles, abandonnèrent le sol de la liberté souillé par tant de 
crimes. Les puissances étrangères insultées par nos étourdis de 
représentants, outragées dans la personne et la famille de notre 
roi, blessées dans leurs intérêts à l'égard de ceux qui avaient des 
possessions en France, voyant avec peine les principes de démo- 
cratie, de liberté, d'égalité que l'on y établissait, sollicitées entin 
par nos princes émigrés se coalisèrent contre la France et de là 
la France a une gueire à soutenir contre presque toute l'Eu- 



. . . 



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« LIVRE DE COMITE » 



41 



rope(l)\ De là, les fréquentes réquisitions d'hommes et de vivres, 
de chevaux, de bestiaux, d'armes, d'habits et de toutes sortes de 
denrées; ce qui commença à étonner le peuple. Cependant les 
•réipiisilions n'eurent véritablement bien lieu que sous la Conven- 
tion. Les garçons, les hommes mariés se rendaient volontairement 
de toutes parts sur les frontières, et cela les fit nommer, non sol- 
dais, mais volontaires. De peur d'irriter le peuple, l'on ne le força 
pas au payement des contributions *. Elles ont été arriérées de plus 
de deux ans; elles le sont encore d'un an : la fabrique des assi- 
gnats, la vente des biens de l'église et de la noblesse ont fait et 
font en grande partie les frais. Les membres de la Législative qui 
avaient montré le plus de patriotisme, passèrent dans la Conven- 
tion, et y porlèrent le même esprit, la même haine, la même 
fureur, la même rage conire les aristocrates. Le roi était sus- 
pendu (2) : il lut déchu de la royauté (3). N'ayant pas voulu la 
constitution monarchique de 17ÎH, il fut contraint de recevoir la 
constitution républicaine, de se voir faire son procès (4) et de subii- 
la mort (o). Tous ceux de son parti ([ui ne s'én}igrèrent pas ou ne 
se cachèrent pas avec la plus grande prudence subirent l'incarcé- 
ration et un très grand nombre la mort *. Ce parti d'enragés dans 
la Convention se nomma Montagne, dont les principaux chefs 
étaient : Marat, Robespierre, Couthon, Saint-Just, Hillaud-Varen- 
nes, Collot-d'IIerbois, Valadier (G), Fouché, le plus scélérat des 
prêtres (7), qui dans le département de Xevers bravait la religion 
d'une manière à faii'e frémir les plus impies, y forma une armée 
révolutionnaire de 600 hommes, de 600 bandits des villes qui pil- 
laient, volaient, incarcéraient, violaient, imposaient des taxes à 
leur volonté *. Cela s'est passé sous mes yeux. Le dit Fouché y lit 

(1) La guerre fnf .léclarée par Louis XVl à rAutriche le 2U avril 1794 La Prusse 
et le Piémont soulinrent rAutriche. Après la mort do Louis XVI nous eùn.es en 
outre contre nous, l'Angleterre, la Hollande, l'Espagne, la liesse, le pape, le roi des 
Deux-Siciles. 

(2) Depuis le 10 août 1702. 

(3) Le 22 septembre 1792. 

(4) Le 3 décembre 1792. 

(5) Le 21 janvier 179:]. 

(6) Lire Vadier. 

(7) Fouché ne fut jamais i.rètre quoique ses contemporains l'aient cru et l'aient 
dil. ^11 reçut les ordres mineurs, il ne reçut jamais les ordres majeurs (V. sur ce 
point, Madelin, Fouché, p. 8-9). 



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ABBÉ G LAIZE 



lin arrêté [[) de profaner les églises, d'en brûler les saints, 
daballre tous les signes extérieurs de religion, d'inscrire sur 
la porte du cimetière : « La mort est un sommeil éU'mcl! ». Ce 
fut le refus de publier cet arrêté qui fut cause de mon arrestation 

ci-dessus. 

Outre ces enragés de la Convention, il y en avait bien d'autres 
ilans la municipalilé de Paris î\m étaient pareillement les me- 
neurs du club des Jacobins, tels (jue Cbauniette, Hébert, Rossi- 
gnol, etc., etc. *. 

Ce fut sous le ivgnc «le ces tigres que l'on nomme aussi et avec 
tant de raison buveurs de sang, terroristes qu'eurent heu les 
ivquisitions de toute espèce, la loi du maximum (2) ou la taxe 
générale de toutes les denrées. Cette loi détruisit entièrement les 
niarcbés si beaux et si fréquentés dans l'ancien régime * : l'on 
eut beau entreprendre, à [)lusieurs reprises, d'y forcer les gens, 
les ellbrts du gouvernement furent inutiles; personne jus(iu à 
présent ne porte rien au marché ou c'est très peu de chose, et cela 
par crainte d'être pillé dans les marchés, ce qui arrivait commu- 
nément sous la loi du maximum. J'ai vu jdusieurs fois, à Saint- 
Flour, plusieurs femmes se battre pour un fromage blanc ou un 
pain de beurre ([ui (inissaient par le jeter dans la rue ou se le par- 
tager de manière que la bonne femme de la campagne ne savait 
jdus où en prendre le montant*. 

Ce fut pareillement sous le règne de ces tyrans qu'eut lieu la 
première ré«iuisition ^3). et l'on nomme ainsi les malheureux jeunes 
gens, qui, à l'époque du mois d'août 1792, eurent atteint l âge de 
18 ans et n'eurent pas passé la 25^ année de leur âge. Tous, sans 
presiiue aucune exception, furent obligés, de force ou de gré, de 

(1) Voir cet arrêté p. 18, uulf 4. 

(i) Uécrel ihi 2-J sept. n'J3 ^20 articles). « Art. 1". Les objets que la Convention 
nationale a jugés de première nécessité et dont elle a cru devoir fixer le maximum 
ou le [)lus haut prix sont : la viande fraîche, la viande salée et le lard, le beurre, 
l'huile douce, le bétail, le poisson salé, le vin, Teau-de-vie, le vinaigre, le cidre, la 
bitre, le bois à brûler, le charbon de bois, le charbon de terre, la chandelle, l'huile 
a brûler, le sel, la soude, le sucre, le miel, le papier blanc, les cuirs, les fers, la 
fonte, le plomb, l'acier, le cuivre, le chanvre, le lin, les laines, les étoiles, les 
toiles, les matières premières qui servent aux fabriques, les sabots, les souliers, les 
colsat elles rabette, le savon, la potasse, le tabac. » Hul. des Lois. — Par un .len-et 
du 20 octobre 1793, tous les comestibles furent compris dans la loi du maximum. 

(3) Loi du 23 août nu3. 



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« LIVRE DE COMPTE » 



43 



prendre les armes et de courir à la défense des frontières. Que de 
mères désolées! que de familles dans raiiliction ! J'ai vu à cette 
époque des femmes inconsolables, des maîtresses désolées*. Arrivé 
en Auverf'-ne j'y ai trouvé la même désolation et nommément 
dans trois femmes pour lesquelles j'ai fait plusieurs lettres à leur 
tï-an.'on, savoir : Marie Arfcnille, femme Gonthier de Chazelles, 
Marie Baynat, femme Fabre de Chavagnat (1), et Anne Veisseyre, 
femme Delcher de la Rochette(2). L'on prétend que cette chasse de 
o-arcons donna pour toute la France de 8 à 900.000 hommes qui, 
joints aux autres troupes, formaient environ 16 ou 1800.000 dé- 
fenseurs de la patrie *. 

Nouvelles troupes, nouvelles dépenses ; nouvelles dépenses, , 
nouveaux assignats : l'on en a fait à proportion des besoins, et 
comme les besoins ont été immenses, la somme d'assignats est 
innombi'able. L'on prétend qu'il y en a dans ce moment en cir- 
culation pour onze à douze nnlliards, sans y comprendre ceux 
que l'on a annoncé avoir brûlés*. 11 est probable par l'événement 
que le prix des denrées porté par la loi du maxiiuum n'avait pas 
été établi sur la proportion de cette masse énorme de numéraire, 
ni sur la considération que cette monnaie n'était que papier, que 
la |)uissance qui les mettait en circulation n'était point une puis- 
sance bien consolidée et qu'elle était attaquée fortement de toutes 
parts; qu'il subsistait dans tous les esprits une crainte réelle que 
cette puissance ne fut renversée, que les ennemis de la répnbli(]ue 
n'eussent enfin le dessus, que les émigrés ne rentrassent, ne repris- 
sent leur autorité et leurs biens qui étaient le cautionnement des 
assignats*. B'après ces considérations les eiTets en nature valaient 
infiniment mieux que le prix que la loi a attaché en cette espèce 
de numéraire*. Aussi bien, tant que cette loi fut en vigueur, 
toutes les denrées avaient diparu. Nous étions réduits à la der- 
nière misère au milieu de l'abondance; et ce n'était que par les 
vexations, par des réquisitions, par des visites domiciliaires, par 
des recen-emenls de grains que l'on pouvait faire lâcher aux 
propriétaires la subsistance du petit peuple*. La loi du maxi- 
mum a été ra[)portée dans les premiers jours de l'année pré- 



(1) Lire-Chavagnac. 

(2'i l.a Hochette, village de la commune d'Auriac. 



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44 



ABBÉ GLAIZE 



sente (1), et, depuis cette époiiue, il semble que les propriétaires 
veulent faire la contre-révolution en vendant les denrées à un 
prix inouï. Présentement 18 juin 1793, le blé seigle se vend de 
800 à 900 francs et môme Ton vient de m'assurer qu'il s'en 
demande mille livres le setier, ce qui revient à I2o livres le 
quarton pesant 30 livres*. Une vache moyenne se vend [)assé 
2.000 francs, une bouteille de vin, cent sous, une livre de beurre 
10, 12 francs, une livre d'huile de noix, lo francs, une livre de 
laine 20 francs, une paire de sabots 10 francs pour homme, et 
le reste à proportion*. 

Les enragés révolutionnaires exerc^aieut encore un autre genre 
de tyrannie. L'on pouvait voyager sans passeport jusqu'à un certain 
nombre de lieues de son domicile, mais vous ne pouviez pas faire 
un pas sans être décoré de la cocarde tricolore. C'était le signe 
du républicain (2), et si vous paraissiez dans une ville ou dans 
un bourg, ou même devant un enrag«', sans cocarde, vous étiez 
sur d'être insulté, arrêté et conduit chez un marchand de cocardes* : 
c'était la seule marchandise qui abondât et l'on en trouvait heu- 
reusement partout. Les vieillards, les infirmes n'en étaient pas 
exempts; il fallait être cocarde ou passer pour aristocrate et 
suspect. Que de folies I que d'enfantillages n'a-t-on pas exigés de 
l'homme sensé î 

L'on peut dire cependant que la religion a été le sujet de la plus 
cruelle tyrannie*. Les feux de la grande rage à ce sujet se sont 
fait sentir sur la tin de 93 et le commencement de 179i et se sont 
soutenus jus(|u'à la mort de Robespierre (3), en août de 94*. Non, 
je n'ai point d'expressions pour rendre la fureur avec laquelle les 
églises furent dévastées, ni [)our dire combien d'hommes, pieux 
jusques là, témoignèrent d'impiété à cette époque. Les arrêtés des 



(1) Par la loi du 4 nivôse an 111-24 décembre 1794. « Art. l". Toutes les lois portant 
fixation d'un maximum sur le pri.x des denrées et marchandises cesseront davoir 
leur cfTet à compter de la publication de la pi-ésente loi ». liul. des Lois. 

[2] Art. m. La cocarde nationale est le seul signe de ralliement des bons citoyens. 
Tout autre signe ou devise par écrit ou autrement sous les chapeaux, bannières ou 
vêtements est expressément défendu. 

Art. IV. Quiconque sera muni d un signe ou devise particulière et ne le fera pas 
disparaître aussitôt après la publication ou la notification du présent décret, sera 
dfsarnié et en cas de résistance traité comme rebelle à la loi. Bnl. lies Lois. 

(3) La mort de Hobespicrre est du 10 thermidor an 11-28 jnillrt 1794. 






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« LIVRE DE COMPTE » 



45 



représentants en mission dans les départements frappèrent comme 
un coup de tonnere tous les prêtres, les forcèrent, sans presque 
aucun délai, à s'éloigner de leur paroisse, puis à se réunir aux 
chefs-lieux de district et de résider là, comme prisonniers en 
attendant l'ordre de l'embarquement, car, si les tyrans eussent 
vécu encore quelque temps, le moindre mal qui eût pu nous 
arriver était la déportation, et nous avions beaucoup à craindre 
la noyade, ainsi que le tyran Carrier (1), député d'Aurillac, en 
avait donné tant d'exemples à Nantes*. Je n'ai point d'expres- 
sions pour dire avec quelle indignation, nous prêtres, nous étions 
traités de fanatiques, de menteurs, de voleurs, de ci-devants, de 
Jean f. .., de etc., nous, un moment avant révérés comme des 
dieux, à qui du [)lus loin que l'on nous voyait l'on faisait le salut 
et la révérence*. 

Le renversement de la religion s'est opéré avec une cruelle 
faveur dans toutes les parties de la France, mais, dans les dépar- 
tements où il y a eu une armée révolutionnaire organisée, tout ce 
qui tenait à la religion a infiniment plus souffert. C'était un torrent 
qui entraînait tout. Heureux qui pouvait l'éviter. Ces brigands 
voyageaient par détachement de 60 hommes, se joignaient tous 
les mauvais sujets qu'ils rencontraient sur leur passage, mettaient 
tout au pillage et, au nom de la loi, ils ne vous laissaient souvent 
que le> yeux pour pleurer : habits, manteaux, draps, matelas, 
linge, vin, volailles, or. argent, meubles en argent^ fusils, sabres, 
pistolets, bottes, selles, chevaux, bœufs gras, tout faisait l'objet 
de leurs arrêtés et réquisitions ; et quiconque aurait eu la témérité 
de s'y refuser était aussitôt déclaré comme suspect et traité comme 
tel*. J'ai été témoin de toutes ces réquisitions dans le département 
de la Nièvre, où le scélérat Fouché. représentant de Nantes, avait 
fait un arrêté semblable, et formé une armée révolutionnaire. 
Je viens de lii'e dans les Nouvelles d'aujourd'hui, du 26 prairial, 
que ce buveur de sang, Fouché, est dénoncé à la Convention (2). 
Dieu me uarde de vouloir et de contribuer à l'effusion de sans* I 



(l)Ce fut le 28 octobre 1793 que Carrier (ut envoyé à Nantes comme proconsul. 
Son proconsulat dura un peu plus de 3 mois. 

(2) 11 fut dénoncé à la séance du III germinal an 11-23 mars 1790 et il fut décrété 
d'arrestation, mais on n'osa pas larréter, il profita ensuite de l'amnistie du 4 bru- 
maire an iV. 



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AnnÉ GLATZE 



i< LIVRE DE COMPTE » 



47 



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je n'ai jamais ou la force de siinb(|uer un |)ii;eon. Je supporterais 
cependant avec peu de répui;nance la mort d'un homme (jui a 
voulu la mienne, (jui a opéré celle de tant de braves gens, et 
qui a trahi sou état. Fouché, tu m'as lait incarcérer, lu n'a pas 
voulu me délivrer de ma prison à moins que je ne tus uu scélérat 
comme toi*. Ma paroisse m'a réclamé et m'a rendu à la liberté 
malgré toi ; je ne te plaindrais pas du tout (juand j'apprendrais 
ta mort (1). I*our la gloire de ma religion que tu as détruite, je 
désire sincèrement que tu puisses en échap[)er comme moi, que 
tu puisses te reconnaître et réparer, autant qu'il dépendra de toi 
le mal que lu as fait, mais il est grand, infiniment grand*. A 
combien de cceurs en elTet n'as-lu pas arraché la foi de mon Dieu? 
Que de prêtres parjures ta persécution n'a-t-elle pas faits 1 Que de 
femmes ton armée révolutionnaire n'a-t-ellc pas violées ! Que 
d'églises n'a-t-elle pas impitoyablement dévastées I Dans combien 
d'endroits n a-t-elle pas indignement profané le corps adorable 
de Jésus-Chi'it ! De combien de sacrilèges ne s'est elle pas rendue 
coupable au nom de ta loi. Non, si Dieu et les hommes ne te 
pardonnent, je ne crois pas que tu puisses jamais réparer la 
millionnième [)artie du mal que tu as fait*. Le récit d'une peine 
l'allège de moitié : il faut que cela soit pour que je trouve du 
plaisir à écrire de semlilables choses*. 

Fouché répandit son esprit d'irréligion, d'atluMSun^ dans Ncvcrs 
et dans les chefs-lieux de district en ari'angeant les sociétés pojui- 
laires*. (kdles-ci le tiansmirent aussitôt aux bonnes gens des 
campagnes, (|ui. partout, veulent tout ce (}ue Ion veut*. Il semble 
que c'était une terre bien préparée. Celte semence d"impiét(' prit 
bientôt racine dans l'esprit d'un grand nombre; ils couraient en 
foule aux églises, l'on donnait avec empressement rentre[)rise 
d'abattre les clocliers ; l'on commençait d'abord à en jeter les 
cloches en bas, la tlèche les suivait de près, comme ce qui olVus- 
quait le plus les impies; l'on renversait les autels avec un espèce 
de contentement, les vases sacrés étaient profanés jusqu'à y boire 
par moquerie; les saints étaient jetés au feu avec les propos les 
plus impies ; Chautre-toi, bon saint, il y a longtemps que tu as 



(1) Fouché ne devait mourir qu'en 1S20, après avoir étt' plusieurs fois n)inistrc de 
la police sous l'empire et sous Louis XNIli. 



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du avoir froid aux pieds, disaient les uns*. Tu n'es qu'im saint d(^ 
bois, disait un autre, sans cela tu ferais bien maintenant un 
miracle, etc*. Les plus beaux tableaux étaient défigurés, déchirés 
ou brûlés par des ignorants qui n'en connaissaient pas le prix ; 
les linges, les ornement'^ étaient volés de toutes parts, au mépris 
des arrêtés (jui ordonnaient de les ap})orter au district. Cependant 
les enfants, les bonnes femmes ont sauvé quelques statues qu'elles 
cachaient sous leur tablier. Pour orner mon autel à La Bastide, 
plusieurs m'ont remis quelques saints qu'elles avaient ainsi sauvés 
du naufrage; mais Ton ne me rend rien des ornements ni du 
linge*. Il y a apparence qu'ils ont passé entre les mains des impies. 
Hélas! ces bonnes gens ne savaient pas que dix mois après, ils 
seraient forcés par la populace, par les femmes surtout à rétablir 
les églises, les clochers, les autels, elc*. Le peuple fait de vifs 
reproches aujourd'hui aux officiers municipaux pour avoir dévasté 
les églises; il voudrait que ceux (]ui les ont abattues soient forcés 
de les rétablir à leurs frais, mais la loi l) n'y oblige que ceux 
qui voudront s'en servir pour l'exercice de leur religion. 

(1) Du H prairial an 111-30 mai 1795 (7 arlicles). 

« La Convention Nationale voulant assurer et faciliter de plus en plus le libre 
exercice des cultes décrète : 

Art. 1^'". Les citoyens des communes et sections de communes de la ri'-|»uldique 
auront provisoirement le libre usage des édifices, non aliénés, destinés orij^iuaire- 
ment aux exercices d'un ou de plusieurs cultes et dont elles étaient en possession 
au premier jour de l'an II de la république. Ils iiourront s'en servir sous la surveil- 
lance des autorités consUtuées, tant pour les assemblées ordonnées par la loi i^ue 
pour l'exercice du culte. 

Art. 11. Ces édifices seront remis à l'usage des diîs citoyens dans l'état où ils se 
trouvent, à la charge de les entretenir et réparer ainsi qu'ils verront sans aucune 
contiibution forcée ». Uni. des Lois. 

La loi du 1! prairial ne restituait pas aux prêtres l'usage des évéchés. séminaires, 
presbytères. De plus les fidèles des dilférents cultes n'avaient pas l'usage exclusif 
des églises. V. art. l''\ Les assendjlées ordonnées jiar la loi c'étaient les assemblées 
électorales, les cérémonies du culte civique otïiciel, ou cérémonies décadaires. Les 
fidèles d'un culte concurrent pouvaient réclamer l'usage de l'église. Lorsque des 
citoyens de la même commune ou section de commune exerceront des cultes ditîé- 
rents ou prétendus tels, et qu'ils réclameront concurremment l'usage du même 
local, il leur sera commun, et les municipalités, sous la surveillance des corps 
administratifs fixeront pour chaque culte les jours et heures les plus convenables, 
ainsi que les moyens de maintenir la décence et d'entretenir la paix et la concorde ». 
Art. 4. En fait, le simultaneum cultuel fut l'exception. V. Mathiez, Art Rev. et VEg., 
ch. IV, pp. 157 et suivantes. 



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EfI ETS DE LA H K VOLL TION. 

lu f^rand nombre d'ouvriers ont pris la place de laboureurs 
par rac<jiiisition de biens de l'église et des éiiiii;rés. 

IJeaucoup de laboureurs ont pris la place des bouF-geois, la 
valeur énorme des denrées les ayant énormément enricbis. 

Beaucoup de bourgeois ont remplacé les seigueurs, tant [)ar 
l autorité dont ils se sont emparés que par l'acquisition de leurs 
biens et de leurs cbàteaux et de leurs places (|u'ils occupent dans 
les administrations. Ils sont au iléses[)()ir de ne pouvoir pas rem- 
placer les prêtres ; le peuple est entièrement dégoûté de leur 
morale*. 

Lp schismp. — Beaucoup d'iiommes professent l'atliéisme publi- 
({ueuient, même dans le peuple. Oux qui croient à l'existence 
d'un être suprême, m;us(}ui ne veulent ni temple, ni cérémonies*. 
Ceux qui veulent les cérémonies cbréliennes, mais (jui n'y ajoutent 
foi que lorstju'elles sont exercées [)ar des prêtres réfractaires*. 
Ceux enfin (|ui ne font point cette dislinction, et (jui vont indis- 
tinctement à toutes les messes*. Très peu veulent la confession*. 

La division dans les famillrs. — I,a loi du 17 nivôse (1) sur 
l'ordre de succéder a été 1 origine d'un nombre infini de procès; 
les jouissances des biens des émigrés en ont ainsi [)roduit beau- 
coup entre b' fermier et rac([uéreui*. (Jue de sujets de baines et 
de restitutions*! De toutes parts ce n'était (ju'assignations*. 



De la tyrannie municipale. 

Jean lîourrier de Serre (2),ofïîcier munici[)al, n'ayant ()as voulu 
[)articiper au brùlement des saints fut re<juis pjir ses collègues à 
faire des bùclies du grand crucifix de grandeur bumaine auquel 
requis il n'obéit pas et fut démis de sa place *. J'ai vu bier, 'li juin, 

(1) 17 nivôse an II. 

(2) Serre, hameau de la commune d'Auriac. 



« LIVRE DE COMPTE » 



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ce requis du mois ventôse de Tan 11, signé Advinen maire, et 
Liandicr grelficr *. 

La sœur, fille âgée de plus de soixante ans, dont la principale 
occupation était d'instruire les filles des officiers municipaux et 
de leur apprendre à obéir à leurs pères, est requise pour apporter 
son chapelet au feu des statues*. Elle fait réponse qu'elle est 
malade au lit*. Le chirurgien Aubugoux (i) est requis pour aller 
constater la maladie. Il en rend un témoignage sincère, mais n'im- 
porte, un ofFicier municipal se détache pour un moment du corps 
écharppé, court à la maison de la sœur, oubliant pour un moment 
le pas grave d'un magistrat du peuple, et lui enlève de force son 
chapelet qui est aussitôt brûlé !* 

Le jour de Notre-Dame d'août de l'année dernière 94, cette 
même fille, prononça, à ce qu'on m'a assuré, quelques mots en 
faveur de la dévotion à la Sainte- Vierge. Cela est rapporté à la 
municipalité, elle est incarcérée avec la plus rude violence et fer- 
mée pendant l'espace de 7 à 8 heures dans la sacristie*. 

La veille de la même Notre-Dame, il fit, sur les 7 heures du soir, 
un orage affreux*; l'eau (2) grossit d'une telle manière que jamais 
homme vivant ne l'avait vue si forte. Elle inondait les étables du 
garde (3) de Chazelle. Les ravins entraînèrent toutes les terres des 
côtes et ensablèrent tous les fonds (4). Pour rétablir les héritages, 
c'est un ouvrage d'un grand nombre d'années. Le lendemain, jour 
de Notre-Dam(\ Louise Marane de Riol (o) se trouva sur sa porte au 
moment que Jean (ilaize de Chavagnac, municipal, et Piarassc se 
rendaient à Auriac pour l'assemblée décadaire*. Eh I bien. Glaize, 
lui dit la Louison, vous êtes si enragé à faire travailler les jours 
de dimanches et de fêtes ; cette fois-ci Notre-Dame nous a donné 
assez d'ouvrage*. Après quelques mots de réplique, les Chava- 

(1) Aubughoux , Antoine), né le 24 mars 1"48 à Auriac, mort le 8 avril 1823, maire 
d' Auriac de 1800 à 1812. 
^2) Du ruisseau de la Siannc qui coule à quelques mètres de Chazelles. 

(3) (iarde-chasse et garde-pêche de M^^*^ la marquise de Chavagnac, propriétaire du 
château de Chazelles (détruit). 

(4) 11 veut dire que leau de ruissellement entraîna la terre des côtes. Chazelles est 
bâtie au pied d'une montagne haute et escarpée. Les lianes de cette montagne, .■ les 
côtes », sont occupés et étaient occupés par des vignes en terrasses. C'est la terre de 
ces vignes (jui est entraînée par leau et qui va ensabler les fonds, c'est- ù-dire les 
terres situées dans le fonds de la vallée. 

[}\) Kiols. hameau de la commune d'Auriac, à peu de distance de Chazelles. 



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gnacois conliruiont leur cluMiiin, dénoncent ma Louison à l'agent 
national, Uoiltlier'. Aussitôt six lioninies sont commandés avec 
ordre de conduire à Auriac, de force ou de gré, Louise Marane et 
Fabbé Foret, curé de Laurie (1), qui y était en visite et que Ton 
accusait dôtre venu fanatiser dans ce pays-ci. L'abbé Forrt fut 
condamné à quitter la commune dans 2i heures: la Louise en fut 
([uitte [)0ur (juebiues reproche-, et tous deux pour beaucoup de 
honte* . Heureusement que Ton ne me savait pas aussi chez 
Mai-ane dans ce moment, car ils ne me demandèrent |)as; et j'eus 
soin, aussitôt que je les aperçus, de me cacher entre un lit et une 
planche, car je craignais beaucoup l'arrestation*. 

Je ne parle pas des actes de tyrannie auxquels les officiers muni- 
cipaux étaient obligés par quehpies arriMés, tels que les conhsca- 
tionsde grain, de pain, de poinmes-de-terre, de sacs, de pilles (2), 
l'Ic, ce ([uils auraient pu éviter malgré les arrêtés, ni de tant 
d'autres actos arbitrairement tyranniijues (jui m'ont éclia[)pé de 
la mémoire*. J'aime la vérité et je vas la dire toute entière. 

< Je fais trois classes de nos officiers municipaux d'Auiiac : le 
meneur, l'agent national, et la inunici[talité. La municipalité est 
composée en entier de laboureurs, pleins de religion, au moins en 
apparence, dans l'ancion régime, hommes de probité, de justice, 
dliumanit(''. mais dans la llévolution. ils ont subi ce changement 
de mœurs ([u'ils ont de commun avec tant d'autres révolution- 
naires. 

Le maire, lîernard Advinen. laboureur de la Hastide, âgé envi- 
ron de (juarante-troi^ ans, est le meilleur homme du inonde, mais 
si borné et d'un caractère si faible qu'il ne faisait rien par lui-même 
r\ n'i'tait capable de rien faire : il signait tout ce (jue Vigouroux 
et Koddier lui dictaient. Ce serait à tort de lui attribuer le moindre 
acte deiiui'biue nature (ju'il soit. Cependant ce ({u'on peut dire être 
de lui, c'e<t l'affection (|u'il tiMUoigna à dévaster l'église, à l)rùler 
les saints, ce sont les [)ropos les plus sales conti-e les nneurs les 
propos les [dus impies contre la religion, les invectives les plus 
amères contre les prêtres auxquelles je lui ai répondu tant de 



(1) Laurie, choMieu de comnmne, canton .le Massiac, à 13 kilomètres de Massiac. 
(i) Lire, chiiïons. Pille est un mot patois qui signifie chiffon. 



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« LIVRE DE COMPTE » 



51 



fois par le silence et qui lui sortent si naturellement de la 

bouche. 

Les autres otficiers municipaux qui sont Jean Glaize. Pradet de 
Ghavagnac, Jean Gonthier, Gourbilloux de Chazelles, Jean Esca- 
loing de Chazelles, Robert Delaurier, Sage d'Auriac et Jean Hran- 
don, Giounet de la lîousseleuf, tous hommes d'un cœur droit à 
quelque exception près, bons pour labourer ou pour faire les 
outils d'agriculture, mais incapables de remplir dans des circons- 
tances si ditFiciles les fonctions d'officiers municipaux, sachant à 
l)eine signer leur nom, n'ayant aucune connaissance des lois, ni 
en même de se les procurer. Je ne puis les accuser que du défaut 
commun à tous les paysans qui est de sacriher tout à leur intérêt 
particulier; le public les accuse d'avoir pris quelques linges, 
quelques ornements, quelque peu de fer de l'église, d'avoir caché 
leurs grains à l'époque des réquisitions, d'avoir fait semblant d'en 
acheter quelque temps après, tandis qu'ils le prenaient chez 

eux, etc. 

L'agent national s'appelle Roddier, Antoine, je crois. L'idée de 
cet homme me révolte, et je voudrais n'avoir pas entrepris d'écrire 
ici la vérité. Je ne trouve chez lui aucun lambeau de vertu [)our 
cacher ses défauts et mauvaises actions : rien en sa faveur, ni 
dans l'esprit, ni dans le corps. Il est d'une ligure à faire peur; 
au milieu d'un visage allongé et d'une couleur d'Egypte, deux 
yeux hagards et enfoncés annoncent à ne pas s'y tromper, la 
méchanceté de l'esprit et la corruption du camr, le visage horri- 
blement maniué de petite vérole, les lèvres plus grosses (jue 
moyennes et un peu renversées, les dents dont la largeur égale 
au moins celles d'une jument et par bMir saleté et puanteur celles 
d'un cochon, sont les marques distinctives par lesquels le muet 
de Lambert (1) le fait connaître à tout le monde. 

Mais passons lui les vices du corps : ils ne sont pas sa faute, 
s'il s'était fait lui-même, son orgueil l'aurait bien mieux embelli. 
C'est inconcevable combien il se croit supérieur aux autres 
hommes. Fils d'un mauvais notaire, plus mauvais encore lui- 
même, il est d'un abord rude, froid, méprisant. Toute sa science 
consiste dans la formule de quelques actes, ne sachant pas même 

(1) Surnom ; son nom de famille était May. 



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ABBÉ GLAIZË 



les mettre lisiblement par e'crit. Sa conversation est absolument 
nulle; il ne sait raisonner sur rien; je l'ai vu souvent embarrassé 
pour rédiger les procès-verbaux de la municipalité, et la rédac- 
tion en est le plus souvent due à Vigouroux. La nature lui a fait 
cependant des dons, mais c'est de la main gauche. 11 est d'un 
esprit ambitieux, avare, emporté, vindicatif au plus haut degré, 
jaloux : il ne voudrait se voir (jue lui seul, ennemi naturel des 
prêtres, athée; il n'adopte aucun principe et ne connaît d autre 
morale que celle de son propre intérêt; et, dans la révolution, il 
nous a donné des preuves non é<juivoques d'un homme calomnia- 
teur, inhumain, tyranniquo. Quelques traits sutlironl pour le 
prouver. 

Il dénonça dans le plus tort de la tyrannie, dans un temps où 
il sutïisait une [)arole pour en coûter la vie à un homme, il y a 
environ un an, il dénonça o honnêtes personnes s'il y en a : son 
frère, curé de Vergongeon (1), l'abbé Andr;uid de Serre, l'abbé 
Vigouroux, son cousin germaiii et moi ; son cousin germain, 
l'abbé Aubughoux, y était compris. (Ju il faut avoir l àuie noire 
pour vouloir détruire des hommes qui lui étaient liés au premier 
degré de parenté, des hommes dont la conduite lui était ti'ès indif- 
férente et qui menaient la vie la plus cachée! Mais pour [)erdre 
son frère qui lui avait lait des demandes en partage, il fallait 
perdre les autres. 

Dès (ju'il fut agent national, il profita de son auto li té pour 
faire incarcérer François Abel Meunier d'Auriac [)arce qu'il lui 
en voulait de[)uis quehjue temps; et cet homme ani-ait péii, 
parce que la dénonciation portait sur des cas graves, sans l'an- 
cienne municipalité (jui venait en entier d'être renouvelée et qui 
atténua, autant qu'il fut en son pouvoir, la gravité de la dénon- 
ciation. > 

Dès que j eus réuni tout ce qui m'était nécessaire pour dire la 
messe, la femme de lîernard Advinen (2) m'olïrit leur voûte de la 
maison neuve pour y dire la messe, où j'avais arrangé une cha- 
pelle des plus propres*. Je n'y l'eus pas dite trois fois quo cet 
im[>ie Houdier i^on rap[>elle ainsi en patois, mais son orgueil en 



(1) Vergongheon, ch. 1. de commune, .irrondissoment de Brioude (Haute-Loire). 

(2) Le maire. 



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« LIVKE DE COMPTt: » 



53 



est bien humilié, car il ne veut pas que les autres Roddier de la 
paroisse se signent Roddier, mais Roudier ; ceux de La Bastide 
sont des Rou... Roudier, disait son père, et non pas Roddier, 
c'est moi qui suis Roddier; je tiens ce trait du curé Cheminard (1), 
cet impie donc ne fut pas content qu'il ne m'eut sorti de là, ce 
qui ne tarda pas à m "être signifié, parce qu'il menait Bernard 
Advinen comme il voulait*. 

La voûte de la maison des Roddier que j'habite ne peut pas 
contenir 2 à 300 personnes qui s'y rendent pour la messe ; ils se 
placent partout où ils peuvent*. Ce Roudier l'apprend, il se rend 
un dimanche à La Bastide pendant la messe, trouve beaucoup de 
monde à genoux dans la rue, prend des témoins et va à Massiac 
s'informer s'il peut nous faire de la peine*. Ah ! scélérat, (jue t'a 
fait la messe* ! que t'ai-je fait pour me détruire de cette façon, 
mais je ne te crains pas, car je me conformerai toujours à la loi*. 

Peu de jours après les assignats à face royale vinrent à être 
supprimés et ne pouvaient rentrer que par l'achat des biens 



(1) Messirc Joan François Chém'nard, né à Blesle, docteur en théologie, curé de la 
paroisse de la Besseyre Sainte-Marie, diocèse de Saint-Flour en Gévaudan et de la 
nomination des pères de La Voûte, devint en 1755 curé de la paroisse d'Auriac de la 
nominatitin des dits pères de La Voûte, nous apprend-il lui-même. Il a en etlet laissé 
des notes fort curieuses écrites de sa main sur les registres paroissiaux d'Auriac 
(1754-11551. Ce Cheminard semble avoir été fort vain et fort porté à la médisance. 
Il nous trace le portrait des curés qui l'ont précédé dans la cure d'Auriac, et, 
on peut le dire, sans aucune charité chrétienne : « L'un, dit-il, M. Tristan avait formé 
une intrigue et connaissance particulière, il prit le parti, à ce qu'on dit. de quitter 
de luy-même la cure et le pais avec sa connaissance, on pense que peut être il fut à 
Genève ou en Suisse. Avis au lecteur ». « 11 y eut ensuite, continue-t-il, pour curé 
Antoine Busche d'Auriac, fils et frère des Busches notaires royaux à Auriac... son 
règne fut longt ; il paraît qu'il fut un homme de tète, il fut fermier de Chavagnac, 
sinon même d'Auriac, il profita beaucoup sur ces fermes, il fut, à ce que l'on dit, 
extrêmement processif, il ne plaignait ni sa peine, ni son temps pour aller à Hiom 
solliciter les procureurs et obtenir nombre de sentences pour les arrérages des cens, 
et autres elTets, il devint riche, etc. ». «A Messire Busche succéda M. Soulier, origi- 
naire de Molompize, il achepta une masure sur les ruines de laquelle il fit bâtir une 
maison... Soulier lit bâtir sa maison à ce que Ton dit, sans avoir souvent chez lui ni 
argent, ni bled, ni pain pour nourrir et payer les ouvriers, mais il avait le talent 
d'aller en chercher et prendre du pain dans les maisons voisines, les matériaux luy 
manquant, comme pierre, pourvu qu'il trouva des nmrailles dans son voisinage, il 
se donnait train et par ce moyen il parvint à parfaire sa maison, mais non solide- 
ment, car en 1752 elle fut presque abattue en entier... » Cheminard était encore curé 
à Aiiriac en 1791, mais il ne tarda pas à être remplacé par Bouniol (mai). Nous 
ignorons ce qu'il devint alors. 



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« LIVRE DE COMPTE )) 



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d'émigrés qui n'étaient pas vendus : ils n'étaient pas reçus pour 
les vendus*. Mon Houdier apprend cela par la voie d'Alouïs, son 
i^endre de Hrioude, ramasse aussitôt ses assignat^ à lace, en fait 
une somme de près de 4,000 francs, part, court toute la nuit de 
peur que cela ne se répande et va voler le cheval d'un bon 
homme de la campagne de la paroisse de Peyrusse (1), et le sot 
voleur ne savait pas que les assignats à face royale que le peuple 
appelle tètes noires allaient être reçus dans quinze jours, en 
payement des biens déjà vendus (2). 

Quinze jours après, il en aurait pu payer son château, et par là 
s'ennoblir autant (jue faire il pourra, mais je lui assure quil ne 
sera jamais qu'un seigneur bâtard*. Jamais sa race ue peut 
acquérir les ([ualilés d'hounnes nobles*. hommes vraiment 
nobles, qu'êtes vous devenus? Seigneurs IVançais, où avez-vous 
porté cette honnêteté, cette bienséance, ces attentions particu- 
lières envers la société, ces complirnents, ces [)olitesses, cet air 
honnête que j'ai tant de fois admiré dans vous, et qui vous étaient, 
s'il me semble, si naturels*. (Jael est rhonime heureux qui vous 
enviroQue, et pourquoi suis-je si éloigné de vous* ? Un étranger 
est-il fait pour recevoir de vous tous les agréments que votre 
compagnie me procurait en France?* Un Espagnol, un Anglais, 
un Allemand sunt-ils dignes des actes de bienfaisance dont vous 
combliez en France ceux qui vous environnaient? Il faut que nous 
nous soyons rendus coupables de quelque grande faute envers 
vous pour nous avoir rendus si malheureux, pour avoir dépouillé 
votre patrie de tous les agréments de la vie, pour l'avoir couverte 
d'un deuil universel en cédant votre autorité, vos biens, vos 
maison^, vos châteaux à des Roddiers, à des impies, à des 
tyrans*... Gentilhommes français, ce n'est pas votre nom, ni vos 
titres que je regrette, ce sont vos vertus, vos talents, votre amour 
pour la justice, votre humanité, votre éducation, votre conver- 
sation remplie d'expressions honnêtes et polies, accompagnée le 

(1) Peyrusse (Cantal), chef-lieu de couimune, canton (l'Allanche. 

(2) Loi du 9 prairial an III-28 mai 1795. « La Convention Nationale, après avoir 
entendu le rapport de son comité des finances, décrète ce qui suit : 

Art. 1". L'admission des assignats de 5 livres et au-dessus, portant des empreintes 
de royauté et faisant l'objet du décret du 24 floréal dernier aura lieu en i.aiement 
tant des luens nationaux vendus ijue de ceux à vendre. 

Art. 2. Les autres dispositions du décret seront entièrement exécutées ». 



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plus souvent de dons, d'aumônes, de paroles de consolation et de 
paix, et de toutes sortes de bienfaisances... Tyrans et impies, 
roddiers, ce n'est pas votre autorité, vos biens, vos châteaux que 
je vous reproche, peu il m'impoite^ ce sont vos vices, vos actes 
arbitraires, vos tyrannies, ce sont vos dénonciations, vos arresta- 
tions de personnes honnêtes et vos désirs sincères de vouloir les 
détruire, ce sont vos impiétés, vos vols, votre empressement à 
détruire les temples du seigneur, nôtre église que vous avez 
réduite dans un si pitoyable état*. 

< Celui qui dirigeait le plus la municipalité est Yigouroux 
Louis (i), célibataire, âgé de 53 à o4 ans. Vigouroux présidait à 
toutes les assemblées, lisait les Nouvelles, interprétait les lois, et 
donnait à la municipalité la marche de les exécuter. Plein d'esprit 
et de talent, homme bien fait et s'exprimant bien, il amusait 
quelquefois le peuple par ses lectures, par ses conversations en 
mêlant souvent quelques galanteries. Il est plein d'honnêteté et 
de politesse, l'ecevant fort bien cliez lui et comme jaloux d'imiter 
la noblesse en témoignant le plaisir qu'il a quand on va le voir. 
Il est d'un cœur droit et aimant la justice : il est un de ces 
philosophes modernes que j'ai connus le plus particulièrement, 
triomphant au renversement de la religion, et zélé destructeur 
ou zélé prédicateur de la destruction de l'église. C'est à Yigou- 
roux et à Roddier f[ue l'on doit la destruction du clocher d'Au- 
riac (2), car, s'il n'y avait pas fait mettre tant de précipitation, 
on aurait fait comme à Laurie, on aurait conservé au moins la 
bâtisse de l'église dans son entier. > 

Très empressés d'établir le règne de la loi décadaire (3), 
Vigouroux et Roddier changèrent les assemblées de municipalité 
au décadi, firent des grandes menaces à ceux qui travailleraient 
le jour de la décade, car c'est ainsi qu'on appelait le jour du 
décadi, et à ceux qui se reposeraient le dimanche*. Voyant que 

{[) V. p. 29, note 1. 

(2) Roddier et Vigouroux durent se conformer à Tarrêté de Bô du 22 pluviôse (1794) 
qui, « considérant que la raison vient d'éclairer les citoyens du département du Cantal 
sur les vrais principes religieux, qu'ils ne les rapportent qu'à la pratique des vertus 
et au culte de la loi, que la vertu n'a pour temple que le cœur de l'homme, d'autres 
actes extérieurs que la bienfaisance de la fraternité », ordonnait la démolition des 
clochers jusqu'à hauteur des braiments. 

(3) Loi du 18'' jour de Qoréal an 11-8 mai 1794, instituant les fêtes décadaires. 

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leurs ordres étaient méprisés du peuple, ils s'avisèrent d'attirer 
le peuple à leurs assemblées décadaires par le son du violon, puis 
par celui d'un tambour*. Vigouroux y jouait du violon, y chantait 
des chansons patriotiques, engageait les femmes, les filles à l'ac- 
compagner, mais tous ses etVorts furent inutiles*. Les assemblées 
de décade ne furent un peu fréquentées que pendant le temps que 
la municipalité distribua du grain à la taxe ; dès que la moisson 
fut arrivée, ces assemblées tombèrent entièrement et nos bour- 
"•eois, pour avoir le plaisir d'être entendus, remirent au dimanche 
les assemblées et ils y furent forcés dès le mois d'août de Tannée 
dernière 1794, mtMiie avant la mort des tyrans (1)V Très peu de 
personnes travaillèrent les dimanches dans cette commune que 
Ton regardait cependant comme celle de ces environs qui avait le 
plus promptemenl abandonné ses princi})es. et le peuple le 
prouve bien [)ar son ardeur à vouloir faire rétablir l'église, à 
vouloir v faire redire la messe : Ion m'a envoyé hier un exprès 
du bourg dAuriac pour me faire descendre mon aulel dans la 
clKii)ello du rosaire (2), mais le peuple n'est pas encore assez 
d'accord et je m'y suis refusé*. 

Ce-24 juin 1795, 6 messidor 3« année rép. (3). 

Ce n'est que depuis le 11 prairial (4) que la loi m'a permis de 
faire mes fonctions publiquement*. Quelques jours avant cette 
épo(|ue j'avais porté le viatique sous mon manteau à Catherine 
(luérinde La Haslido*. Le o prairial, je fis toutes les cérémonies 
de son enterremenl sous ma voûte et j'ai reçu pour cela à litre 
d'aumùne, comme j'accoutume les lidèles de l'appeler, quelques 
(l'ufs, un i)eu de beurre, du lait, etc.*. 

Le 28 prairial en vertu de la lui du II (jui permet la liberté 
entière du culte, je portai le viatique publi(iuement à une femme 
du Fayel (o) ([ui mourut quelques moments après, mais je n'osai 

(1) Robespierre. Couthon. Saint-Jnst. 

(2) Chapelle située dans l'église dWuriac. 

(3) Dans le ms. suivent ici les actes de 8 baptêmes « que j'ai faits, dit labbé, depuis 
le 5 avril dernier, 6 germinal 3<^ année républicaine jusques au 24 juin suivant exer- 
çant les fonctions ecclésiatiques sous la voûte de la maison de Jean lloddier de La 
Bastide. » Nous n'avons pas jugé utile de les reproduire. 

(4) 11 prairial an Ili-30 mai 1195. 

(5) Le Fayet, village de la commune de Massiac (Cantal). 






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« LIVRE DE COMPTE » 



57 



pas prendre sur moi de l'aller enterrer à Massiac, quoique son 
mari m'en priât*. Je n'en ai rien reçu, ayant refusé dix francs que 
le mari m'olïrait : Je ne prends que des aumônes, lui dis-je, poiir 
V exercice de mes fondions (1). 

J'aurais reçu une infinité de messes, si j'avais voulu recevoir 
des assignats, mais comme je n'en prends que des aumônes, telles 
que fromages, œufs, lait, quelques livres de blé, beurre, etc., j'en 
ai reçu très peu*. Hier 24 juin, 6 messidor, j'en refusai deux en 
assignats. 11 paraît que le calendrier républicain aura lieu parmi 
les gens de lettres, c'est pourquoi je vas en faire usage dans mon 
mémoire*. 

Messidoh [19 juin-i9 juillet 179;>]. 

LeO, reçu une messe de la Valonne de la Bousseleuf (2), aumùne : 4 livres 

de blé. 

Le 7, reçu une messe d'une femme de Serre, aumône : 2 fromages. C'est 
celle dont j'ai baptisé l'enfant ci-dessus (3). 

Le H, reçu une messe d'Anne du Giangeirat de la Rochette, aumône : une 
douzaine d'œufs*. 

Le 14, une messe de la Jean route de La Rastide, aumône : une petite pièce 
de beurre et plusieurs pots de lait*. 

Le 4 juin, jour de la Fête-Dieu, j'ai commencé à confesser dans ma voûte*. 
Une femme d Uzeleret s'est approchée des sacrements. 

Aujourd'liui 14 messidor, 2 juillet, j'ai confessé sous la môme voûte et ont 
reçu les sacrements Jean Marquet et Antoinette Viallefont de Ghazelles (4)*. 

Reçu à la volonté du dit Jean Marquet dix livres en aumône. 

Le 19 et 20 messidor pour un voyage à Saint-Flour j'ai dépensé 24 livres 
ayant payé le vin G francs la bouteille*. 

<Les nv-mes jours pour 2 cierges, 22 1. et j'ai laissé entre les mains de 
M. Ferlup (r)) 2.G00 1. 

(1) Le culte devrait vivre, en effet, uniquement d"auniônes et d'offrandes volon- 
taires. Los textes de loi (an Ill-an IV) étaient rédigés de manière à empêcher la 
reconstitution de la mainmorte : « 11 ne pourra être formé aucune dotation peri)é- 
tiiolle ou viagère ni établi aucune taxe pour en acquitter les dépenses (du culte). Art. 
9 de la loi du 3 ventôse. V. sur ce régime de la l" séparaUon. Mathiez, la Révol. et 
l'EfjL, ch. IV. 

2} La Bousseleuf, village de la commune dAuriac. 

(3) Dans le ms. suit ici un acte de baptême. 

(4) Dans le ms. suit ici Pacte de mariage de Jean Marquet : " Le 2 juil. 1795, 
14 me.«:sidor. '^^ rép. jai donné la bénédiction nujitiale, etc.. » 

(5) Marchand de Blesle. 



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l.e 24, j'ai vendu à Robert Charuesse, 10 antanons (1) i.OOO 1. S'il peni le 
plus mauvais, je lui rends 25 l. Le 24, le tailleur m'a vendu 2 aunes d'étoffe : 

128 livres. 
l.e 25, j'ai envoyé par le vieux garde à M. Ferlup l.iOO 1. pour payer la 

4-^^ division du pré (2). > 

Theumidou [10 juillet-18 août 1795]. 

Le l«' reru une messe d une femme d'Ozeleret, aumône : un fromage, une 
douzaine d œufs («l une bouteille de lait. Le 1- j'ai fait un otlice pour défunt 
Vital lloddier. propriétaire de cette maison, un demi-quarton froment*. 

<Le 4, j'ai atTermé la moitié de mon chanvre à Pierre Devin de Frisse- 
net (3), 3 quartons froment, un demi quarton fève et une livre beurre. > 

Le 7, reçu de Marie Lescure, 20 l. assignats et une livre huile de noix pour 

son petit*. • ui i 

<Le 10 juillet-28 messidor, dépensé à la foire des râteaux a Allanche 

12 !)., la bouteille de vin ayant coûté 8 l. 

Le 7, à Massiac dépensé 3 L> ., . 

Le 8, reçu une messe de la Barricade, aumône : un fromage. Le 8, j ai tait 
sous la voûte de celle maison un ollice pour NL" Uoddier, aumône : 1/2 quar- 
ton froment*. 

Le 8, j'ai porté le viatique à la vieille Hermite de La Housseleut, aumône : 

v. Lent. 10 thermidor*. 

Le 13, J'ai fait un oilice pour Antoine Audin de la IVochette, aumône : un 
petit pain de beurre, un fromage et un pot de lait. 

Le 13, reçu une messe d'Anne Dominique de la Uochette, aumône : un 
fromage, un peu de beurre, demi-douzaine d'(eufs, blé vendu 1.800 l. le 
setier*. 

En passant par laRoclieUo, so doulanl que je manquais de pain, 
1,^ Mo valant, .lit-on. à Allanclie (4) 1.800 1. le solier (5). Anne 
Doniinniuc me poursuivit jus.prau bout du commun avec deux ou 
trois livres de pain cachées sous son tablier (iu\dlc me Ibrça 
d'accepter\ O mon dieu, vous l'avez sans doute permis que nous 
fussions enlin humiliés, (jue Taumùne nous fut nécessaires, à nous 
pnMres qui étions naguère si riches et si orj^nieilleux l* Que votre 
pauvreté me console dans la mienne ! 



(1) Ce sont des agneaux dun an; en patois antanù. 

(2) Le pré de renclos de Monsieur que labbé avait acheté le 1- thermidor an II, 

voir plus liaut. 

(3) Lire Fressinet. village de la commune d'Auriac. 

(4) Allanche (Cantal), ar. Murât, cli.-l. de eanl.m. a 19 kilomètres .le Murât. 

(5) In setiervaut huit double-decalitres. 






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<Le 14, l"^"" août, à la foire de la Saint-Pierre dernier, dépensé 6 1.; plus 
pour le foulon et presse de 10 aunes étoffe 4 1. 10 s.> 

Le 17, messe et enterrement de Gilette Soulier, Hermite (1) de la Bousse- 
leuf, aumône : demi (juarlon blé, et pour lihera : 2 L sols (2)*. 

Le 24, pour un voyage à Saint-Flour dépense 21 L, pour une main de papier 

l. 10*. 

<Le 28, allant à Laurie, 15 août, dépensé chez Robert, 2 1. 10 s.> 



Etat de la religion. 

Depuis environ cinq mois (3), la religion reprend comme avant 
la Hévolulion, ayant demeuré pendant quinze mois comme en 
délitescence. Les uns par religion, les autres par manière d'acquit, 
d'autres par curiosité, et beaucoup par esprit de parti vont à la 
messe des prêtres insermentés, et n'en veulent point d'autres. Ce 
sont les prêtres cachés et les nobles qui ont resté en France et 
qui soufflent au peuple de pareils sentiments*. Les femmes sur- 
tout, et surtout celles des ouvriers de ville, sont animées de cet 
esprit, mais à un tel point quVdles insultent les prêtres sermentés 
(jui osent dire la messe et détournent bien du monde d"y assister, 
voulant faire retomber pour ainsi dire sur nous tout l'odieux de 
la révolution*. La cherté, la rareté des grains, la cessation des 
aumônes du clergé et des nobles ont beaucoup contribué à leur 
ins[)irer cette haine qui paraît portée à l'extrême . Beaucoup de 
prêtres constitutionnels ne disent point de messe par celte crainte. 
Beaucoup parlent de la crainte d'une Saint-Barlhélemy*. L'on 
vient de me dire qu'une femme veut me prendre à coups de 
pierres, si je continue de dire la messe à la Bastide. Cependant, 
dans beaucoup d'endroits, les prêtres constitutionnels célèbrent et 
y dominent, tels qu'à Luceau 4), Laiveau (5), Molède (6), Allanche, 
Cbarmensac (7j, etc. Beaucoup se rétractent de leur serment. On 

(1) lleniiitc est son surnom. 

(2) Suivent dans le ms. l'acte de sépulture de cette Gilette Soulier et un acte de 
baptrme. 

^3^ Depuis le décret du 3 ventôse an 111-21 février 1795. 

(4) Lire Lussaud, village de la commune de Laurie, canton de Massiac. 

(5) Lire Leyraux, chef-lieu de commune, canton de Massiac. 

(6) M(»l(''des, chef-lieu de comumne, canton de Massiac. 

(7) Charmcnsac, chef-lieu de commune, canton d'AUanche. 



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ARBÉ G LAIZE 



en compte déjà une cinquanlaine dans le district de Saint-Flonr*. 
La commune d'Auriac ne veut qu'un constitutionnel à ce (fu'il 
parait. Celle de Laurie, inspirée [)ar le doyt^n et sa sœur, souiïre 
que l'on prêche dans son é^^lise le vandalisme, le schisme, la divi- 
sion, la guerre civile*. C'est un certain Croze Duranquet (1) de 
Brioude, qui, il y a 15 jours, y prêcha une telle morale, accom- 
pagné du prêtre Bertrand de La Mothe (2). 

11 tarde bien à tout le monde que la convention s'expli(|ue là- 
dessus. Si l'on en doit juger selon les apparences, les prêtres 
insermentés auront le dessus. Ceux qui étaient cachés viennent 
d'obtenir une pleine et entière lil)erté. 11 semble dans les besoins 
extrêmes de la paix qu'on ne peut la faire qu'en accordant des 
douceurs aux émigrés et à ceux de leur parti. Dans la [)aix avec 
rF]s[)agne (3), dans celle que l'on nous annonce avec les princes 
d'Allemagne et l'empereur, beaucoup de politiques pensent qu'on 
ne peut parvenir à une paix si prompte, que sous des conditions 
secrètes qui ne s'exécuteront que secrètement ou dans un temps 
favorable et qu'on soupçonne être la rentrée des émigrés et même 
racce[)tation d'un souverain*. Du moins la hardiesse avec laquelle 
les prêtres réfractaires rentrent dans les paroisses, la protection 
ouverte que leur accordent les riches et les nobles semblent nous 
Fannoncer d'une manière à ne pas en douter *. 

Fructidor [18 aoîit-lT sept. ITOH]. 

< 1", une messe pour la vieille Ilermite de la iJuusseleuf, aumône : 1 fro- 
mage et une douzaine d'œufs. 

Le 5, reçu les 3 quartons de froment que Borde de Cliazelles ma donnés 
pour une demi-cartonnée de ciianvre. 

Le M, ayant semé un quarton d'orge moins une écuellée dan^ lenclos de 
Monsieur, l'ayant battu et vanné aujourd'tiui, il en a produit tlouze 
quartons. 

Le 8, vendu à Allanche 2 quartons froment '\-l'S fr. à raison de 130U1. le 
setier. 

Le r., vendu à ma so'ur Malonne, 3 lèzes de rideaux de inarécliaud, 'iO l. (jue 
j'ai reçues. 

(1 Croze Duranquet (^Maitin Stanislas n»' le 27 juillet l~o9 .i Hrioude, rhanoine do 
la cathédrale du Puy, mort en cette ville. 

(2 Lauiothe, chef-lieu de commune, arrondissement et canton de Brioude, a 4 ki- 
lomètres de Brioude (Haute-Loire). 

(3) Conclue à Bâle le K thermidor an 111-24 juillet 1795. 




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Le G, dépensé à Auriac 2^ 1. > 

Le 13, dépensé à Auriac 10 1. à la St Hartliélemy, jour auquel jai célélné la 
messe dans Té^dise d' Auriac pour la première fois, en ayant été prié par le 
maire et par plusieurs personnes *. 

Je leur ai lait l'exhortation : je viens *. 

< Le 20, dépensé à Auriac, après la messe, huit francs. 

Le 22, jour de Notre-Dame de septembre, dé[»ensé pour mon dîner à Auriac 
7 fr. .l'ai donné à ma sœur d'Auliac une couverture de fauteuil dindirnne (il. 

l.c 2t, j'ai céh'bré la messe pour .lean Valès, fait l'enlèvement du corps à 
la porte du cimetière d'Auriac et dans l'église, toutes les autres cérémonies 
que demandait l'ont, d'un ^'rand corps : prières 45 sous assignats; pour la 
messe et ent., aumônes volontaires, reçu le ."j nivôse 3o l. assignats. 

Le 24, df'pensé à Auriac, 4 fr. 

Le 20, dépensé à Massiac 10 fr. He.;u de Bigant de Fayet 10 1. pour avoir 
administré les .sacrements à sa femme et pour une messe. 

Le 27 à Auriac dépensé 4 fr. > 

Le 20 du présent (2), il a été rendu un décret contre les prêtres 
rentrés par lecjuel ils sont condamnés au bannissement ou à la 
réclu-ion *. Les autres insermentés qui se sont cachés, en exhi- 
bant un certilicat de résidence et en se soumettant aux lois de la 
république sans a^icune restriction exercent librement *. 

< !,a 4*^ des sans-culottides, dépensé à Auriac 12 l.> 



(1) Suit dans le ms., un acte de sépulture. 

(2) 20 fructidor an 111-6 sept. 1795 (6 articles). 

« La Convention ualionale après avoir entendu le rapport de ses comités de sûreté 
générale et <le législation décrète ce qui suit : 

Art. l'^'". I^a Convention nationale charge ses comités do gouvernement de faii'c 
observer par tous les moyens qui sont en leur pouvoir les lois rendues précédem- 
ment contre les prêtres déportés et rentrés sur le territoire de la république; ils 
seront bannis à perpétuité hors du territoire de la république dans le délai de 
quinze jours à dater de la promulgation du présent décret, et traités comme émigrés 
s'ils rentrent sur ce même territoire. 

Art. m. Trois jours après la publication du présent décret tous les ministres qui 
ayant refusé l'acte de soumission exigé par la loi du 11 prairial ou ayant ajouté des 
restrictions à cet acte, ou l'ayant rétracté, exerceront encore un culte quelconque 
dans les édifices publics ou dans les maisons particulières ou partout ailleurs, seront 
sur le champ arrêtés et conduits dans la maison de détention d'un des départements 
les plus voisins de celui de leur domicile. 

Art. V. Les juges de pai.\ informeront contre ceux des ministres des cultes qui se 
permettront des discours, des écrits ou des actions contraires aux lois de la répu- 
bli<nu\ ou i^rovoqueront au rétablissement de la royauté; ils seront punis confor- 
mément aux lois pénales. [liul. des Lois). 



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ABIΠr, LAIZE 



Etat de la Helkjion. 



Le peuple on général conserve toujours plus de oonfianco pour 
les prêtres insermentés. Ils ont des correspondances secrètes les 
uns avec les autres, ce que n'ont pas les sermenlés. 

Le peuple de chaque paroisse leur fait communément douze 
setiers de grain pour l'année. Dans beaucoup (Tendroits les ser- 
mentés en ont autant, tel qu'à Molède ; mais, à Auriac, il paraît 
([u'ils auront de la peine à s'accorder pour laire un revenu fixe à 
un prêtre *. Depuis la St-Bartliélemy, i:] fructidor dernier, je dis 
la messe dans léglise d'Auriac, dont on a un peu réparé le grand 
autel, mais très imparfaitement, beaucoup de pièces mamiuanl. 
Je m'en suis rapporté à la volonté du peuple pour le payement, 
comme je l'ai fait pour toutes les autres fonctions*. Pour savoir 
ceux qui avaient confiance à ma messe, j'ai fait une quôte en 
grains, la semaine dernière, dans laquelle j'ai à peine levé sept 
quarlons grain. 

Les villages de Serre, la Housseleuf, la Bastide, la Roclielte, 
Frissenent (L. Gliavaguac m'ont passablement donné*; dans les 
autres, j'ai à peine levé un quarton grain, soitpnr raison de pau- 
vreté, soit par irréligion qui est plus générale dans le bas de cette 
paroisse que dans le haut. Je ne fais plus de{)uis (}uel(iue tem[)S 
de baptêmes *. Plusieurs veulent encore voir avant de faire bapti- 
ser leurs enfants, d'autres les portent à Laurie. 



Anecdote. 

La Rigaude de Lasquardes (2), paroisse de Laurie, fut se con- 
fesser à Laurie au prêtre insermenté. Celui-ci ne voulut lui donner 
l'absolution, qu'à condition qu'elle lui promettrait de ne plus 
aller à la messe du ministre sermenté de Molède *. Elle en témoigna 
un grand étonnement et lui en demanda la raison. Le ministre 
lui en donna tant bonnes que mauvaises, mais la Rigaude, sans 



(1) Lire Frisscnet. 

(2) Lire Lacuarde. 



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« LIVHE DE COMPTE » 



63 



entrer dans aucunes raisons, lui répondit à haute voix qu'elle 
trouvait la messe du curé de Molède aussi bonne et aussi bien 
dite (jue la sienne, et en quittant le confessionnal : Le diable 
pourrait la dire, lui lépliqua-t-elle avec humeur, que je ne regar- 
derais pas celui qui la dit. 

Ces jours-ci, viennent d'arriver à Auriac les deux chanoines (1) 
Roddicrde Clermont, prêtres insermentés. Ils se sont établis dans 
leur maison paternelle, chez le maréchal d'Auriac, oîi ils disent 
la messe. Quebjues personnes y ont assisté dimanche dernier. Il 
est à craindre que cela ne dérange le peuple de celte paroisse qui 
commençait en assez grand nombre à assister à ma messe. 



Le 



ANNKE IJKl'UHLICAINK, VENDEMIAIHE [23 Sept. -23 OCt. 1705]. 



< Le 8, une messe pour la Parisienne, aumône : une douzaine d'œufs. Le 0, 
dépensé à Auriac 4 l.> 

J'ai rebénit l'éj^îlise et fait un ollice pour Jean (ily et Antoinette Arfeuille 
de La IJastide*. Prières, absoute et messe, aumône : 2 livres. J'ai prêché le 
prône : dans le cours des choses de ce monde, etc. Dans le courant de cette 
semaine, j'ai fait une quête en ^.^-ains oii j'ai levé sept quartons blé. 

Le 10, à Saint-Fiour, j'ai reçu 200 1. trimestre de vendémiaire *. J'ai donné 
8 1. 10 pour compléter Je payement de l'enclos de Monsieur dont j'ai retiré 
quittance *. Frais de voyage 03 I. *, J'ai payé le vin 15 1. la bouteille ; 11 fr. 
la livre le pain. Jai donné au citoyen Gharraire les 408 1. que je lui restais 
du bénédce du pré *. 

Le 13, dépensé à Auriac G l.;un ollice pour Jean Gly et Antoinette Arfeuille, 
aumône pour les 2 otiices cinq boisseaux froment *. 

Le 10, une messe pour (Jaize de Serre, enterrement de son petit : prières, 
absoute, etc.; aumône : demi quarton Idé (2). * 

Le 20, dépensé à Auriac 1. Le même jour j'ai fait les 4 baptêmes 
suivants (3) * : 

Le 30, reçu 3 messes pour Catherine Guérin de la Bastide, aumône : trois 
boisseaux blé *. 



Etat de la religion. 
La Convention persiste à ne laisser établir aucune hiérarchie (4) 

(1) De la catiiédralc de Clermonl-Ferrand. 

(2) Suit dans le ms. un acte de sépulture. 

(3) Nous ne les reproduisons pas. 

(4) En etlet la Convention cherchait à détruire le clergé comme corporation. Elle 
était année pour le droit commun des associations et par l'art. 351 de la Constitution- 






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64 



ABBÉ GLAIZE 



parmi les priMres*. Il semble que les réfraclaires ne fanatisent plus 
tant le peuple contre les constitutionnels. Les rétractations ont 
entièrement cessé depuis le décret du 20 fructidor dernier. Il 
vient d'en paraître un autre (1) qui oblige les réfraclaires à recon- 
naître la souveraiueté du peuple et de la républi(jue. Ils peuvent 
dire la messe dans leur chambre, mais il ne leur est permis 
que d'y recevoir leur tamille et dix étrangers*. Ce décret regarde 

tous les prêtres. 

Je continue à célébrer la grand messe à Auriac. Le peuple y 
assiste comme ci-devant. Comme je réponds avec énergie aux deux 
bourgeois Vigouroux et Roddier, dans ce qu'ils avancent d'irréli- 
gieux, d'injuste et de faux, ils viennent de porter nenf à dix par- 
ticuliers à appeler l'ancien curé constitutionnel. Honiol [2), qui 
certainement ne leur dira rien*. Je ne sais comment le reste de la 
paroisse le recevra. Ces deux bourgeois lui promettent, au nom 

« Il n'existe entre les citoyens d'antre supériorité' que celle des fonctionnaires 

[Hiblics ». 

(Ij Loi du 1 vendémiaire an IV-2!l septenil)re IVJ:.. Cette loi codifLait les lois pré- 
cé.lentes : S* jour sans cnlottide an II ^uj.i.ression du budget des cultes), 3 ventùse 
an 111 (autorisation et police des cérémonies religieuses^ 12 tloréal an 111 (mesures 
de sûreté contre les prêtres émigrés^ 11 prairial an lll (restitution gratuite aux 
fidèles des églises non aliénées), 20 fructidor an lll (nouvelles mesures de police 
contre les pnHres émigrés). Elle garantissait la liberté à tous dans les limites do la 
loi et du respect des institutions, égalité complète. La liberté des cultes était pro- 
tégée contre les perturbateurs par une série de pénalités graduées (Art. 2 et 3 . La 
neutralité de la voie publique était maintenue (Art. 13 à lo . Le droit commun était 
appliqué aux cultes, la reconstitution dune main-morte empêchée (art. 10 , le culte 
privé autorisé, mais en le réglementant : -. Art. ir,. Les ciTémonies de tous cultes 
sont interdites hors lenceinte choisie pour leur exercice. Cette prohibition ne s'ap- 
plique pas aux cérémonies, qui ont eu lieu dans l'enceinte des maisons particulières 
pourvu qu'outre les individus qui ont le même domicile, il ny ait pas, à loccasion 
des mêmes cérémonies un rassemblement excédant dix personnes ». La déclaration 
de soumission aux lois était exigée de : « Quiconque voulait exercer le ministère 
d'un culte .. : Elle était la suivante : « Art. 6. Je reconnais que l'universalité des 
citoyens français est le souverain et je promets soumission et obéissance aux lois 
de la république ». Voir Mathiez : La Révolution et l'Église. Chap. iv. 

(2) Lire Bouniol. 

Georges Bouniol, né le 20 mars lir.O. vicaire dAuriac en HOO. Prêta serment et 
fut élu^curé de la paroisse le 16 mars 1791, mais ayant rectiQé son premier ser- 
ment fut souuiis à une réélection le ;5 septembre de la même année, puis .lut se 
retracter car il est porté comme « insoumis ■> sur la liste des prêtres que le gouver- 
nement pouvait employer, arrêtée par le préfet en l'an X. Nommé par l'évêque des- 
servant de Lauric, le 22 novembre 1S03, il passa ensuite à Molèdes où il décéda le 
8 avril 1831 Not»' communiquée par M. .1. Delinas). 



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« LIVKE DE COMPTE » 



6 



de la paroisse, 4000 livres assignats et six setiers de blé*. Le 
paysan reçoit très froidement ces propositions et je les y ai disposés 
par le prône d'aujourd'bui, 4 brumaire. Les chanoines Roddier 
continuent toujours à dire la messe dans leur maison. Le plus 
jeune la dit le matin, et beaucoup de monde y assiste par com- 
modité, mais en général, il y a dans cette paroisse fort peu de 
personnes qui, par opinion, })réfèrent leur messe à celle d'un 
constitutionnel. Ils sont indifférents. 

Bkumaire [23 cet. -22 nov, 171>5]. 

Le 4, dépensé à Auriac 8 1. pour une mauvaise chopine de vin. J"ai fait un 
ollicc pour Catherine (iuérin de La Bastide, aumône J'ai prêché au peuple 
le |)rêtne : je vous exhorte à suivre la louable coutume*. — Le 6, l'enterre- 
ment de Marguerite Marion de la Bousseleuf; voyage, prières, messe, sépul- 
ture, pour aumône : demi-quarton blé*. 

Le G, payé à Hobert Charuesse 80 1. assignats quil m'avait prêtés à face 
royale. — Le 9, l'enterrement de Jean Lescure, dit Porte, de La Bastide ; 
voyage, prières, messes, sépulture, pour aumône*. — Le 11, le jour de la 
Toussaint pour les Libéra après vêpres, assignats 48 1. argent 2 1. o s*. 

Le 3 du présent, il a été rendu une loi contre les prêtres réfraclaires. Elle 
a eu son exécution aujourd'hui 11*. 

Le 13, dépensé à Massiac, 12 1. 10 s. pour une chopine de vin*. ~ Le 14, 
déjiensé chez Robert G s. argent gros sous pour une chopine de vin*. — Le 18, 
Marie Gly est revenue lire chez moi. 



Etat de la religion. 

La religion vient de recevoir le coup le plus terrible par une loi 
des premiers jours de ce mois (1). 11 a été enjoint à toutes les 
autorités constituées de faire exécuter toutes les précédeutes lois 
contre les [)rétres réfractaires. Conséquemment tous les sexagé- 
naires étaient forcés de se rendre au chef-lieu de leur département 
respectif et d'y être reclus ; tous les autres étaient sujets à la 



(1) Loi du 3 brumaire an 1V-2;J octobre 1790. « Art. X : Les lois de 1702 et 1793 
contre les prêtres sujets à la déportation ou à la réclusion seront exécutées dans les 
24 heures de la promulgation du présent décret, et les fonctionnaires publics qui 
seront convaincus d'en avoir négligé l'exécution seront condamnés à deux années 
de détention. Les arrêtés fies Comités de la Convention et des représentants du 
peuple en mission contraires à ces lois sont annulés ». 



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AHRÉ GLAIZE 



tléporlalion*. Dans ce département, les gendarmes les ont pour- 
suivis pendant quelques jours avec assez de vi^nuMir. Aucun n'a 
été arrêté nulle part, que j'ai entendu dire \ Ils se sont tous cachés 
pendant trois semaines, mais présentement ils reparaissent dans 
beaucoup d'endroits et y redisent la messe. Cependant les 3/4 et 
demi des paroisses manquent de pnMres, et la majeure partie ne 
veulent pas de sermentés, ce (jui fait voir clairement que si ces 
prêtres ne reprennent leurs fonctions, la religion est en grand 
danger, car le peuple a très peu de confiance en nous*. 

Nous avons aussi éprouvé à Auriac une secousse dont j'ai été la 
principale victime. Les chanoine^ Roddier ont cessé, dès le 11 , de 
dire la messe ; le cadet s'est caché et ne paraît pas encore en public, 
qnoiiiue l'on sache bien qu'il n'est pas loin ; l'aîné, à raison de ses 
inlirmités, a resté dans son appartement, aucun n'ont été recher- 
chés par des gendarmes*. 

Après avoir exercé mes f(jnctions pendant près de huit mois, 
avec assez de liberté, voulant céder à la dévidion du peuple, j'ai 
feint d'ignorer la loi (i), j'ai accompagné les convois en habits de 
clupur. je suis soiti sur le cimetière pour les enterrem.'uts et 
prières aux otrices*. .le n'ai pas cherché à gagner l'esprit des deux 
bourgeois Vigouroux et Koddier qui m'accusent de leur répondre 
avec "trop de fermeté dans les assemblées; ils se sont irrités contre 
moi. ils ont engagé le curé constitutionnel (2) à revenir, il^ m'ont 
fait proposer de nous accorder à moitié peine et moitié profit, je 
m'y suis refusé, j'ai voulu dire la messe malgré eux, le jour des 
morts*. Ce refus et cette obstination de ma part le^ a irrités de 
nouveau contre moi*; ils ont formé une dénonciation (jui n'a pas 
eu de suites, parce que j'ai cessé les fonctions ecclésiastiques 
depuis cette époque, et je suis bien résolu de ne les reprendre .|ue 
lorsque les aiïaires me paraîtront bien plus solides. 

(1) Du 1 ven(iéiniaire an IV-29 septembre 119:-.. 

« Alt. XVI. Les cérémonies de tons cultes sont intenlites hors l'enceinte de 1 édi- 
fice choisi pour leur exercice... . . j 

\rt XI.X Nul ne peut sous les peines portées en larticle précédent icest-a-dire 
une amende qui n excédera pas :;00 livres et -ini ne sera pas moin.lre de 100 livres, 
et un emprisonnement qui nevcédera pas 2 ans et qui ne sera i-as moindre de 
1 mois, et en cas de récidive 10 ans de gène^, paraître en public avec les babits 
ornementaux ou costumes atTectés à des cérémonies religieuses on a un ministre 
d'im culte ». Bul. des Lois. 

(2, Bouuiol dont il est parlé plus haut. 



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a LIVRE DE COMPTE » 



67 



Frimauu: [22 nov.-22 déc. 1795J. 

I.e 1''% les enfants de lîernard Advinen sont revenus lire chez moi, j'ai fait 
marché par cliaque enfant, un (juarton de blé et un arbre capable de faire 
une poutre pour six mois*. Le même jour, François Soulier, Jean et Jeanne 
Farraire, Isabeau Brandon de la Housseleuf sont venus à mon école. De même 
Jeanne Houx de La liastidr. — Le 10, Barthélémy Lescure et François Soulier 
sont venus prendre des leçons de lecture et d'écriture*. 

Le 20, les deux enfants de Farreyre de Villeneuve sont venus à mon école. 



Etat de la heligion. 



( 



La religion ne fait aucun [)rogTès et j'en ai donné les raisons 
dans ma précédente note. Il est fort question de faire exécuter 
contre les rélVactaires toutes les lois précédentes qui les concer- 
nent. Ceux d'entre eux qui n'avaient point cessé ou avaieut repris 
les fonctions ecclésiastiques dans le mois précédent les ont cessé 
de[)uis peu*. Les sermentés en fonctions continuent toujours, ils 
ne font cependant aucune cérémonie liors de l'église (1). Nord se 
passe sans que personne s'approche des sacrements, ce qui n'eut 
pas arrivé si les réfractaires eussent resté en fonctions*. Il paraît 
que Honiol à Auriac fait beaucoup d'offices. Le peuple est assez 
assidu à sa messe. J'y assistai hier, jour de Noël, je fus prié par 
l'agent Glaize de Série d'otficier la messe ce que je lis et beaucoup 
de monde m'en témoigna sa satisfaction en me priant de continuer 
dans la suite ce que je ne crois pas pouvoir*. 

Tout étant dans le plus grand relâchement, les lois sans force, 
les assignats sans valeur (2), la famine dans les villes (3), les 
révoltes fréquentes, les contributions arriérées, n'ayant que de 
faibles moyens pour les faire rentrer, nos troupes harrassées et en 
désertion, l'impossibilité de les faire rejoindre, tout nous annonce 
un prochain changement. Rien ne transpirant dans le gouverne- 
ment, l'homme le plus clairvoyant ne peut rien prévoir. Des plaintes 
générales, un murmure universel confie les agents du terrorisme, 



(1) La loi du 7 vendémiaire an IV le leur interdisait. 

(2) Kn septembre n9.i. le louis d'or de 2i 1. valait 1200 1 
2500 l., au commencement de novembre 40UO 1. 

(3) A Lyon, à Paris surtout. 



en assignats, en octobre 









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68 



ABBÉ G LAIZE 



les assassins et destructeurs des temples, des rois et dos prôtrcs*. 
Dans ces circonstances, nos nouveaux législateurs nous laissent 
entrevoir des regrets d'avoir anéanti la religion et le clergé, et des 
désirs, mais sans doute infructueux, de rétablir en place les prêtres 
constitutionnels. Ce qui me paraît, non pas impossible, mais très 
dilHcile et un moyen même peu propre à rétablir la religion, vu le 
peu de confiance que les peuples ont aux prêtres sermenlés*. 



Anecdotes. 

L'ancien curé de Bonnat (i), étant du nombre de ceux qui 
n'avaient point cessé les fonctions, il y a deux mois, les gendarmes 
s'y transportèrent, comme ils faisaient à celte époque, partout où 
ify avait des réfractaires. Ils furent insultés pai' quelques iemmes, 
et ayant porté leurs plaintes au département, il fut ordonné que 
oO bommes se transporteraient à Hoimat pour recbercber et le 
curé et les coupables, et pour faire rentrer cette commune dans 
son devoir*. La semaine dernière, cet ordre a été exécuté. Cinq à 
six brigades de cavaliers, et autant d'bommes pris, soit dans la 
garde nationale de Saint Flour, soit dans celle de Massiac, se sont 
rendus, au nombre de soixante, à Bonnat où, étant arrivés, ils 
ont été répandus dans la Commune aux frais des particuliers, ils 
n'ont fait qu'y prendre deux repas, ayant reconnu i^ue le bon 
esprit régnait dans cette commune. 

A iNécbel (2), près Clermont, où plusieurs réfractaires s'étaient 
réunis, est arrivée, ces jours derniers, une rixe au sujet de la 
religion. Deux femmes, dit-on, y ont péri et deux prêtres non 
sermentés s'y sont brûlés la cervelle, et les autres ont été pris et 

reclus*. 

A Massiac, l'abbé Beddon, ancien curé de Laubillac (3), prêtre 
sermenté et retracté, fut arrêté par les gendarmes, la semaine 
dernière. Il a soutenu (jue faussement on le disait rétracté; nulle 

(1) Lire Bonnac, chef-lieu de commune, canton de Massiac Cantal). 

(2) Lire Neschers, chef-lieu de commune, canton de Champeix, arrondissement d"ls- 
soire (Puy-de-Dùme). 

(3) Lire Lubilhac, chef-lieu de commune, canton de Rlesle. arrondissement de 
Brioude fllaute-Loire). Ce Keddon était curé de Lubilhac en ITÏîi. 



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« LIVRE t)E COMPTE » 



69 



pièce autbentique de rétractation n'ayant été trouvée, il a été remis 
en liberté. Il y a dix-lmit mois qu'il aurait été mis à mort, sa 
rétractation étant connue de tout le monde, cela prouve qu'aujour- 
d'bui l'on ne veut pas la mort du pêcheur*. 

NivosE [22 déc.-9o -21 Janv. 1796]. 

< Le 4, dépensé à Massiac 6 s. argent pour une chopine de vin. — Le 6, à 
Auriac dépensé 18 s. argent pour une bouteille et demie. En diflérenles occa- 
sions, j'ai dépensé 2 1. argent. > 



RtAT de LA KELIGION. 

La religion est à peu près dans le môme état que le mois pré- 
cédent. La confiance du peuple pour les prêtres sermentés n'aug- 
mente pas. A Massiac, à Blesle, ils redisent la messe, mais très 
peu de personnes y assistent, et ce sont encore pour la plupart des 
gens de la campagne. Ce()endant les paroisses d'Auriac, Laurie, 
Molède, Luceau (1), Allanche ne font pas en général cette diffi- 
culté, et le peuple assiste en assez grand nombre aux olfices quoique 
célébrés par un constitutionnel*. Les églises ne se réparent nulle 
part, et il semble que dans beaucoup d'endroits on va les laisser 
tomber en ruines, et, à moins que les peuples, par pure dévotion, 
ne fassent ces frais, le gouvernement ne s'en mêlera pas*. Il paraît 
même favoriser le parti contraire en privant les prêtres qui se sont 
remis en exercice de la jouissance des jardins qui dépendaient 
des cures. 

Il est certain que les prêtres réfractaires célèbrent la messe, 
mais dans des chambres, la nuit et très secrètement. La gendar- 
merie les recherche avec assez de soin, elle est souvent en course 
à ce sujet. Cependant aucun dans ces environs n'a été arrêté, si 
bien ils sont servis par leurs partisans qui les avertissent toujours 
à propos du moindre mouvement contre eux*. 



(1) Lire Lussaud. 



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ABBE GLAIZE 



Anecdotes. 



Du côté de Monde, Fiodez, Chaudesaigues (1), il se commet jour- 
nellement des assassinats et des pillages par des trentaines de 
brigands masqués. Kntre autres, le 13 janvier, ils ont été au nom- 
bre de huit, dont cinq à six étaient masqués, cbe/ le curé de 
Saint-Rémy (2), aux environs de Chaudesaigues. lui ont enlevé 
pour 120.000 francs d'etlets, argent, assignats ou meubles le tout 
évalué en assignats (3). Il y ont été en plein jour et ne lui ont 
aissé la vie que pour huit joiir< en lui assurant que, s'il ne s'était 
pas rétracté à cette époque, ils reviendraient pour le tuer. Il s'est 
retiré à Saint-Flour*. 

Le pillage qu'ils firent et le massacre qu'ils voulaient faire chez 
Vaissade de Saint-Urcize [ï) est consigné dans un imprimé*. 

Le massacre d'un médecin, maire de , leur attention à le 

faire confesser, etc*. L'on prétend que ce sont des émigrés rentrés, 
des prêtres réfractaires et autres individus qui se joignent à eux*- 

(1) Chaudesaigues (Cantal), chef-lieu de canton. 

(2) Saint-Héiny, chef-lieu de commune, canton de Chaudesaigues, a M kiloniùtres 
de Chaudesaigues. 

(3) Le 2-i ventôse anIV-21-24 février 1796. les habitants de la commune de Saint- 
Rémy étaient par jugement du tribunal civil du département condamnés à une 
amende de 235.055 l. « pour la valeur des meubles et etTels enlevés dans la maison 
du citoyen Pages, ex-curé de cette comumne. par une band.' de brigands armés et 
masqués, faute i>ar eux (i'avoir pris aucune mesure pour prévenir ces délits. La 
munici[)alité devait verser la sotnme dans le délai d'une décade « plus, pour Irais 
d'impression, la somme de 4S 1. en numéraire ou de 12.240 l. en assignats ». Arch. 
dép. Cantal. Admin. du dép., L 31. fol. 64 v». 

(4) Saint-Urcize, chef-lieu de comnmne, canton de Chaudesaigues, à 11 kilomètres 
de Chaudesaigues. 

« Le 15 frimaire-7 décembre, sur les 7 à 8 heures du s..ir. une trentaine de bri- 
grands masqués et armés de fusils et de pistolets ont enlevé de la maison du citoyen 
Pierre Vaissade tous les elTets servant à Ihabillement, des denrées de première néces- 
sité, ils auraient massacré le citoyen Vaissade, acquéreur de biens nationaux s ils 
l'avaient rencontre, ils ont annoncé qu'ils reviendraient dans la quinzaine pour 
l'assassiner, et ces attentats horribles ont tellement porté la consternation et l'épou- 
vante parmi le peu de patriotes qui existent dans cette commune que personne n'ose 
plus se déclarer tel. — Procès-verbal de la gendarmerie de Chaudesaigues présenté 
à l'administration du département le 27 frimaire ». L'administration transmit le 
procès-verbal au tribunal civil qui, le 20 pluviùse-31 janvier, condamna les habitants 
de Saint-Urcize a payer GO. 000 1. « pour la valeur des meubles et ellets enlevés de la 
maison du citoyen Vaissade ... dans le délai d'une décade. Arch. dép. Cantal. Admin. 
du dép. L 31, fol. 37 r" et fol. 54 v». 






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« LIVRE t)E COMPTE » 



Pluviôse [21 janv.-20 fév. 1796]. 



71 



< En différentes promenades à Massiac, j'ai dépensé 1 1. .. 10 s. — Le 18, 
j'ai vendu six quaitons seigle à 3 1... 10 s. argent au citoyen Aubuxhoux 
d'Auriac. — Le 24, j'ai perdu tout espoir de jouir de mon titre clérical par 
une sentence du tribunal de SainL-FIour qui a déclaré que tous les litres clé- 
ricaux étaient indistinctement supprimés. Les frais de cette demande mon- 
tent pour moi à 27 livres argent. Les frais ont été compensés. > 



Etat de la religion. 

Le carême se passe et quebjues bonnes femmes seulement 
observent la loi du jeune, tout le reste se contente d'en plaisanter. 
Dans les paroisses ci-dessus nommées, le peuple assiste assez 
régulièrement aux oliices célébrés par les constitutionnels*. Les 
habitants des villes y font très peu d'attention, comme Blesle, 
Massiac, etc. A Saint-Flour, il n'y a point de messe, ni dans tous 
ses environs, les prêtres sermenlés y étant très mal vu. Dans mon 
dernier voyage à Saint-Flour, le 24, à peine mes plus intimes 
amis ont daigné répondre à mon salut, il est inconcevable jusqu'à 
quel point cette ville a été fanatisée par les réfractaires et aristo- 
crates*. J'ai entendu prononcer ce crime par une dame des plus 
dévotes dans l'ancien légime : « Si ce scéléiat (en parlant de 
Corin (1), prieur des Jacobins de Saint-Flour, honnête homme et 
honnête prêtre), si ce scélérat s'avisait de dire la messe, nous 

(1) Coren (alias Corein) Pierre Antoine, né à Aubiguan (Comtat Venaissin), le 
29 juin 1751, religieux dominicain du couvent de Saint-Flour, était en 1790 le seul 
religieux habitant le couvent. Prêta serinent en qualité de vicaire de la cathédrale le 
dimanche 10 juillet 1791. Le 20 frimaire an 11, Coren vint déclarer à rassemblée 
municipale qu'il renonçait à toutes les fonctions ecclésiastiques et ne désirait d'autre 
titre que celui de citoyen. 11 déposa ses lettres de prêtrise. Le 24 germinal an II, le 
Comité de surveillance révolutionnaire de Saint-Flour lui délivra un certiticat de 
civisme. Le 1 1 frimaire an IV, il est nommé administrateur municipal temporaire. En 
acceptant cette fonction, il déclare n'avoir provoqué ni signé aucun arrêté séditieux 
et contraire aux lois, et n'être parent ni allié d'émigrés. Coren fut attaché à l'Ecole 
Centrale du Cantal qui avait son siège à Saint-Flour, en qualité de bibliothécaire. 
Le 18 thermidor an XI, Bonaparte, premier consul, le nomma sur la présentation de 
l'évêque de Saint-Flour, chanoine de la cathédrale. En 1804 Coren était membre de 
la Loge maçonnique « La Parfaite Union » de Saint-Flour. Coren mourut à Saint- 
Flour, le y février 1810, dans sa maison sise place d'Armes; il était à ce moment 
chanoine de la cathédrale. (Note comnmniquée par M. Bélard). 



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ABBÉ GLAIZÊ 



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réL^or-erions* .. . Les prêtres conslitulioniicls à Saint-Flour en sont 
si bien persuadés qu'aucun ne s'est avisé de redire la messe, 
quoi(iu"ils y soient en assez grand nombre et dont plusieurs dans 
la nécessité depuis que le gouvernement ne nous paye plus la 
pension\ J'étais tenté dans Tancien ré-ime à croire que la religion 
n était qu'un masque dont tous les hommes se couvraient*. G était 
de ma part une véritable erreur*. La masse du peuple croit véri- 
tablement à la vérité de la religion catholique, quoique, dans les 
circonstances présentes, il néglige beaucoup de ses préceptes*. 
Mais il est fort à craindre que les principes républicains prennent 
le dessus, et ne renversent entièrement les principes de la religion 
dont le maintien seul, à mon avis, peut rétablir la paix et le 

bonheur. i • /j\ 

Dans le courant de ce mois, l'on a remis en vigueur une loi (1) 
rendue depuis deux ans qui n'accorde que dix jours aux prêtres 
rét'ractaires pour se présenter aux administrations. Ce délai passe, 
ils seront recherchés très soigneusement, et ceux qui seront pris 
seront, dans les 24 heures, condamnés à mort. Pour ceux qui se 
seront présentés dans le délai, les sexagénaires seront reclus au chef- 
lieu du département, et les autres déportés à la Guyanne française. 
Le 3 ventùse, à Massiac. Ton a arrêté Tancien curé de Samt- 
Rtienne-sur-Massiac (2), il a été conduit à Aurillac. Ses partisans 
ont débité qu'on lui avait mis un bridon à la bouche, mais, m en 
étant informé, j'ai reconnu que c'était un faux bruit méchamment 
inventé*. H est cependant certain, et l'on vient de me l'assurer, 
.|u'avanl d'entrer dans Saint-Flour, les gendarmes lui proposèrent 
de descendre de dessus la charrette, afin de n'être pas distingué. 
Il s'y est refusé, voulant par là, il y a apparence, exciter la pitié 
du peuple de Saint-Flour ou le porter à un soulèvement, mais 
compter sur le peuple, c'est compter sur un appui bien incons- 
tant*. Cependant tout le peuple réuni à Massiac [)our la foire 
témoigna une grande compassion lorsqu'on lui faisait traverser la 
foire*. Le délai n'est pas encore expiré et il paraît ne devoir être 
condamné qu'au bannissement. Celui qui le recelait à Saint-Etienne, 
et celui ([ui l'y avait accompagné furent pareillement arrêtés*. 

(1) Loi du 29 vendôniiaire an 11-20 octobre 1793. 

(2) Saint-Etiennc-sur-Massiac. hameau de la commune de Massiac. 



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« LIVHE de COMln'E » 



Ventôse [20 fév.-21 mars 179G] . 



73 



< l.e l*"', Louise Valon est venue à mon école. — Le 3, dépensé à Auriac 
4 s. argent pour une rhopine de vin. -- Le 10. idem. Aujourd'liui les deux 
entants de Farreyre de Villeneuve ont commencé à dire deux l'ois par jour. > 



Ltat de la religion. 

La quinzaine de F^\ques se passe et quelques femmes seulement 
s'approcbent des sacrements à Auriac, mais à Laurie presque tout 
le monde, liommes et femmes excepté ceux du parti des réfrac- 
taires, s'approcbent des sacrements. Au reste la religion languit, 
et Ton se contente d'en garder le silence dans les sociétés un peu 
nombreuses, cependant Ton croit communément que la religion 
ne peut se soutenir avec la république, au maintien de laquelle 
l'on fait de grands préparatifs de guerre. Tout le reste de la pre- 
mière réquisition est exactement demandé et recherché : malades 
ou bien portants, mariés ou non mariés, tout est demandé présen- 
tement*. Dans tout le canton de Massiac, le seul Jean Charuesse 
d'Aulhiac (1), commune de Laurie, s'est trouvé bien portant. 
Deux chirurgiens sont nommés pour visiter les malades, leur avis 
est donné individuellement et envoyé sous cacbé au département, 
d'après lequel le département ou plutôt un commissaire nommé 
ad hoc statuera si le garçon est en état de porter les armes ou 
non*. Dans ce que nous appelons la montagne, Peyrusse, 
.lonzac (2), etc., presque tousse cachent et plusieurs de ces garçons, 
malheureux au dernier point, passent par La Bastide sous l'habit 
de [)auvre. 

Depuis peu de jours l'abbé Lompré (3) de Blesle, voyant que 
personne n'assistait à sa messe, a quitté sa patrie et s'est allé 
établir à Molompise (4) où il célèbre*. Je ne sais comment il y 
[)rendra, cette commune a été très fanatisée*. 

(i) Lire Auliac. 

(2) Lire Joursac, chef-lien de commune, canton d'Allanche. 

(3) Pierre Segret, dit Lompré, religieux prcmontré, puis curé constitutionnel, né 
le 12 lévrier 1762. 

(4) Molompize, chef-lieu de commune, canton de Massiac. arrondissement de Saint- 
Flour (Canlal/. 



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Les rélrac.aircs so .ont encore une fo.s cchpses. .1 a entendu 
Jire (H.une douzaine dans l'étendue du déparlemen ont et. 
arrêté. S'ils célèbrent, ils se cachent bien exacte.nenl, car on 
";:, entend plus parler. L'aîné des abbés Uoddier, d Aur.ac, d.t du 
M uéchal à raison de ses inlirmités est encore chez lui, on e 
n,:::'; tous les jours de le fa.re part.". Il y a huit jo.n. ,ne le 
cadet est reparti pour CJermont où il est en liberté, d,t-on. 

Gkuminal 121 in:us-iu avril 1790]. 

^ I e - ,l..no„s,.i s f. Auriac. - l.elt, d-Tensé 17 s. ,hei la l.uque. - Le 

^ l.e ".''1 '■';', 'J". _ „„i,,., ,,„ ,„in„ur. 13 sous de ,>r>eres, rein- 

•21,d«'i\pnse 4 S. a Auiiat. aux mv. I o 25, 

U. sous eu cuivre, 7 pièces de 12 s. eu argeului ont t.ul l. >• de p.ohl. > 



Etat de la uEur.ioN. 

La religion est toujours concentrée dans l'enceinte de ses 
.•.,!::es. A:^unac, >1 ne s'est confessé guère plus que le qua.a d 
lemmes \urun homme absolument ne s'est approche un g. and 
nombre denlanls vont laire la première communion, e n a, pas 
Clndu dire qu'aucun autre prêtre constitutionnel a. repris .le 
, eu. ses .' nctions-. A Molompize, labbé Lompré continu 

: célébrer, mais ,,iebiues personnes du bourg seulemen y 
as;,stent, les villages tenant lort pour le parti des .^etruc.a, e^^ 
L'on parle beaucoup dune assemblée de prêtres qui -'-^ ;« «^^ 
à l>„is, le mois prochain de mai", bien veuille qu il en puisse 
résulter la r,-.uniou : L'on parle beaucoup de pai.x avec 1 empe- 

"L'oÏ'ni'a assuré que dans le Gévandan ou Lozère les prêtres 
rél'raclaires y célèbrent avec toute liberté, que ^^^^l^^^;^ 
V donne des missions aux prêtres et les place ainsi que dans 1 an- 

cioii régime. 

(1) L'empereur d'Autriche. 




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<( LIVHE DE COMPTE » 



Anecdote* 



1X^ 



Il V a un jubilé au Puy-en-Vclay, toutes les fois que Notre-Dame 
de m-ii-s se trouve le Vendredi-Saint, ce qui est arrivé Tannée pré- 
sente* Dolcher (1), ancien curé de Saint-Pierre de Hrioude et 
évèque constitutionnel du Puy, résidant actuellement à Bnoude, a 
pris une ^^arde de cent hommes à Hrioude, après y avoir levé une 
somme de 150.000 francs assignats, et ainsi escorté et payé, il 
s'est transporté au Puy où il a fait gagner l'indulgence à tous^ 
ceux qui y ont eu dévotion*. 

Floréal [20 avril-20 mai 1796]. 

< Le 6 veudu 6 quartons or^e à 3 L, total 18 1. ~ Le 15 vendu à Allanche 
4 rlrtons froment à raison de 4L, 18 s.; total 19 L 12 s -Le même jour 
acheté un chapeau . L, plus dépensé 12 s. J'ai acheté 1570 1. ^^^'^ 
Oins argent que jai donnés au percepteur, montant de ma taille de 1 an .L 
-'\ l'enterrement de Tornichu de Serre, volontaire, 5 s. de prières, rétribu- 
tion. - Aux otllces de Ribeyre de Serre, 8 s. prières, rétribution. - Aux 
olUces de la Jacotte de Chazelles, 6 s. prières (2). > 



Etat de la religion. 
L'assemblée de prêtres à Paris n'a pas eu lieu*. Une loi (3) nous 

(1) Dclch.r Etienno^ né à Hriou.le ; Haute-Loiro) en 1732, élu le 21 mars 1791 évoque 
con titulionnel .le la Haute-Loire, en 1800 m et 24 sept.) tint un synode a Bnomle, 
au Concordat devint curé de l'église Saiut-Julien de lirioude ou il mourut en 1806. 

(2) Suit un acte de lî.ipti'mc. 

'3) Loi ilu 22 .'crminal an IV 11 avril 1196 (2 art.) : . .■ ,- 

;, Art K" Tout individu qui, an n,épris de l'article vu [Aucun s.gno particul.er 
à un aille ne peut Clro placé ,lans un lien public, ni extérieuren.onl de quelque 
n,! iCT qnc ce soil. Aucune iascriplion ne peut désigner le l,eu qu, lu, estanec e. 
r,t ne pruclamation. ni convocation publique ne peut cHre fa.te pour y ,nv,ter les 
ci 'vcns de la loi du H vcnlftse an 111, ferait aucune procla„,at,on ou convocafon 

, iq"e soil au son des cloches, soit de toute autre ,nanière, pour ■nv,tc.- les 
Ctovcns a l'exercice d'un culte quelconque, sera pun,, par vo.e de po , ce correction- 
nelle "l'nu nnpris.,nne,uentqu, ue pourra èU-e .noindrc de 3 décades, n, «céder 
i; uM.is pour la pre.nière l'ois, et une année en cas de rec.d.ve, 

Arl - I es u.inislres d'un .■ulte qui fci-aient ou p,-ovoqueraient de pa,-e,lles convo- 
catious'en qui, insfuits de la publicité de la convocation d'une assen.blée, y ewr- 



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76 



ARBÉ G LAIZE 



à défendu l'usage des cloches en nous interdisant la convocation 
de toute assemblée par aucun signe que ce soit. Les réfraclaires 
no me donnent lieu à aucune observation. A la deuxième f>te de 
la Pentecôte, j'ai été témoin à Laurie d'un pébM'inage nouveau : 
une vingtaine de femmes de Rlesle du parti des réfractaires sont 
arrivées à Laurie en forme de procession, sont entrées dans l'église, 
vont dit le rosaire, y ont chanté plusieurs cantiques, des hymnes 
à la Vierge, pendant près de deux heures et, ayant entonné les 
litanies de la Vierge, en sont reparties en chantant à la vue de 
tout le peuple qui était très nombreux, sans parler, ni s'arrêter 
chez personne*. 

A Molompize, où il est pareillement fête le lundi de la Pente- 
cote, les gens du parti des réfractaires dansaient sur la place dans 
le temps que les patriotes assistaient à la messe. 

Prairial [■20 mai-10 juin 1796]. 

<Le 3 pour les exploits aux fins de faire i»;irtai;er l'eau de la Devesse (i) 
12 s., dépensé 4 s., deux pots (2) 3 s. — Le 11, à l'audience du susdit exjiloit, 

5 s., pour enregistrement dud. exploit ; 10 s. assignats pour le papier 
marqué; 10 s. de dépense. — Le 12 à Blesle chez Hipaille 12 s. d'écot ; pour 
un pot de vin un quarton froment. — Le 14 chez la Suque 6 s. de dépense. 
— Le 13 pour la boide de la Pinide et pignatelle (3) des (ily de La Hastide, 
14 bouviers, dix cartes de vin, 14 livres de viande, 19 livres de [)ain passé, 
2 douzaines et demie œufs, 2 froma^^es, 2 tommes (4). Pour Lécole des 
4 enfants (dy pendant Ihiver, il m'ont cédé li poutres et 4 tenailles. Pour 
faire Técole à 7 enfants de Barres, de Cascari, et de (lounont {r>), pendant 

6 mois, j'avais convenu un (juarton de blé pour chaque enfant et un arbre. 
J'ai reçu 8 arbres, plus 7 ([uartons blé. — Le 17 à Massiac dépensé 8 s. J'ai 
acheté 2,000 tuiles dont 1.200 me coûtent un setier blé et 800, 24 1. argent. > 



ceraient quelque acte relatif à leur culte seront punis, pour la première fois d'une 
année de prison ; en cas de récidive, iU seront condanmés à la déportation ». 

Bi/l. des Lois. 

{{) Pré dont une partie appartenait a labbé. 
(2) Le pot vaut 15 litres. 

(3^ Bois de pins qui se trouvent sur le territoire de la counuune de Molompize, à 
la limite de la commune d'Auriac. 

(4) Fromages blancs. 

(5) Barry, Cascari, surnoms de 2 familles de La Bastide; Gounû (ou Gounout), 
surnom d'une famille de La Bousscleuf. 



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« LIVIŒ DE COMPTE » 



Etat de la nELiGioN. 



77 



Le refroidissement pour la religion, chez les hommes surtout, 
augmente tous les jours. Depuis le retour de la belle saison et des 
travaux, la messe est fort peu fréquentée, et si elle Test, c'est 
par manière d'acquit et sans dévotion ou seulement pour faire les 
affaires, et c'est un véritable rendez-vous*. Les enfants sonnent la 
cloche quelquefois avant de commencer la messe. Les réfractaires 
sont cachés et plusieurs disent la messe secrètement. Les fidèles 
enterrent leurs morts sans les cérémonies ordinaires, même à 
Auriac, quoi(|u'ils aient la commodité des prêtres constitutionnels. 
Jeanne Roddier, femme à François Job, Toureau, a été ainsi 
enterrée dans le courant de ce mois. Gela a paru bien déplacé à 
bien du monde, et si ridicule à ceux qui s'en aperçurent qu'ils se 
demandaient si c'était une vache que l'on enterrait*. La religion 
et les prêtres sont entièrement ignorés de la part du gouvernement*. 

Messidor [10 juin-19 juillet 1796]. 

< Mon pré étant divisé en 5 lots, les 2 premiers qui contiennent chacun 
400 toises ont été affermés à Lamant et Cailloux du Ghantegeal (1) lu 1. argent 
et i:i quartous blé, les 3 autres dont le l*'' contient 400 toises et les 2 autres 
:m) toises ont été affermés seulement 2G 1. argent et 8 quartons blé à Ghazal 
de Ghantegeal et à Servent de Blesle. Gela s'entend du foin seulement. Peu de 
jours après, j'en ;n re<;u 41 1. le blé m'étant dû. 

Mon beau frère Delaurier m'a mené 880 tuiles avec ses 3 paires de bœufs 
et une paire de vaches. Dépensé à Massiac 3 cartes (2) de vin et une salade, 
ayant porté le pain et le fromage. A Ghazelles, dépensé 3 cartes et pinte de 
vin, la moitié d'un veau 2 1. payée à Farraire de Villeneuve. Raimond de 
Plany i3) m'a porté 1,120 tuiles avec 4 paires. Il m'en a coûté pour voiture 
4 1. Total 1()-1. Dépensé à Massiac 2 cartes de vin, à Ghazelles 3 cartes, ayant 
fourni le reste . 

Total de ce que me coûtent 2,000 tuiles. 

1. s. d. 

1° 8 quartons seigle à 5 1. le quarton font 40 1. cy 40 

plus argent 24 1. cy 24 

(1) Lire Chantejail, village de la commune de Blesle, canton de Blesle, arrondis- 
sement de Brioudc (Haute-Loire). 

(2) Une carte vaut 2 litres. Cette mesure n'est plus employée. 

(3) Lire Plagne, hameau de la comnmne de Blesle (Haute-Loire). 



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Total du vin, 12 cartes à 14 s. montent 

vSalade, 12 s. 

Viande, la moitié dun veau 

Fromages, 5 à 6 s. 

Œufs, deux douzaines et demie à 4 s. 

Pain, un quarton Ldé à o 1. 

Graisse, demi-livre lard et demi-livre beurre, ensemble 

Pour voiture à Raimon, 16 l. 

Pour vinage à Haimon, en deux fois à Hlesle 

TO ÏAI 

11 s'en est brisé une quarantaine. 

Je dois à Cbapuis 21 cartes de vin à 14 s. montent 
Plus une salade, 12 s. 



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12 s. 


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10 




10 


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12 


16 




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8 s. 


14 1. 


14 s. 




12 s. 



Total 



l:'. 1. 6 



Etat de la religion . 

Sous un tri p^ouvernement il ne faut pas s'attendre à l'accrois- 
sement de la religion, le mépris pour les messes est à son comble. 
On s'en empasse sous le plus léger prétexte*. Le gouvernement 
vient de terminer l'exploitation des biens de l'église en faisant 
vendre les presbytères ou maisons curiales*. Il ne reste provisoi- 
rement à la religion que les églises. 

Ce mois-ci et le piécédont sont remarquables par les grandes 
victoires (\) remportées par les Français on llalie et sur les bords 
du Rhin contre les armées impériales des deux colés. Pour le 
moment la guerre est plus violente que jamais, l'empereur ayant 
arrêté dans son conseil de se battre à outrance. 



Fête républicaine. 
La fête de la Victoire (2) fut célébrée à Massiac, le 10 du pré- 

(1) En Italie, victoire de Borghetto (30 mai) remport.''e par Bonaparte. En Allema- 
gne, victoires de Reuchen, Rastadt, Malsch (juin) remportées par Moreau sur 

La Tour. 

(2; Nous n'avons pas reti'uuv.- le procè3-verl»al ollicicl de ces fêtes. Les re^Mstres 
des délibérations de la municipalité de Massiac sous la Révolution ont disparu. 



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(( LIVKE DE compte » 



79 



rent*. Un théâtre fut dressé au bout de la place contre la porte 
cochère du jardin du château. Un demi-cercle de branches de 
chêne, garni de guirlandes de fleurs en faisait tout l'ornement. 

Le commissaire du pouvoir exécutif Altéroche (i) s'y rendit 
sur les 3 heures précédé d'une douzaine de gardes nationales et 
d'un tambour*. Monté sur le théâtre qu'on nomme aussi autel de 
la patrie, il fit un discours sur les victoires remportées par les 
républicains, tant contre les ennemis du dehors que contre les 
différents partis du dedans. Le discours n'était pas mal construit, 
mais l'orateur manquait de voix et de gestes et de cet air imposant 
qui en imprime tant au peuple*. C'était une voix nulle et un dis- 
cours perdu. Il fallait être aussi près que j'étais pour pouvoir en 
juger. 

A la suite de ce discours parurent les couronnes de feuilles de 
chêne dont furent couronnés d'abord les défenseurs de la patrie 
blessés : il s'y en trouva i à o, puis les pères des défenseurs. La 
liste de ceux qui sont à la défense de la patrie y fut lue, mais très 
incomplète, ce qui fut cause de certains murmures*. L'on reçut 
ensuite et fit prêter serment de fidélité à la république et de haine 
au roi aux otliciers de la garde nationale du canton. 

Il fallait ensuite des hymnes patriotiques, mais une douzaine 
d'hommes du commun qui couvraient le théâtre ne pouvaient pas, 
par leurs chants grossiers, couronner une fête si solennelle et si 
peu solennisée*. 11 fallut choisir dans le parterre toutes les beautés 
de Massiac el les installer sur Taulel pour exécuter ce dernier 
acte. L'abbé Vigouroux eut comme savant dans l'art de plaire aux 
dames celte commission. Il y en introduisit huit qui s'acquittèrent 
aussi bien qu'elles purent de cette partie. Ce fut tout ce qu'il y 
eut de mieux. Vinrent eusuite les danses, mais comme elles ne 
sont amusantes que lorsqu'on a le ventre plein, le cœur gai et 
l'esprit content, elles ne furent pas de longue durée pour les gens 
qui se souviennent à chaque instant qu'on égorge nos frères sur 

(1) Durand Michel Altaroche (et non Alteroche), né à Massiac le 23 août 175o, avo- 
cat et entrepreneur de mines et manufactures en 1789, président du Conseil f^^énéral 
du département en 1792, accusé de fédéralisme et transféré à Paris où il fut ac(iuitté 
par le tribunal révolutionnaire, commissaire du Directoire près l'administration 
municipale du canton ile Massiac en l'an IV, juge au tribunal en l'an V, commissaire 
du gouvernement près le tribunal de Saint-Flour et membre du Conseil général en 
l'an VIII, mort le 2 novembre 1811. (.Note communiquée par M. J Dclmas). 



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ABBÉ GLAIZE 



les frontières, à qui le cœur sera à jamais navre des massacres de 
la Révolution, de la perte de leurs parents, de leurs amis, de leur 
état, de tous les movens de subsister*. 

En général ces fêtes dé[)laisent et l'esprit de curiosité môme 
n'y conduit pas le peuple. 11 s'y ennuie, il traite cela d'amusement 
d'enfants. Les administrateurs, les gendarmes, quelques gardes 
nationales, quelques curieux oisifs, (juelques critique^, (juehjues 
enfants en funt toute l'assemblée*. Toute personne sensée méprise 
ces nouveautés, et. à mon avis, elles sont par elles-mêmes très 
méprisables, il n'y a rien de grand, rien de sublime : tout y 
abaisse l'bomme au rang des animaux, au lieu de l'élever au des- 
sus de sa nature et lui donner une idée noble de son être. 

Thermidor [l9juillot-18 août 1706]. 

<Le G. dépensé 4 s. à Auriac. — Le 13. idem. — Le 20, dépensé 2 1. [tour 
2 livres de pain, une salade et deux bouteilles de vin bues à l'enclos de .Mon- 
sieur avec Paul Ilodier et Jean Delaurier. — Le 27, dépensé à Auriac 5 sous. 
— Le 30. à Auriac dépensé 2 s. fi d. — Le 27, j'ai re<;u la procuration de 
mon frère. > 

Etat de la religion. 

Il est évident (jue le gouvernement mine en dessous la religion, 
pnr rétablissement des fêtes républicaines (1). Les 9 et 10 août 
ont été célébrés à Paris par des jeux, des courses à pied et à clie- 
val, des danses publiiiues. 

A Molède, le jour de la saint Hocb. àLaurie, Notre-Dame d'Août, 
à Cbarmensac, le joui' de la Saint-Laurent ont été célébrés comme 
anciennement*. J'y ai été présent à Laurie et les reinages se sont 
montés jusqu"(à un total de 36 livres. 

A Peyrusse, il y a depuis peu un pi'être constitutionnel. L'on a 
donné la chasse au réfractaire, on lui a enlevé son calice et orne- 
ments*. Le particulier chez lequel on les trouva offrait cent écus 
pour les retenir, mais cela lui a été refusé. L'on assure (|ue son 
|)arti s'affaiblit beaucoup, le constitutionnel y prend un peu de 
conliance. 



1) Elles tHaient célébrées surtout au décadi. Les f.Hes décadaires avaient été insti- 
tuées par la loi du 18» jour de tloréal an 11-8 mai 1794. 




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(( LIVRE DE COMPTE » 



81 



A la Saint-Jacques, au Bru (1), il y a eu une rixe qui allait deve- 
nir très sérieuse, les deux partis étant armés de faulx. de pistolets 
ou de fusils, et la différence d'opinions en fut la cause, car une 
partie des gens de la fête, ayant méprisé la messe du prêtre cons- 
titutionnel qui se célébrait au Bru, furent l'entendre au Maigre (2) 
ou un Glaize du Baladou, paroisse de Sainte-Anastasie (3), prêtre 
rétracté, la disait, et, à leur retour au Bru, la dispute commença, 
mais elle se calma heureusement sans accident*. 

Depuis un an nous n'avions rien reçu de notre pension, il est 
fort question dans le gouvernement de nous faire payer. 

Nos victoires se perpétuent dans l'Italie et du côté du Rhin (4). 
La république prend d'autant plus de force. Cependant sa mon- 
naie est tombée dans un grand discrédit, les mandats pendant le 
cours du mois thermidor n'ont valu que 2o à 30 sous le cent*. 
<Aujourd"hui 8 fructidor, ils sont remontés jusqu'à 5. 6, 7, 
8 livres le cent.> 

Fructidor [18 août-17 sept. 1796], 

Le 4, à Auriac dépensé 4 s.; à Massiac dépensé 4 s.; 10 s. de port de lettre. 
- Le ••), à Auriac dépensé 18 s. — Le 9, j'ai payé la moitié de ma taille de 
mon pré montant 17 1. argent avec 150 1. mandats que la nation prend à 
8 capitaux [lour un et que j'ai achetés 8 1. le cent de Paul Hoddier. J"ai sur- 
payé de 14 1. mandats. — Le 11, le jour de la Saint-Rarthélemy, dépensé à 
Auriac 44 sous. — Le 13, vendu ma paille à mon beau-frère (iiraud r. 1., 
plus un char de fumier, 2 journées à vache ; il me fauchera un rang autour 
de mon pré, c'est la paille d'un quarton et demi de seigle — Le 14, un quar- 
ton d'orge m'a produit 10 quartons, un quarton et demi de seigle m'a pro- 
duit 18 quartons. — Le 18, dépensé à Auriac 11.3 s. — Le 22, pour faire 
porter mou chanvre à La Bastide, une bouteille de vin i>rise chez la Suque 
12 s, — Reçu le (juarlon d'orge que Jean Hoddier me devait. — Le 25, à 
Auriar dépensé 5 sols. — Le 27, à Massiac pour mon dîner 1 1.. pour deux 
exploits, papier marqué 10 s., signature de l'huissier 10 s., fourni 4 s. h 
Bernard Advinen i^our du tabac ou papier. — Le 1" jour complémentaire à 
.Massiac pour contrôle de deux exploits 15 s.; pour enregistrement à l'huis- 



(l)Le lîru, village de la commune de Cbarmensac, canton dAllanche, arrondisse- 
ment de Murât (Cantal). ^ 

(2) Le Maigre, village de la commune de Cbarmensac. 

(3) Sainte-Anastasie, chef-lieu de commune, canton d'Allanche. 

(4) En Italie, victoire de Castiglione (1-5 août) remportée par Bonaparte sur Wurm- 
ser. En Allemagne, victoire de Neresbeim Ml août) gagnée par Moreau contre lar- 
chiduc Charles. 



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ABBE GLAIZE 



sier r» s. pour '^ chopines de vin 15 s. Total 11. lo s, 
menlaires ') s. à Auriac de dépense. > 



Le 2 des complé- 



État de la religion. 

La religion n'oiïre pour ainsi dire rien de remarquable pen- 
dant ce mois*. Les messes sont très peu fréquentées les dimanches, 
surtout les grands messes. Le peuple se disperse à Blesle, à 
Massiac et manque la messe sans aucun remords, ce qui autrefois 
en aurait causé un bien sensible. 

Les presbytères se trouvent biens vendus et les curés obligés 
de les abandonner, tel que celui de Laurie qui ne l'habite plus. 

Ci'est du 15 vendémiaire que j'écris celte note, et, ces jours 
derniers, nos troupes ont été repoussées avec perte, obligées de 
repasser le Rhin ( l) et l'on prétend que les troupes impériales 
l'ont aussi passé*. L'on assure une grande division dans nos gou- 
vernants et l'on nous menace de nouveau du règne de la Terreur*. 

' < L'an V de la Ké[>ublique. 
Vendémiaire [22 sept -22 oct. 1706]. 

Le 25 du mois dernier j'ai vendu le regain de mon pré 001. à particuliers 
du Chantegeal et du Ranquet. Les 4 particuliers du Ilanquet m'ont donné 
un accompte de 12 fr. avec 3 douzaines d'œufs. — Le il vendémiaire, 
dépensé à Auriac S s. .Pai commencé à lever les iiards des bonnes Ames 
6 sous. — Le 18 dépensé à Auriac '.» s., Iiards des Ames 4 s. — Le 20, Ten- 
terrenieiit de mon oncle tisserand, la messe, voya^'e, absoute, etc., rétri- 
bution. — [>e 2:'), à Auriac, liard des Ames 4 s., lil)era 10 s. — Le 29, à Massiac, 
dépensé 11... 14 s. ; pour lettres 12 s. > 



Etat ue la RELUiio>. 

La religion n'a pas change d'état depuis le mois précédent*. 
Le sort de ses ministres seulement paraît s'adoucir un {)eu. Une 
loi ^2) donne droit aux prêtres sexagénaires et condamnés à la 

[ 1 .\ la suite des défaites de Wurtzbuffr (3 sopt.; et d'Altenkirchen (3 sept.) infligées 
par l'archiduc Charles ;i Jourdan, chef de l'armée de Sambre-ot-Meuse. 

(2i Loi du 19 fructidor au IV-6 sept. 1796. « Art. L L'-s ecclésiastiqurs d(«nt la 
réclusion a été (udonuée par la loi du 3 brumaire dernier eu vertu des lois rendues 



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« LIVRE DE COMPTE » 



83 



réclusion depuis trois ans de jouir de leur bien patrimoine et leurs 
héritiers qui s'en étaient emparés sont tenus de leur restituer les 
jouissances*. Il n'est rien dit des cachés au-dessous de 60 ans 
condamnés à la déportation, et qui disent toujours secrètement la 
messe, et éloignent, comme a leur ordinaire, le peuple des messes 
des prêtres sermentés*. On fait espérer aux constitutionnels qu'ils 
toucheront bientôt des secours, mais seulement 30 francs en 
argent et le surplus des arrérages qui sont depuis plus d'un an 
en mandats seulement dont le cent vaut h peine trois à quatre 
livres*. 

Au reste notre aimée d'Italie se soutient victorieuse et a bloqué 
Manloue (1). Celles qui sont sur le Rhin (2) résistent maintenant 
au progrès des armées impériales et viennent d'obtenir quelques 
avantages en deux reprises (3)*. Beurnonville (4) a pris la place de 
Jourdan (5). La paix avec le roi de Naples (6) ; espoir de la faire 
bientôt avec le pape quand même il ne voudrait pas rétracter les 
brefs qu'il a lancés contre la France dans les commencements de 
la Révolution (7), ce que le Directoire exigeait d'abord*. L'Angle- 
terre a envoyé un plénipotentiaire (8) pour traiter de la paix. 
Ruse*. 

HuuMAHiE [22 oct.-22 nov. 179G,. 

<Le l<''-j\ai affermé le pacage de mon pré à mon beau-frère Antoine Vialle- 
font, 2 1. ar^'enL et 6 journées d'Iiommes, moitié en féviier et moitié en mars 
sans nourrir, plus une paire de sabots. — Le 2, dimanche. A Auriac, Iiards 
des âmes, 3 s. ; libéra 4 s. J'ai fait un otlice pour Porte de Cascari, rétribution. 

contre eux en 1792 et 1793 (vieux style) sont autorisés à reprendre la possession et 
jouissance de leurs biens. — Art. IL Leurs héritiers présomptifs qui s'en seraient 
emparés et qui s'en trouveraient actuellement nantis, sont tenus de les leur restituer 
sans délai, sans pouvoir se prévaloir contre eux de leur réclusion pour non presta- 
tion de serment ». B. des Loh. 

(1) Après la bataille de Saint-Georges du 15 sept. 

(2) L'armée de Sambre-et-Meuse et larmée de Sarabre-et-Moselle. 

(3) Victoire de Biberacb (2 oct., remportée par Moreau sur l'archiduc Charles. 

(4) Beurnonville (Pierre de Hiel, comte puis marquis de), maréchal de France, né 
à Champignolleprès Bar-sur-Seine, le 10 mai 1752, mort à Paris le 28 avril 1821. 

(5) Jourdan (Jean-Baptiste, comte), maréchal de France, né à Limoges, le 29 avril 
1762, mort à Paris le 23 nov. 1833. Il commandait l'armée de Sambre-et-Meuse 
depuis 1794. 

(G) Par le traité du 20 octobre 1796. 

(7) Brefs du 10 mars et du 13 avril 1791. 

(8) Lord Malmesbury. 



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— Le 3, reçu Je mon beau-frère Viallefont 3 1., restant des 6 fr. pour ma 
paille et 40 s. pour du regain. — Le 0, dimanche, à Auriac dépensé 6 s. ; 
liards des âmes 3 s.; fêtes d'àmes 2 s. 6 d. — I>c il, vendu ma ravière à 
Mouillerat 11 1. et une paire de sabots. La Toussaint fûtes d'àmes 5 1. *J s.; 
messes 5, 2 l. 10 s. ; liards des âmes 3 s. — Le 12, les morts : fêtes d'àmes 
17 s., liards des àraes 14 s., dépensé à Auriac, 9 s. — Le 14, jour de Saint- 
Flour, fêles d'àmes 9 s. Deux messes 1 L, liards des âmes 3 s. Dépensé à 
Massiac 2 L; pour clous 4 s.; pour retirer la sentence du ju^'e de paix, donné 
au citoyen Vigier 5 L 13 s. — Frais du tribunal de paix, [«our la procédure 
concernant les droits de mon frère : pour l'exploit, enregistrement, etc., 
30 s. ; deux voyages à Massiac. Pour levn- la sentence donné au citoyen 
Vigier 5 1. 13 s.; un voyage à Massiac. — L-- 20, à la foire de la Saint-Marlin 
dépensé 1 1. 14 s. — Le 23, à Auriac, liards des âmes 3 s. — Lr 24, 2.i, 20, 
voyage à Saint-Flour et à Massiac, dépensé 4 1. 14 s. 2 cierges 18 s , un calhé- 
chisme 8 s. ; douze hosties 1 s. 6 d. ; total G 1. — Le 2'.), à Massiac dépensé 
1 1. — Le 30, ù Auriac, liards des âmes, 4 s. ; pour chausson et culotte, 1 l.> 



^ État de la helkiion. 

La religion considéroo du cote du pouplo est la inOmo. Il montre 
toujours beaucoup plus de oontiiince [)oui- les réIVaclaires. Dans 
les environs de Saint-Flour, ils célèbrent bardiment dans Léglise 
et lèvent de 21] à 30 seliers de crains pour leur lionoraire. 

L'espérance des réfractaires est bien tlatteuse, car, [)eiuJanl 
tout ce mois, il a été fort question au conseil des Cin([-Cenls de 
leur donner la liberté. Cela a été renvoyé à une commission pour 
en faire son rapport dans dix jours. 

L'on garde un profond silence snr les afîaires dKlat*. L'on 
prétend que le lord Malmesburi (1), ambassadeur anglai^^, a des 
pouvoirs réels pour négocier la paix*. Le pape est toujours dans 
des intentions hostiles. L'armée d'Italie assiège toujours Mantoue. 
Les mouvements des troupes, du côté du Kbin. tendent à cbasser 
les Impériaux de la rive gauche, et les mouvements des Impé- 

(1) Malmesbury (James Ilarns, comte de), diplomate anglais, né à Salisbury, le 
21 avril 1146, mort le 20 novembre 1820; fit ses études à Oxford et à Leyde, secré- 
taire d'ambassade (1767), puis chargé d'alfaires (1769) à Madrid, ministre plénipoten- 
tiaire a Berlin (1772), à Saint-Pétersbourg 1777), à la Haye ,n84 . pair avec le titre 
de baron de Malmesbury (1788), vint à Paris en octobre 179G pour négocier la paix 
avec le Directoire, il échoua dans ses négociations et reçut, le 19 déc. 1796, l'ordre 
de 36 retirer. Devenu sourd, il prit sa retraite; en 1800 il devint comte. 



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« LIVRE DE COMPTE » 



85 



riaux à chasser les Français de la rive droite du Rhin. Un jour- 
naliste vient d'avancer que l'Empereur cède la Belgique et que 
cela augure une paix prochaine. Rien de certain. 

Frimaire [21 nov.-21 déc. 1796]. 

<Le 7, chez Gourtille, pour les experts un déjeuner, 2 1. 4 s. Liards 
des âmes 4 s. — Le 8, l'enterrement de la Barriquade, prières 1 1.6 s., 
dépensés. Dépensé 10 s., reçu 1 1. :> s., le 28 nivôse. — Le 9. l'anniversaire 
d'Antoine Philibert, prières, 15 s., rétribution 1 1. 5 s. — Le 10, la quaran- 
taine de Jean Arfeuille, dépensé 11 s. — Le 11, la 40" de Jean Philibert, 
mort aux frontières, 25 s. — Le 14, dimanche, dépensé 1.3 s. — Le 18, jour 
de Notre-Dame, dépensé 6 s. -- Le 21, dimanche, dépensé 15 s. — Le 27, 
enterrement de Jean Berard 25 s. 1 sou prières. — Le 28, dépensé 14 sous. 
L'enchère du rôle m'a resté à 2 d. pour livre. > 



F]tat de la religion. 

La religion ne présente aucun changement. Les prêtres inser- 
mentés disent toujours la messe publiquement dans les maisons 
particulières. Nos gouvernants n'ont encore rien décidé sur leur 
liberté. Nord s'est passé à l'ordinaire, sans confessions; quelques 
jeunes filles seulement qui ont fait cette année leur communion 
se sont approchées des sacrements. Le peuple a assisté à la messe 
à son ordinaire, mais les hommes plutôt pour se voir que pour 
religion, ne regardant la messe que comme un rendez-vous*. 

Les afTaires du gouvernement sont entièrement ensevelies dans 
un profond secret. Rien ne transpire au sujet de l'ambassadeur 
anglais. 11 y a un an que l'on parlait beaucoup plus de paix 
qu'aujourd'hui et avec bien plus d'apparence*. Un bruit sourd (1) 
semble annoncer que l'empereur a eu des avantages dans l'Italie*. 
Cependant je viens de lire dans les Nouvelles que les Autrichiens 
se tiennent autour de Trente, ce qui n'annonce pas des progrès de 
leur part, et que notre général Bonaparte est occupé au siège de 
Mantoue avec les renforts qu'il a reçus de l'armée des Alpes... 
L'impératrice de Russie (2) est morte le 17 novembre 1796. 

(1) C'était un faux bruit. Le l-)-i7 nov. Bonaparte battait Alvinzi à Arcole. 

(2) Catherine IL 



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AHBÉ GLAIZE 



Anecdote. 



Dernièrement Fabbé Glaize du Balailou, prètro l'étracté, qui 
depuis 9 à 10 mois dit la messe dans la paroisse de (lliarmensac, 
s'avisa d'aller confesser un malade dans La paroisse de Peyrusse 
et d'aller se rafraîchir chez la Jeannette*; les patriotes l'ayant 
appris, s'y transportèrent au nombre de 13 à 20 personnes, dans 
le dessein de l'arrêter. On le fit évader secrètement, ce dont s'étant 
aperçus, les patriotes le cberchèrent, le fusil à la main ; mais, 
s'étant caché dans quelque jardin, il évita la fureur do ce peuple 
et en fut tiré par Belmont qui, lui ayant donné un cheval, l'avertit 
de s'éloigner promptement de ce pays où il élail en danger. 

Nivôse [21 déc. 1796-20 janv. 1797]. 

<Le 1, à Massiac avec Jean lioddier, ma caution pour le lecouvrement des 
contributions, dépensé 2 1. "t s. — t.e 5, jour de Xod, dépensé 14 s. — I.e 
12, dimanche à Auriac dépensé 5 s. pour rhopine de vin blanc. — Le la, à 
Auriac, idem. Une messe pour un homme (rOuzeleret. — Le 17, jour des 
rois, idem. — Le 19 à Auriac, dépensé 1 1. 10 s. — Le 22, à Massiac dépensé 
2 I. r. pour passation de l'acte avec Deiaurier, concernant la masure du cliâ- 
teau 3 I. — Le 20 à Chazelles avec le Génie et l'abbé Hoddier, dépensé 7 s. 
— Le 25 à Chazelles 3 s. 6 d. pour une demi-bouteille de vin. — Le 27 chez 
Courtille pour le partage, dépensé 11 s. — Le 28, reçu 2 1. 10 s. jiour enter- 
rement et 40« de la Barricade. > 

Pluviôse [20 janv.-iy fév. 1797J. 

< Pendant ce mois dépensé tant à Auriac qu'à Massiac 4 livres 10 s. Le 24, 
j'ai vendu à l'abbé Re^'imbal mes ordonnances pour toucher à St-Flour à 
mon lieu et place 100 1. en argent et 400 1. en mandats pour la somme de 
88 1. en argent. — Vers le même temps j'ai acheté 3 pots de vin de Pierre 
Lagarde de Chazelles, 4 fr. a s. le pot, donné 12 1. — J'ai donné la chapelle 
à relever à Toussaint de lîlesle pour 6 setiers et 4 quartons blé et 2 pots de 
vin. Pour 4 journées sans nourrir, donné un quarlon blé au sieur de Cha- 
zelles. Jai vendu à la Harracaire G quartons froment 18 1. > 



Etat de la religion. 



Kien de nouveau au sujet de la religion durant les 2 mois précé- 



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« LIVRE DE COMPTE » 



87 



dents *. Il est maintenant fort question, dans nos conseils, de prendre 
des moyens pour concilier les prêtres. Rien encore là-dessus der- 
certain. Les 2 partis vont à leur ordinaire. L'église de Laurie est 
depuis peu occupée par l'ancien curé Forêt, sermenté rétracté *. 
11 a concilié dans cette paroisse les deux partis. 

Les affaires de la république vont bien dans l'Italie : une 
grande ôataiiie (1) gagnée, beaucoup de vivres pris, 30.000 tués 
ou faits prisonniers *; le fort de Mantoue s'est rendu (2). iNous 
sommes sur la défensive sur le Rhin. 



Anecdote. 

Dans la paroisse d'Anzat (3), un déserteur contrefaisant le 
prêtre réfractaire, d'autres assurent que c'était un vrai prêtre, 
réhabilita deux mariages dans son rit ". Il ordonna aux quatre 
époux de se rendre à l'église et d'y apporter deux draps blancs. Là, 
il les fit coucher deux à deux, de leur long sur le pavé, l'époux 
contre l'épouse, il les couvrit chacun de leur drap, fit plusieurs 
tours d'eux l'aspersoir à la main et leur dit ensuite de se relever 
en les assurant qu'ils étaient mariés *. 



Autre. 

A Mazelaire (4), l'on est très porté pour les réfractaires *. Un 
jour qu'il s'y donnait un repas, je ne sais à quelle occasion et 
auquel s'étaient rendus plusieurs distingués de ce parti, tel que 
le maréchal de Laurie, Aubuxhouxd'Auriac et sa femme, Morinot 
de Charmensac, quelques réfractaires des environs (c'était chez 
Roulègue), la femme à Peirechu de Chazelles s'y rendit pour 
remettre une toile que son mari avait faite *. L'ordinaire est de 
donner à dîner à la personne qui rend la toile. Rien loin de cela, 

(1) Rivoli (14 janvier 1791) : 23,000 prisonniers, 60 canons, 24 drapeaux pris à 
rennenii. 

(2) Le 3 février 1707. 

(3) Anzat-le-Luguet ^Puy-de-Dôme), ar. Issoire, cant. Ardes. 

(4) Mazelaire, village de la commune de Molompize. 



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ABBÉ GLAIZE 



on ne l'invita pas d'un verre d'eau à cause de sa religion, on 
l'assura qu'elle était perdue si elle y vivait encore *. Klle répondit 
qu'il ne s'agissait point de religion, mais du [irix de l'ouvrage. On 
lui répliqua de telle fac^on qu'elle n'eut rien de plus pressé que 
de sortir et de se sauver proniptement. 

Ventôse [19 février-21 mars 1797.) 

< Le 1", à Massiac dépensé 11.; pour uu«^ paire de souliers C 1. — Le 
4, à la foire de Massiac, dépensé 1 I. 8 s.; pour un seau, 7 s.; pour une 
bachole 2 1. 15 s. — Le 8, à Massiac, dépensé 1 1. 2 s. — Le 10, à Chazelles -i s. 
— Le il, jour des cendres à Auriac, dépensé 9 s. — Le 13, au Chantegeal 
dépensé 8 s. — Le 15, à Massiac, dépensé 12 s. — Le 18, à Chazelles pour W 
lioutoilles de vin, pour mes 3 écoliers «jui m'ont fait une fournée de bêcher 
16 s. — Le 22, à Massiac dépensé 12 s. — Le 29, à Hlesle dépensé 12 s.; 
acheté de Hertuy 100 tables onze francs, donné accompte 3 1. > 



Etat de la helicion. 

Le carême ne s'observe pas plus (jue Tannée dernière. Quel- 
ques femmes jeûnent; mais si le paysan ne lait pas gras, c'est 
j>our épargner son lard et non par religion. La division entre les 
prêtres est à son ordinaire. Il n'est plus question des prêtres aux 
conseils *. Si les réfractaires exeicent, ce n'est pas que les lois le 
leur permettent, mais ils sont beaucoup soutenus du peu})le et ils 
font leurs fonctions dans des granges pour la plupart, mais 
d'autres dans les églises *. Un rapport fait au Conseil de Ginq- 
(]ents leur promettait cette liberté, mais cette espérance 
s'évanouit *. 

L'évêque de Langres (1), le réfractaire a publié un ordo dans 
lequel il ordonnait les prières ordinaires pour le roi et défendait 
aux |)rêtres de son diocèse d'absoudre les personnes qui ont acquis 

\\: La Luzerne ;Céscir-Guillaume de), duc et pair, evèque de Langres, né a Paris 
en l~:i8, vicaire général de Narbonne. agent général du clergé (ilfi.j), prononça comme 
évt'que de Langres l'oraison lunt-bre de Louis XV. Membre de l'Assemblée des Nota- 
bles 1187 . député du clergé aux Ktats-Généraux. Quitta son diocèse après le 5 et 
6 octobre, et emigra en Suisse, puis en Italie. Il rentra en France et accepta le Con- 
cordat. Sou=; la Hestauration, il devint pair de France, puis cardinal; il mourut en 
1821. 



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« LIVKE DE COMPTE » 



89 



des biens nationaux. Cet ordo a été dénoncé à l'assemblée avec 
des motions de se défaire de ces prêtres. 

La guerre plus fort que jamais *. Le roi de Prusse menace de 
nous redéclarer la guerre. Le courant de ce mois nous a produit 
la paix avec le pape (1) moyennant 30 millions de contributions et 
quelques villes. Le directoire demande les déserteurs qui sont en 
grand nombre et qui résistent aux gendarmes. 



Anecdote *. 

Les Aristocrates de Molompize ont dévasté secrètement la 
sacristie de l'abbé Lompré, prêtre sermenté et exerçant à Molom- 

pize *. 

Germinal [21 mars-20 avril 1707] 

< Le 4, donné à Toussaint 4 ob. pour 2 setiers blé. — Le 6, donné à Jean 
Roddier de La Bastide 6 1. pour mes brebis (2). > 

1804 

Donné à ma servante 6 fr., reste 18 1. sur le gage de 1803. Ventôse, donné 
à M"- Hoddier pour passation de deux actes du Chazal et du Balin douze francs, 

ci, 12 fr. , 

A Massiac pour garniture d'armoire 12 fr.; pour étoc 4 fr.; pour une ijme a 

bois 24 s. ; pour un habit 28 fr.; pour 2 cochons 33 fr. (3). 
Impositions de Fan 13 : 



Foncière. 
Mobilière, 
Portes et... 
Frais de guerre 
Liard pour franc 

Total : 



23 fr. 45 c. 

3 — 35 

4 — 65 
1 — 85 
» — 43 

33 fr. 73 c. 



(1) Traité du 19 février 1791 conclu à Tolentino. Le pape cédait les Légations ei 
Aucune, renonçait à Avignon et au Comtat, rompait toute alliance avec les ennemis 
de la République française, fermait ses ports aux Anglais, payait 30 millions, livrait 
des objets dart et des 'manuscrits et, en matière de commerce, accordait à la France 
le traitement de la nation la plus favorisée. 

(2) Nous avons retranché (luehjues comptes qui suivent et qui sont sans intérêt. 
L'abbé note la somme quil a déboursée pour sa servante et la quantité de viande qu'il 
a prise (. chez Rigaud », soit 25 livres, et dont il n'indique ni la nature, ni le prix. 

(3) Ici, suit un brouillon du certiticat de vie que nous reproduisons plus bas. 



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ABBÉ GLAIZE 



An li [180:i-1806]. 

Le 8 vendémiaire an 1 i reçu le premier semestre de l'an 13, savoir 133 fr., 
pour 2 qiiartons froment 7 fr. 10 s.; pour du sel 2 fr. 10 s.; pour mon habit 
24 fr. ; pour le montant de la viande fr. ; — 20 vendémiaire donné à Chris- 
tophe du Tay pour huit poutres et 10 tenailles 43 fr. 7 s. ; pour une pioche 
neuve 5 livres et demi-quart fer 3 1. 2 s.; une mise d'acier 1 1. pour le gros 
marteau, main-d'œuvre 1 1. > 

Loi du 22 tloréal an 7 

Département du Cantal. 
Arrondissement communal de St-Flour. 

Certificat de vie pour toucher 

les rentes et pensions. 

Nous maire de la comm.dAuriaccant. de Massiac sur l'attestation des sieurs 
Joseph Hénézit et Jean Escalein soussignés, domiciliés de cette commune et 
que nous déclarons bien connaître certifions que le s"" Claize Antoine, ex-curé 
et en cette qualité pensionnaire ecclésiastique, domicilié aussi de cette 
commune, né le neuf janvier mil sept cent cinquante cinq, est vivant pour 
s'être présenté aujourd'hui devant nous. 

Nous a déclaré ledit (Uaize Antoine ne jouir ni n'avoir joui depuis sa sup- 
pression jusqu'à ce jour d'aucune autre pension ni traitement d'activité. 

En foi de quoi lui avons délivré le présent certificat. 

Fait à Auriac le vingt six janvier mil huit cent six. 

Si;.'nature du certifié, 
Glaiz?:, prêtre. 

Signature des témoins, 
Escalein. 
BÉNÉzrr. 
Signature du maire, 
AuBUGiioux, maire. 

Testament du sieur Antoine Glaize (inscriptions à graver dans ma cellule 
où je veux être enterré et qui (1). 



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que ma mission ne put jamais atteindre au but que vous 

Peuple dont l'ignorance répugne à mon esprit 

avec calme et plaisir je te donne ma vie ; 

ma mort te prouvera et ma philosophie, 

et puis ton inconstance, ma haine et mon mépris. 

mais j'ai tant fait de mal que jamais ta bonté 

ne me pardonnera sans blesser ta justice, grand dieu! 

(1) Les mots qui suivent sont si raturés qu'ils en sont illisibles. 



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« LIVRE DE COMPTE )) 



en 1790 



91 



Le mort qui gît ici soutint de bonne foi. 
les intérêts du peuple, les intérêts du roi. 

à gauche. En l'année 1791 

L'ignorance du peuple, la faiblesse du roi 
le coml)lèrent de honte, de misère et d'effroi. 



Les circonstances ont impérieusement commandé la lettre 
suivante à Mgr Le'vôque de Saint-Flour (i). 



l^'-mai 1807 



Mgr. 



Quelques jours après avoir reçu de votre Grandeur, mon billet 
de communion, le receveur général (2i du département du Var 
m'oiïi'it 1 éducation de ses enfants que j'acceptai, et à cet eiïet je 
demandai et j'obtins un exéat de votre main, mais le climat de ce 
pays fut si contraire à ma santé que j'en revins bientôt après avec 
une maladie qui me dura plus de deux ans. Cela me rendit telle- 
ment indilTérent pour tout que je résolus de vivre dans le silence 
et dans loubli jusques à la publication du nouveau catécbisme 
et de la nouvelle liturgie. Satisfait en partie quant à ce [)oint et 
voyant avec regret la pénurie des ouvriers de l'évangile s'aug- 
menter de jour en jour, je fais auprès de votre Grandeur ce pre- 
mier pas que je vous prie de regarder comme le plus respectueux 
et le plus sincère. Persuadé que l'ouvrier sera reçu avec bonté 
du père de famille à quelle heure de la journée qu'il se présente, 
loin de le refuser, je demande le travail dont le mérite est le 
seul salaire que j'en attende. 



(1) Jean Eléonor Monlanier de Belmont, évoque en 1802: originaire de Belley et 
chanoine de la cathédrale d'Alais avant la Révolution. 11 prit possession de son 
siège en 1803. et mourut en 1808. Pendant 12 ans le siège resta vacant et le diocèse 
l'ut dii'igè par l'abbé de Hochebrune, vicaire général capitulaire. 

(2) Frédéric Guillaume Thomas, (ils de J. Baptiste Thomas (avocat en parlement, 
puis juge de [)aix a Brioude, en 1791, plus tard notaire au Puy où il mourut le 
3 pluviôse an VI) et de Claire Beatrix Frommel (fdle d'un bourgeois de Paris), né à 
Brioude, la 4 mars 17G8, fui receveur général du département du Var, ne l'était plus 
en l'an XIII : sous la Restauration, fut payeur à Cahors. 



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ABBE G LAIZE 



Je VOUS prie Mgr de me permettre encore celle réflexion dont 
rallligeante vérité a frappé toiil homme sensible. La révolution 
ayant été pour le clergé un combat sanglant, les uns ont resté sur 
le champ de bataille ;... d'aulre> y ont été blessés mortellement... 
mes blessures ne sont point incurables. Mgr je puis en être guéri. 
Dieu m'en donne un moyen sûr et facile, c'est de m'adresser au 
véritable médecin, de laver mes plaies dans la piscine salutaire 
de la pénitence ; c'est aussi ce que j'ai résolu de faire aussitôt 
que M. Brioude aura eu l'honneur de recevoir une réponse de 
votre Grandeur dont je suis avec le pins profond respect et la 
plus grande considération 

M. Glaize Antoine, ex-curé, domicilié à Auriac, né le 9 janvier 
175o suivant son acte. 



APPENDICES 



Al'PENmCE 1 

!.»> 20 uovfinbi'e 180M pour une |';iirr de ;^ios xnilii'i-- (Innii»'' au rdidonnier 
de Hressanu'o 8 ïv. f.o m^^me jour pour uu moue ho ii' lileu t I. le s. — Le 
7 noveuibie 180S M"*^ Adélaule m"a acheté :{ aunes drap p(HH' une redingote 
à 16 l. l'aune, montant 2 louis tS l. 

F,p 12 janvier [1809], j>our la t'aron d'une ruiotl»' e! une paiie de j^'a^'hos, 
donnée à Masset de la rdiaunetif i I. i «,. — ."i iViars Iso'.i, [lour cimi ({uaits 
saumière à 4 l. s l'aune. 7 1. 12 s.; pour la l'aeou iliine redingotte, 2 jiaires 
de culottes, un irilet, M. le cun'' ayant nourri les tailleurs, :{ l. 12 s. houtons 
4 s.: total 11 1. 10 s. — 10 juillet 1800, à Saint-Flour, livret du rosaire G s., 
une livre de tabac :{ I. 'o s., une livre et demie «le savon 2 I. 2 s... — 1* juil- 
let 1800, M"'- Adélaïde m'a acheté, coutil : ."» aunes à 7 I. lo s., ;{7 1. 10 s.; 
toile line, .'• aunes à 3 l. 12, IS l.; toile de Sainl-ll|d/.t' (li, 20 aunes à 2 I. 17, 
;>7 I.; 10 aunes serviettes à Vs s.; 24 1. Teinture de mars :i L; lil de lin 
7 1. 10 s. '.I d. Total [\: 1. d. 



(1) Saint-llpize Haiito-Loire), chef-lieu de la commune, arrondissement de 
Brioude. 



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« LIVKE DE COMPTE » 



Appendtce II 



93 



[Décembre] 1811. Cette année 1811 a été remarquable par un grand 
phénomène et par dçs événements bien funestes à l'humanité. 

Une comète a paru pendant 3 ou 4 mois, août, septembre, octobre 
et novembre, (^n la voyait à la simple vue, un peu moins grande que 
la lune. Sa chevelure était fort longue, sous la forme d'une aigrette, 
opposée au soleil. Le noyau était toujours du côté du soleil, et sa 
chevelure derrière. Ce sont des petits astres qui l'environnent de tous 
côtés. Klle était éloignée de la terre de U) à 50 millions de lieues, 
disent h's iXonrrlh's. Klle paraissait entre le nord et le couchant, sur les 
huit heures du soir. Elle s'avançait insensiblement vers le Midi : et, à 
la fin de son apparition, à la même heure, elle était pres(jue perpen- 
diculaire, penchant un peu entre le midi et le couchant. 

La guerre d'Espagne (1) a été des plus funestes, et nous y avons 
perdu immensément du monde; elle se continue avec perte. 

La nuit du avril, il tomba une si grande quantité de neige que 
plusieurs arbres en furent écrasés. 

La nuil du 11 au 1^, du jeudi au vendredi saint, la gelée fut si forte 
qu'elle emporta les 3/4 de la récolte et tous les fruits. 

Le 12 juin, de II heures et demie jusqu'à "1 heures après-midi, il lit 
un itrage si atVreux en i)luie et en grêle que toute la récolte fut perdue. 
Les ravins furent si débordés que plusieurs maisons en furent 
détruites. J'observai dans la cuisine de Vezézou.x deux pieds d'eau. Le 
jardin ressemblait à un lac. La maison de Pierre Saignol faillit à être 
enlrainée par le ravin. Dans le courant d'août, il est arrivé deux sem- 
blables orages, avec moins d».' grêle, mais autant d'eau au moins. 

La <'olonne mobile a fait de grands ravages dans le mois de septembre. 
C'était un détachement de troupes, envoyé de Paris pour forcer les 
déserteurs a [)arlir. Ils ruinaient les parents des df^^serteurs, détruisaient 
leurs maisons, emprisonnaient les ]ières et mères, les obligeaient à une 
amende di; l..')()l) l'r. ou de faire partir leurs garçons dans un mois. 

Appendice III 

Décembre 1817 . 

Reçu de M. Prévost, marchand doreur à ("dermont-Ferrand, rue de la 

Treilli? : I" une croix arirentée de 3i pouces. |»ri.\ OC» L: 2" un <'hrist en 

cuivre dor(', |ui\ ('» 1.; '.V^ un bâton ayant o virols. \'.\ 1. — A iirioude : un 

surplis en mousseline 6 aunes à :}8 s,. Il I. S — plus la façon 1 I. 10. — Un 



(1) 1808-1813. 



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drap de mort, prix 20 I. - plus la faron et le port, la garniture 15 1. - 
Une enseigne 21 1. - Une lanterne pour l'église 11. s. — Un porte-manteau 
pour la sacristie 2 1. 

Appendice IV 

Rex, defendo cruceui, crimina fn-da codent. 
Justos digna nianent prœmia, pœna reos. 

Le la février 1820, Louvel assassina le duc de Berry. Je veux graver 
cette pensée sur le carré du bas des 2 grands pilastres dans le cadre 
que j'ai projet de faire pour recevoir un tableau. Du côté de l'évangile, 
j'y graverai une croix et un sceptre avec ce petit vers rnx cvucem, 
scftptruin nmfdrclal araiii ph'clptur omtH' Loucel. Du coté de Fépître 
je graverai un lys (lui prendra racine dans un petit autel avec ces mots : 
Ivs et autel soyez unis et vos Louvels seront punis. Ai deus adjutor, 
toUentur lilia gallh. 

Appendice V 

Le 9 [décembre IS^fr, jour de îa foire d'Auzon, sur les 8 ou 9 heures 
du matin le bateau de Chappe, ayant été trop siircluvrlgé d'hommes ou 
de bétos, s'enfonça et cet accident lit i>érir de :')() à ('»() personnes à ce 
qu'on assure. 

Appendice VI 

4 mars 18-27, 
Par (levant Fninrois Bardy, notaire a la résidence dWuzon, ar. de 
Briuude, dép. de la Haute-Loire, soussigné, en prescmce des quatre 
témoins ci-aprés nommes, fut présent sieur Antoine (^daize. desservant 
de la paroisse d.^ V.'-zr/oux. cant. d'Auzon. ar. de Brioude, déi). de la 
Haute-Loire, lequel Antoine (Uaizr habite ladite commune de Vézézoux, 
et est détenu en ce moment au lit pour cause de maladie ; mais sain 
(Uesprit, mémoire et entendement, désirant l'aire son testament, d 
nous a invité de le recevoir, et il nous a dicté, à nous notaire, qui 
l'avons écrit tel qu'il nous la dicte, en présence des (iiiatre témoins 
.ci-après nommés : « J'institue pour mon héritier universel, sieur Pierre 
Saignol, originaire de la commune de Vézézoux, cant. d'Auzon, restant 
vicaire en ce moment à Celles, caïUon de Saint-Hemy, ar. de Ihiers, 
dép. (lu Puy-de-D(^)me, voulant .piil puisse disposer à mon décès, de 
la propriété et jouissance de tout ce (jui pourra m'appartenir a cette 
epo.jue >.. FA lecture cà lui faite de son présent testament, par mms 
notaire, en présence des quatre témoins ci-après nommés, ledit sieur 
Antoine Glaize, testateur, a déclaré (juil contenait sa volonté. 

Fait et passé à Vézézoux, maison où habite ledit sieur (îlaize, testa- 






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« LIVRE DE COMPTE » 



95 



teur, et dans l'appartement occupé par ledit testateur et au devant de 
son lit, le 4 mars mil huit cent vingt sept. En présence de Pierre 
Sabatier, de François Bellisson, tous deux propriétaires, habitants du 
dit Vézézoux, tous deux soussignés, avec ledit sieur Antoine Glaize, 
testateur et nous, notaire, et encore en présence d'Etienne Romain et 
Sébastien Pellissier, tous deux cultivateurs, tous deux habitants dudit 
Vézézoux qui ont déclaré tous deux ne savoir signer, de ce par nous, 
notaire, requis, lesdits jour et an. A la minute sont les signatures : 
Glaize, desservant, Bellisson, Sabatier et Bardy, notaire. Enregistré à 
Auzon le douze mars mil huit cent vingt sept. 




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Introduction p. "»: 1- 



24. Au lieu de 4 filles, lire 5 filles, Antoinette, Marie, 
Jeanne, Ma-deUiine. 



id p. ; note 2:1.1. Au lieu de Magdelaine, lire Anlomette. 

id p 13: l l'K Au lieu de: au commencement de janvier, lire en 

mars. Note 2. lire : le décret du représentant en 
' mission est du 24 venlnse an ll-:> mars 1704. 

(ilaize dut partir quelques .jours après. 

Note surToinelte Arfeuille, V. Introduction p. 0. EU. ^^irda la direction 
de la maisonnée même après le mariage de sa Mlle aine, avec fcscaloing 
Jean E^caloin^^ était le plus jeune lils de Magdelaine Jarry, veuv*^ de Jean 
Escaloinc, laboureur. Jean Escaloing apportait a l.vi-es qu.l rsa.t a sa 
bell.'-mère. Anioinelte Arfeuille instituait sa liUe « son l.ér.here générale et 
universelle ». Elle donnait à chacun de ses aulres entants 20 livres. Comme 
Escaloin:; partait chaque année dans « les pais étrangers faire un commerce » 
eUe exigeait que son gendre lui rapportât au retour de chaqu.' campagne 
30 livres Ees écuries contenaient o vaches et une velle d'un an et demi, 
20 brebis ou. agneaux, une jument. Antoinette Arfeuille semble, avoir ete une 
femme de tète ; elle maria ses autres filles avec des jeunes gens .lui Haient 
tous institués héritiers généraux el universels par leurs parents. 

Minute^ de M' Segrel. notaire à lUesle. 

Noi.' sur r.laize p. '. (.lai/.e vendit >es biens par a.-te du 20 n.lobre 1780. 
Ea vente se montait à m livres : a ;u)() 1. pour les immeubles et le restant 
pour le nu^bilie. n. A la suite de cetle vente, et le même jour, lui était cons- 
titué un titre clérical. « pour par ledit sieur (Uaize. en jouir et iMuiv..ir 1 exi- 
mM- à compter du jour quil entrera dans les ordres sacrés jusqu a ce qu.l 
aye été pourvue! .nil paisible poss.-s.^^eur d'un henéliee Mitli^ant pour ren.- 
pli,s,.n titre rlérical. en jouir autrement et Kéxiuer tout ain.si et de uiome 
que toui autre en pareil .as serait en droit de le faire .lan> le «liL diocèse de 

Sainl-Fiour ». > ,., i 

Minutes de M'" Se-rel, notaire a bl«'»le. 



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SOCIÉTÉ DES ÊILDES IlOBESPItKIIISIKS 

(T)MITK DIRECTEUR : 

Ancien Président d'honneur : M. Edouard Lockroy 

Pr<^siiietit : M A\heyt Mathikz. professeur d'histoire niodoriie à la Faculté dos lettres 
de l'Université de Dijon (3, boulevard Cariiot, à Dijon). racuiie aes leure.^ 

ull^t'TuZi'^'''^ a-'- ^^-Kl^ ?'''"^^'''" ^^''t)TTiKRK. inaire du Vile arroiidissonicnt. à Par>s : 
Albert iHOMAs, ag-reo-c d histoire, ancien niunstro ; Gustave Roi'ankt, ancien déwjuté 
6rcretaire gênerai .- M. Edmond (Umpagnac ÇA. rue Donfert-Rochereau, l'aris^ VP) 
Secrétaire : M. Maurico DrssAiu', homme do lettres. • *^y 

PaT^s'^Xn'-r ■ ^^" ^*''^"' ^^'•■^°''''' professeur agrégé au Lycée Vollaire (19, rue Jules (^ésar, 

Membres du Comité : MM. Jean Bkrnard. homme de lettres; André Hfrthi-lgt. a^^ré-^é 
dhistqire; Capitaine Francis, Bc.KRKv, <locteur ôs lettres G. Df"oh • S^tfe^^^^^ 
agrège au lycée Voltaire ; General Diez : Maurice Dommanget. dii.lùnié .rhi'stffre Léf n 
puBRKUiL. docteur ^s lettres; Mlle Duportai., docteur es lettres : Georges ardy direc- 
p'7h1' ïn,nf ïï'îi" ^^, ^^î'-^'-'^V = <^"«tave Laurent; André Lebev. ancien député de Seme- 
f/;Vi^r.„,^"A''^I^^/-*^'-LO- I)f>l':-sseur au collège d'Auxerre ; Edniond Lknient. homme 
de lettres ; Emile Lesuei-h, docteur «>s lettres ; Roger LÉvv, professeur agrégé à, Lycée 
Afc^r>"\^'"''' "î"r//^<^^- P;-"ff^,^^seur agrégé au lycée Condorcot, .locfrur 4 lottres André 
Mater, houime de lettros : Charles Poree. archiviste du département de lYumie ; Salomo 1 
^^^' '"""^^^^ de llnstitut; Georges Renard. i,rofe>seur an Collège de F 4n.?^ René 

^^ uc^^^Il.^^J^'^'^''''''''^' ^']-"* Rkynoard, avocat; Henri Rov, diplômé d'h s_ 
toiie. .mcien députe ; G. A ArmiEU. profosseur agrégé au Ivcéo Janson de Saillv • Frann.w 
Vermale, docteur es lettres; Daniel Vincent, ^icien miiîîstre ^e r/n^ructi?,îip,d'"îu;^ 

La soriétè des Etudes Robespierristes, qui est dans sa treizième année, ne demande 
pour Robespierre que la justice qui lui est légitimement due. Elle ii'e" atiin^W^oCre 
ses adversaires d aucune p;»ssion j)réconcue. C.\-s\ une onivi-e nureuient srinntitia,,^ 
2r^ ;' ni^^Tét^d' '"; '^^'^^T'' *^'^^"^'^ .i'; ses .recherche; à'^l^:i;ïs^riS'e 'à ï m 

ANNALES REVOLUTIONNAIRES 

ORGANE DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES R OB E S P I E R R I S T E S 

Paraissant cinq fois par an 
Souscription : 30 francs par an p.-ur la France, 32 francs pour l'Uni.on p..stalo. 
Les abonnements partent du 1 janvier et donnent droit aux fascicules parus 

ftJ^lï^^fh ^^,' Œuvres de Maximilien Robespierre éditées par la So?fété. 

{Le tonte II, les (hurres juiiiciaires, /r\:^-/;w est iinru ) o^^i^xcio. 

..,Vv\?o"''''^ •^^'"^ nK)9 sont épuisé^-s. II rest'r. encoro quelques coll,^,;ti,,us de. ;.nuées 
su vantes en vente a la librairie Ernest Leroux, -JS, vno Iionap;.rle. -, Paris, et quelaues 
collections de a seconde série. t0ir,-iOi9, en vente chez MM. M Ilot Irères éditeurs -^0 rue 

■yHll«c'*' ■\^^^;^'»ÇOH. au j.nx do 20 fran.-s Tann.'-o pourlp> nonve;uL^o,,.rm^^^^^^^^^^ 
,^^rlî ît\iV^X^^ ""^ communications qui concernent les .. Annales rôvolution- 
ëarno\ I DUoS"côtf!d''S?r '^"'^''^ '^^"^"^' ^ ""' ^^^^^' '^^*^^^^' 3, boulevard 



(EL\J{ES C(1Ali>Ll>TES 



DE 



Maximilien ROBESPIERRE 

Publiées par la Société des Études Ifohespierrisles 

Pre.mièkl: PARTIE : UOBESFIEHKK A AHIIAS 



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Emile LESUEUR 
avocat au tribunal civil d'Arhas 

roine I : Les Œcvrks littér.aires en prose et en vers 

Un volume grand in-8° raisin avec un fac-similé 7 fr. 

Tome II : Les Œcvres Jldiciatres {178:^-1786) 
Un volume grand in-8'^ raisin, avec une introdcuUon sur les tribunaux 
d Arras sous l'ancien régime g fp 

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PuhliiM" M. us l:i aiiTiiiou il»^ M. Allxnt .MATillK/ 

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I. Francuis Vkrmale. docteur es lellres ; />'.< cl(h'<S('s rurales en Stiroc' 

nu xviiP s'it^rle. \n-H>, tif? ^ 7 fr. 50 

II. Albert MATini:/ : A'v ('(>7is>'<iuenrrs rpliij'ifiist's <b' la journée du 

10 (utùt I7 9'2 : la déportaiion d^s prèlrt's rt lu s/'cularisnlion de 
ti'lal civil. In-8 :i fr. 

III. Hector Flkiscmann ; /.',' mas'/ue mortanirr. dp /i<t/)t'spinrri\ \)n{'.u- 

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J SOO . lu-S". planches .") fr. 

VI. François Vkrm.xlk : /.a Franc-maçonnerie savifisienne à répn(jue 

rrcolutionnaire, d'après ses registres secrets. Prét^ice d Albert 
.Vîathiez, lu-S". ! '1 fr. .'iO 

VII. F'rancois Vef{Male : La venle des biens nationau.r dans le district 

de Chamhéry. In-8% tii< ^2 fr. .50 

VIII. Edmond Cami'agnac : Les débuts de la déchristianisation dans le 

r/u^/" septembre l71U-frirnaire an II . Préface d'Albert Mathiez. 

In-8'". 2fr. 

1\ (jipitain»» Francis Bofuiey, docteur ès-leXives: L'esprit public chez 
les prêtres franc-couifois pe))dant la crise de i 1^ f .'i-I S I 5 . Docu- 
ments inédits recueillis et jMil>liés avec une introduction, des 
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X François Chabot ^ représentant du peuple, à ses concitoijens ijui 
sont les ju.i/es de sa rir pnlititjue \)\u\'n)se an IIj. Mémoire apolo- 
p;éli(jue publié pour la première fois par M. Albert Mathiez. 
ln-8'^ '2 !r. 50 

\I. llené Farge ; A^/? épisode de la jouoiée du i 2 juillet 17 S9 : Camille 
Desmoulins aujanlin du Palais-liiupdXïïQ brochure in-8" i fr. 50 

XII. Fmile Lesleur : La Franc-maçonnerie artésienne au XVI II siècle. 

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XI II. Emile Lesleuh: Livres d\irchiiecture de la loge la Fidélité à 

10.'. d'Hesdin.ln\o\. in-8". 

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I. Maurice Dommanget : La déchristianisation à IJeaucais et dans 
rOise en Tan //, 1''' partie. Un vol. ^r. iu-S'^ 5 fr. 

il. Léon DiHREUiL : L'idée régionaliste sous la Révolution. Un V(d. ^r. 
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111. Maurice Do.mma.\get : Fable analytique et al/)habétique des dij: 
premières années des Annales révolutionnaires [1 90^-1 9 1 S . 
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Le l'uy-on-Velay. — Imp. l'ejrillor. Rouclioii il Gamoii. 



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